Une infrastructure stratégique financée par l’Union européenne
Medusa Africa constitue la branche ouest-africaine du vaste système méditerranéen Medusa, piloté par AFR-IX Telecom Group, acteur espagnol déjà implanté au Cameroun. Financé par l’Union européenne et attendu en service en 2028, ce mégacâble reliera l’Europe du Sud au Maghreb et au littoral atlantique africain, avec des points d’atterrissement à Dakar, Abidjan, Accra, Lagos, Kribi, Libreville, Luanda et Cape Town.
Avec cette connexion, le Cameroun portera à cinq son réseau de câbles internationaux, rejoignant SAIL, WACS, SAT-3 et NCSCS.
Capacité, performance et multidirectionnalité
Conçu comme un système ouvert et indépendant, Medusa déploiera 24 paires de fibres par segment pour une capacité oscillant entre 10 et 18 Tbit/s par paire. L’infrastructure vise une durée d’exploitation d’au moins 25 ans, permettant au pays d’accompagner durablement l’explosion des besoins en données.
Elle se présente aussi comme une solution de remplacement critique pour le SAT-3, un câble vieillissant devenu coûteux à maintenir et limité en capacité. Contrairement aux systèmes unidirectionnels, Medusa offre une connectivité multidirectionnelle vers l’Europe, l’Afrique du Nord, l’Afrique australe et, via des interconnexions, l’Asie du Sud-Est.
Une source experte souligne que, contrairement à CEIBA 2, NCSCS ou SAIL, Medusa ne se limite pas à relier deux pays mais ouvre des routes régionales et intercontinentales à forte valeur stratégique.
Un levier pour attirer les géants du cloud
Grâce à son positionnement, Medusa pourrait devenir un catalyseur majeur pour attirer Google, Amazon, Microsoft, Meta ou Apple, à la recherche de nouveaux hubs africains pour héberger leurs plateformes cloud et leurs infrastructures de contenus. Leur implantation créerait de nouveaux investissements directs, des emplois qualifiés et stimulerait l’émergence d’un écosystème local autour des data centers, du cloud et des services numériques à forte valeur ajoutée.
Vers un hub numérique d’Afrique centrale
Au-delà de l’ouverture internationale, Medusa donnerait au Cameroun les moyens d’aspirer au statut de hub numérique régional. Le pays bénéficierait de routes redondantes vers l’Europe, d’une capacité internationale accrue et d’un avantage compétitif dans l’interconnexion de ses data centers avec les grandes plateformes mondiales.
Cette montée en charge améliorerait la résilience des réseaux existants et encouragerait l’émergence de nouveaux services : cloud local, cybersécurité, diffusion de contenus, solutions edge, entre autres. Elle offrirait également une nouvelle base fiscale via les services numériques premium, sur un modèle déjà éprouvé dans plusieurs pays européens.
Un modèle économique à repenser
La réussite de ce projet exige toutefois une refonte du modèle économique national. Les tarifs de cross-connect doivent être suffisamment compétitifs pour séduire les opérateurs internationaux, tandis que les data centers camerounais devront renforcer leurs interconnexions pour capter le flux de nouveaux services.
Camtel, opérateur historique et gestionnaire des câbles existants, fait face à un défi de taille. Selon la Chambre des comptes (juin 2024), l’entreprise n’exploite que 16 % des capacités cumulées des quatre câbles sous-marins du pays : 6 % pour SAIL, 57 % pour WACS, 29 % pour SAT-3 et 92 % pour NCSCS. Une sous-utilisation qui interroge la dynamique du marché et la stratégie commerciale en place.
La direction de Camtel attribue ces résultats à un taux de pénétration encore faible d’Internet dans la sous-région et à la prédominance des flux orientés vers l’Europe, limitant l’intérêt du SAIL. L’arrivée de Medusa pourrait redistribuer les cartes en imposant une recomposition des routes de trafic et des offres commerciales. L’enjeu sera d’exploiter pleinement cet actif stratégique pour éviter la répétition des faibles taux d'utilisation observés aujourd’hui.
Cameroon set to transform its global connectivity with the Medusa Africa submarine cable
Cameroon advances toward Medusa Africa submarine cable, a transformational leap in international connectivity
Cameroon is moving closer to a major breakthrough in its digital transformation. According to documents consulted by Investir au Cameroun, the country has finalized the memorandum of understanding for its connection to the next-generation Medusa Africa submarine cable. The document has been submitted to the Presidency for final approval, the key prerequisite before the State formally commits to the project. The financial requirement for Cameroon is estimated at 32.8 billion CFA francs, covering construction and future operations.
Medusa Africa is the West African branch of the broader Medusa Mediterranean system developed by AFR-IX Telecom Group and funded by the European Union. Expected to go live in 2028, the cable will link Southern Europe to North Africa and the Atlantic coast of Africa through landing points in Dakar, Abidjan, Accra, Lagos, Kribi, Libreville, Luanda and Cape Town. Once connected, Cameroon will count five international submarine systems, alongside SAIL, WACS, SAT-3 and NCSCS.
With 24 fiber pairs per segment and capacities ranging from 10 to 18 Tbit/s per pair, Medusa is designed as an open and independent system, engineered for a lifecycle of at least 25 years. It is also a critical replacement for the aging SAT-3 cable, whose maintenance and capacity constraints have become burdensome. Unlike several linear systems, Medusa offers multidirectional connectivity to Europe, North Africa, Southern Africa and, through interconnections, Southeast Asia.
This positioning could significantly improve Cameroon’s attractiveness to global platforms such as Google, Amazon, Microsoft, Meta and Apple, all seeking new African hubs for content distribution and cloud operations. Potential benefits include foreign investments, skilled jobs and the development of a robust ecosystem built around data centers and high-value digital services.
However, the project’s success will depend on a redesigned economic model. Cameroon will need competitive cross-connect pricing, efficient interconnection between domestic data centers and global infrastructure, and a stronger suite of value-added services. This comes at a time when Camtel, the historical operator, is struggling to harness existing capacities. According to the Chamber of Accounts (June 2024), only 16 percent of available submarine capacity is currently used across the four cables serving the country.
Medusa has the potential to rebalance traffic flows, diversify routes and reshape commercial offerings, enabling Cameroon to capitalize on a strategic asset and position itself as a central digital hub in Central Africa.
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Mouahna Divine