Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), les espoirs de paix nés d’un récent accord diplomatique s’effritent aussi vite qu’ils sont apparus. Pendant que Kinshasa et Kigali signaient, le 4 décembre à Washington, un accord de paix sous médiation américaine, des milliers de soldats rwandais seraient toujours déployés sur le sol congolais, et les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) lançaient de nouvelles offensives meurtrières. Une situation explosive, sur laquelle se greffe une crise humanitaire d’une ampleur inédite.
L’accord de Washington et l’ombre persistante de Kigali
Le geste était censé marquer un tournant. Le président congolais Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame se sont engagés, devant la communauté internationale, à un cessez-le-feu permanent et au désarmement des groupes armés. Pourtant, à peine l’encre séchée, Félix Tshisekedi dénonçait déjà, devant le Parlement congolais, la violation des engagements par le Rwanda.
Un rapport d’experts mandatés par le Conseil de sécurité des Nations unies, couvrant novembre et décembre 2025, vient donner un poids accablant à ces accusations. Selon le document, jusqu’à 7 000 membres des Forces de défense du Rwanda (FDR) resteraient déployés dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Il s’agirait de « formations organisées par tâches, créées spécifiquement pour l’opération transfrontalière en RDC ». Une présence massive qui contredit frontalement les dénégations de Kigali et jette une ombre sur la sincérité du processus de paix.
Le M23, un acteur incontournable et belliqueux
Sur le terrain, les combats n’ont pas cessé. Bien au contraire. Le site d’information Africa Intelligence rapporte que les rebelles du M23 ont intensifié leurs actions offensives dans le Sud-Kivu ces derniers jours, menant des opérations « de grande envergure ». Le site congolais Actualité fait état de 74 civils tués dans des affrontements du 2 au 7 décembre.
Dans le Nord-Kivu voisin, les combats font également rage. La radio Okapi rapporte que l’aviation gouvernementale frappe les positions rebelles et utilise des drones pour tenter de contenir leur avancée. Cette recrudescence des violences survient alors qu’un dialogue parallèle, médié par le Qatar à Doha, avait abouti en novembre à un accord-cadre avec les groupes rebelles, incluant le M23. Mais ces derniers affirment que l’accord de Washington ne leur impose aucune obligation, créant une dangereuse ambiguïté.
Une crise humanitaire historique en toile de fond
Alors que la violence armée déchire l’Est, le pays tout entier est frappé par une catastrophe sanitaire. L’UNICEF alerte sur la pire épidémie de choléra en 25 ans en RDC, avec plus de 64 000 cas et près de 1 900 décès depuis janvier, dont des centaines d’enfants. Dix-sept provinces sont touchées, y compris la capitale Kinshasa. Cette crise, directement liée au manque d’accès à l’eau potable et à des systèmes d’assainissement précaires, rappelle l’urgence d’investissements massifs dans les services de base, au-delà de la seule réponse sécuritaire.
Le double jeu qui mine la paix
Le tableau est donc sombre : d’un côté, des signatures sur des accords internationaux ; de l’autre, une guerre par procuration qui continue de faire couler le sang congolais. La présence supposée de brigades rwandaises et l’offensive du M23, groupe soutenu selon Kinshasa par Kigali, dessinent les contours d’un conflit gelé, où les déclarations de paix serviraient de paravent à une guerre non déclarée. La communauté internationale, qui a parrainé l’accord de Washington, est désormais face à ses responsabilités : traduire les engagements sur papier en actions concrètes sur le terrain, et faire la lumière sur les allégations du rapport onusien. Le temps n’est plus aux discours, mais au désarmement, au retrait et à la protection des civils, piégés entre les balles et le choléra.
DRC: Despite Washington Agreement, Rwandan Shadow and M23 Bloodshed Plague the East
A UN expert report claims up to 7,000 Rwandan troops are deployed in Congo, as rebels intensify attacks and a historic cholera epidemic hits the country.
In the east of the Democratic Republic of Congo (DRC), hopes for peace born from a recent diplomatic agreement are crumbling as quickly as they appeared. While Kinshasa and Kigali signed a US-mediated peace agreement in Washington on December 4th, thousands of Rwandan soldiers are allegedly still deployed on Congolese soil, and M23 rebels are launching new deadly offensives. An explosive situation, compounded by an unprecedented humanitarian crisis.
The Washington Agreement and Kigali's Lingering Shadow
The gesture was meant to be a turning point. Congolese President Félix Tshisekedi and his Rwandan counterpart Paul Kagame committed before the international community to a permanent ceasefire and the disarmament of armed groups. Yet, barely was the ink dry when Félix Tshisekedi denounced Rwanda's violation of commitments before the Congolese Parliament.
A report by experts mandated by the UN Security Council, covering November and December 2025, adds damning weight to these accusations. According to the document, up to 7,000 members of the Rwandan Defence Forces (RDF) remain deployed in North and South Kivu provinces. These are described as "mission-tailored, task-organized formations created specifically for the cross-border operation in the DRC." A massive presence that directly contradicts Kigali's denials and casts a shadow over the sincerity of the peace process.
The M23, a Pivotal and Bellicose Actor
On the ground, fighting has not ceased. Quite the opposite. The news site Africa Intelligence reports that M23 rebels have intensified their offensive actions in South Kivu in recent days, carrying out "large-scale operations." The Congolese site Actualité reports 74 civilians killed in clashes from December 2nd to 7th.
In neighboring North Kivu, fierce fighting also rages. Radio Okapi reports that government air forces are striking rebel positions and using drones to try to contain their advance. This upsurge in violence comes as a parallel dialogue, mediated by Qatar in Doha, led to a framework agreement with rebel groups, including the M23, in November. But the latter claim that the Washington agreement imposes no obligations on them, creating a dangerous ambiguity.
A Historic Humanitarian Crisis as a Backdrop
As armed violence tears apart the East, the entire country is hit by a health catastrophe. UNICEF warns of the worst cholera epidemic in 25 years in the DRC, with over 64,000 cases and nearly 1,900 deaths since January, including hundreds of children. Seventeen provinces are affected, including the capital Kinshasa. This crisis, directly linked to the lack of access to clean water and precarious sanitation systems, highlights the urgent need for massive investment in basic services, beyond a solely security-focused response.
The Double Game Undermining Peace
The picture is grim: on one hand, signatures on international agreements; on the other, a proxy war that continues to spill Congolese blood. The alleged presence of Rwandan brigades and the offensive by the M23—a group supported by Kigali according to Kinshasa—outline a frozen conflict where peace declarations may serve as a cover for an undeclared war. The international community, which sponsored the Washington agreement, now faces its responsibilities: to translate paper commitments into concrete actions on the ground and shed light on the allegations in the UN report. The time for speeches is over; it is time for disarmament, withdrawal, and the protection of civilians, trapped between bullets and cholera.
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Didier Cebas K.