Cette opération, menée dans le cadre du projet PICS Cameroun, financé par le gouvernement japonais, visait à tester l’acceptabilité du cacao camerounais et à évaluer son potentiel d’implantation sur l’un des marchés les plus exigeants au monde : le Japon.
Les premiers retours sont jugés très encourageants.
« Le cacao du Cameroun a tout le potentiel et remplit toutes les conditions pour pénétrer le marché japonais. Il peut, à terme, atteindre 5 % de ce marché », affirme Francis Nzuko, coordonnateur national du projet PICS Cameroun, cité par Cameroon Tribune. De quoi placer le Cameroun en concurrence directe avec les cacaos ghanéen et tanzanien, déjà bien implantés dans l’archipel nippon.
Cet intérêt japonais ne date pas d’hier. En décembre 2017, l’ambassadeur du Japon au Cameroun, Kunio Okamura, soulignait déjà à Yaoundé le potentiel du cacao camerounais sur le segment du haut de gamme. Puis, le 3 mars 2022, une convention de partenariat était signée entre l’ambassade japonaise et la commune d’Ebolowa II pour la construction d’une unité de transformation locale. Un projet censé renforcer la valeur ajoutée nationale, mais dont l’état d’avancement reste à ce jour entouré d’un certain flou.
Le maïs, pilier sous pression de la sécurité alimentaire
À l’autre extrémité de la chaîne agricole, le maïs, première céréale cultivée au Cameroun et pilier de la sécurité alimentaire, affiche une réalité bien plus préoccupante. Selon le rapport 2024 sur la compétitivité de l’économie camerounaise, la production nationale — environ 2,2 millions de tonnes par an — demeure inférieure à une demande estimée à 2,8 millions de tonnes dès 2019.
Cette pression se traduit directement par une explosion des importations. En 2024, le Cameroun a importé 81 833 tonnes de maïs, soit une hausse de 103,1 % sur un an. Sur cinq ans, ces importations ont presque triplé, atteignant une facture de 19,4 milliards de FCFA, contre 8,5 milliards en 2010. L’Argentine reste le principal fournisseur.
Paradoxalement, environ 50 000 tonnes de maïs quittent chaque année le territoire via des fuites transfrontalières informelles, révélant une désorganisation profonde du marché. À cela s’ajoutent des pertes post-récoltes estimées à 11 %.
Avec un rendement moyen de seulement 1,8 tonne par hectare, le Cameroun est loin derrière les standards mondiaux (5,9 t/ha) et même derrière des pays africains comme l’Afrique du Sud (6,4 t/ha). Un retard lié à une agriculture majoritairement familiale, peu mécanisée, et pénalisée par l’accès limité aux semences certifiées, aux intrants et aux infrastructures de stockage et de séchage. Le coût de production d’un hectare de maïs est, lui, estimé à 428 000 FCFA.
Un impératif de modernisation
Face à ce déséquilibre, le Comité de compétitivité recommande une modernisation en profondeur de la filière maïs : développement de grandes exploitations, renforcement du secteur semencier, adoption de variétés hybrides performantes, accélération de la mécanisation et construction d’infrastructures de stockage modernes.
Au-delà du maïs, c’est l’ensemble de la politique agricole qui est en jeu. D’un côté, un cacao capable de conquérir des marchés premium à l’international ; de l’autre, une céréale de base qui peine à couvrir la demande nationale. Cette contradiction résume tout le défi du Cameroun : transformer son potentiel agricole en souveraineté économique réelle.
From cocoa to corn: Cameroon’s agriculture tested between global ambition and food reality
Cameroonian cocoa was in the spotlight at the Osaka World Expo (September 14–18, 2025), where 820 artisan chocolate samples made from Cameroon’s cocoa beans were distributed to the public under the PICS Cameroon project, supported by UNIDO and the Japanese government.
Feedback from consumers and professionals was highly positive, with experts estimating that Cameroonian cocoa could capture up to 5% of the Japanese market, competing with Ghana and Tanzania. Despite this growing interest, progress on planned local processing facilities, such as the one announced in Ebolowa in 2022, remains unclear.
Meanwhile, maize production — a cornerstone of Cameroon’s food security — continues to lag behind demand. The country produces around 2.2 million tons per year, but needs at least 2.8 million tons, forcing it to increase imports drastically. In 2024 alone, imports exceeded 81,000 tons, doubling within a year.
Low productivity, limited mechanization, weak infrastructure and significant post-harvest losses are keeping Cameroon in a structural deficit. Experts now call for a deep transformation of the agricultural model to reduce dependency and guarantee long-term food sovereignty.
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Didier Cebas K.