L'espoir né en septembre dernier d'une possible trêve au Soudan s'évapore aussi vite que la poussière du Darfour. Le projet d'accord de paix présenté par les États-Unis et leurs alliés (Émirats arabes unis, Arabie saoudite et Égypte) se heurte au mur des intérêts divergents des deux camps belligérants. Une fin de non-recevoir confirmée par Massad Boulos, conseiller spécial pour l'Afrique de l'ancien président Donald Trump, lors d'une conférence de presse à Abou Dhabi.
"Nous avons transmis aux parties un solide projet de paix, cependant ni les FSR ni l'armée soudanaise ne l'ont encore accepté", a-t-il déclaré, soulignant que Washington travaillait "en étroite collaboration avec les parties au conflit" et espérait une approbation du texte. Une déclaration qui contraste avec la dure réalité sur le terrain : les deux généraux rivaux campent sur leurs positions.
Un dialogue de sourds diplomatique
Le conflit, qui a éclaté en avril 2023 entre le chef de l'armée, Abdel Fattah al-Burhane, et le chef des FSR, Mohamed Hamdan Dagalo, dit "Hemedti", a déjà fait au moins 40 000 morts et jeté sur les routes près de 12 millions de personnes, beaucoup étant au bord de la famine.
Face à cette tragédie, la communauté internationale a cru trouver une issue. Le plan des médiateurs prévoyait un cessez-le-feu initial de trois mois, prélude à un arrêt permanent des combats et à une transition politique transparente. Mardi dernier, Mohamed Hamdan Dagalo a semblé franchir un premier pas en annonçant dans une vidéo l'acceptation par ses troupes d'un "cessez-le-feu humanitaire immédiat" de trois mois, promettant de faciliter l'accès humanitaire.
Mais cette annonce, saluée comme une avancée, a été immédiatement réduite à néant par son rival. Dans un message vidéo cinglant, le général Al-Burhane a qualifié la proposition des médiateurs de "pire de toutes". Il a accusé le texte de "mettre l'armée en second plan" et de conférer une légitimité indue aux paramilitaires. "Le plan liquide les forces armées, dissout les services de sécurité, mais laisse les miliciens là où ils se trouvent", a-t-il tonné, rejetant catégoriquement l'accord.
Washington dans le collimateur
Le fossé entre les deux parties semble désormais infranchissable. Selon Massad Boulos, les belligérants "ont globalement salué l'initiative américaine, mais n'ont pas accepté le texte lui-même". Pire, le conseiller de Donald Trump est directement pris pour cible. Le général Al-Burhane l'a accusé de vouloir "imposer ses conditions" à l'armée soudanaise, craignant qu'il "ne devienne un obstacle sur la voie de la paix".
Cette paralysie diplomatique a des conséquences désastreuses. Les régions du Darfour et du Kordofan, largement contrôlées par les FSR, sont le théâtre des pires souffrances. Dans un contexte voisin, la Mission des Nations unies au Soudan du Sud (MINUSS) a dû lancer un appel urgent pour une cessation immédiate des combats dans l'État d'Équatoria-Oriental, preuve que l'instabilité régionale se propage.
Alors que les experts alertent sur un risque de famine massif, la communauté internationale semble impuissante. Les États-Unis, qui ont fait de cette crise "l'une de [leurs] priorités" selon M. Boulos, peinent à imposer leur feuille de route. Sans une pression concertée et une volonté réelle des généraux soudanais de déposer les armes, le Soudan semble condamné à sombrer un peu plus dans le chaos et le sang.
Sudan: US Peace Plan Stalls as Generals Dig In for War
The hope for a possible truce in Sudan, born last September, is evaporating as quickly as the dust in Darfur. The peace agreement draft presented by the United States and its allies (UAE, Saudi Arabia, and Egypt) is hitting a wall of diverging interests from the two warring factions. This rejection was confirmed by Massad Boulos, Special Advisor for Africa to former President Donald Trump, during a press conference in Abu Dhabi.
"We have provided the parties with a solid peace proposal; however, neither the RSF nor the Sudanese Army has accepted it yet," he stated, emphasizing that Washington is working "closely with the conflict parties" and hopes for approval of the text. A statement that contrasts sharply with the harsh reality on the ground: the two rival generals are digging in their heels.
The conflict, which erupted in April 2023 between army chief Abdel Fattah al-Burhan and RSF commander Mohamed Hamdan Dagalo, known as 'Hemedti,' has already claimed at least 40,000 lives and displaced nearly 12 million people, many of whom are on the brink of famine.
Facing this tragedy, the international community thought it had found a way out. The mediators' plan envisaged an initial three-month ceasefire, leading to a permanent cessation of hostilities and a transparent political transition. Last Tuesday, Mohamed Hamdan Dagalo seemed to take a first step by announcing in a video his forces' acceptance of an "immediate humanitarian truce" for three months, promising to facilitate humanitarian access.
But this announcement, hailed as a breakthrough, was immediately nullified by his rival. In a scathing video message, General al-Burhan labeled the mediators' proposal as the "worst of all possible." He accused the draft of "sideling the army" and granting undue legitimacy to the paramilitaries. "The plan liquidates the armed forces, dissolves the security services, but leaves the militias where they are," he thundered, outright rejecting the agreement.
According to Massad Boulos, the belligerents "broadly welcomed the American initiative but did not accept the text itself." Worse, Donald Trump's advisor is directly in the line of fire. General al-Burhan accused him of wanting to "impose his conditions" on the Sudanese army, fearing he "might become an obstacle on the path to peace."
This diplomatic paralysis is having disastrous consequences. The regions of Darfur and Kordofan, largely controlled by the RSF, are experiencing the worst suffering. In a neighboring context, the UN Mission in South Sudan (UNMISS) had to issue an urgent call for an immediate end to fighting in Eastern Equatoria State, proof that regional instability is spreading.
As experts warn of a massive famine risk, the international community seems powerless. The United States, which has made this crisis "one of its priorities" according to Mr. Boulos, is struggling to enforce its roadmap. Without concerted pressure and a genuine willingness from the Sudanese generals to lay down their arms, Sudan seems doomed to sink deeper into chaos and bloodshed.
Soudan, conflit Soudan, Forces de soutien rapide (FSR), Armée soudanaise, Abdel Fattah al-Burhan, Mohamed Hamdan Dagalo (Hemedti), Massad Boulos, États-Unis, paix Soudan, accord de paix, cessez-le-feu, crise humanitaire, Darfour, Kordofan, famine, médiation internationale, Émirats arabes unis, Arabie saoudite, Égypte, ONU, MINUSS, Soudan du Sud, actualité Afrique, diplomatie, guerre civile
Moussa Nassourou