Pour l’institution dirigée par Richard Evina Obam, ces retards relèvent moins d’un simple dysfonctionnement technique que d’une véritable réticence, voire d’un incivisme financier de la part de certains acteurs concernés.
Les banques, principal point de blocage
Le secteur bancaire concentre l’essentiel de la manne attendue, avec un objectif de 250 milliards de FCFA de reversements en 2025. Or, à ce jour, seuls 44 milliards de FCFA ont été transférés, laissant un trou de plus de 206 milliards de FCFA, soit près de 82 % des montants attendus.
Quatre grandes banques portent l’essentiel de l’effort actuel :
- BICEC : 13 milliards de FCFA
- SCB : 8 milliards de FCFA
- Société Générale Cameroun : 7 milliards de FCFA
- Standard Bank : 6 milliards de FCFA
Derrière ce quatuor de tête, plusieurs établissements ont consenti à des reversements plus modestes : Bange Bank Cameroon, UBC et UNICS (1 milliard chacun), Afriland First Bank (900 millions), Crédit Foncier du Cameroun (910 millions), UBA (673 millions), Citibank (600 millions), NFC Bank (473 millions), Ecobank Cameroun et La Régionale (327 millions chacune). À la traîne, CCA (120 millions) et BGFIBank (42 millions).
Afriland First Bank dans le collimateur
La CDEC a engagé un rapport de force frontal avec Afriland First Bank, à qui elle réclame plus de 166 milliards de FCFA, correspondant à des dépôts publics, consignations et séquestres judiciaires. À défaut de conformité volontaire, la Caisse menace de procédures lourdes : avis de mise en recouvrement, saisies ciblées et mission de contrôle sur place.
L’enjeu est hautement stratégique. Afriland First Bank revendique au 31 décembre 2024 1 557 milliards de FCFA de dépôts et près de 23 % de part de marché en crédits. En visant cet acteur systémique, la CDEC envoie un message clair : nul n’est au-dessus de l’obligation de centralisation des fonds publics.
En parallèle, la CDEC prépare la création de sa propre filiale bancaire, destinée à faciliter la collecte et la gestion des ressources publiques qui lui sont dévolues.
Un conflit à plusieurs têtes : CDEC – Cobac – Minfi
L’offensive de la CDEC est loin de faire l’unanimité. La Cobac (Commission bancaire d’Afrique centrale) accuse la Caisse de mener des actions de nature à perturber la confiance dans le système bancaire, en contradiction avec les nouveaux règlements communautaires encadrant la gestion des comptes inactifs et des avoirs en déshérence.
De son côté, la CDEC dénonce une « capture du régulateur par les régulés », accusant certaines banques de se réfugier derrière la Cobac pour continuer à exploiter des fonds publics pourtant dévolus à la Caisse depuis la loi de 2008.
Pris en étau, le ministère des Finances (Minfi) joue la carte de la prudence, malgré la mise en place d’un mécanisme de remboursement progressif (2 milliards de FCFA débités chaque mois par la BEAC) pour apurer une dette estimée entre 40 et 60 milliards de FCFA envers la CDEC.
Pour Richard Evina Obam, le véritable danger pour la stabilité financière ne vient pas de l’action de la CDEC, mais plutôt du non-respect des textes, des compromissions et de l’impunité. La balle est désormais dans le camp du gouvernement camerounais, appelé à arbitrer entre exigences communautaires, autorité nationale et poids stratégique du secteur bancaire.
Au-delà des chiffres, cette bataille révèle une question centrale : qui contrôle réellement l’argent public au Cameroun, et dans quelles conditions ?
Cameroon: CDEC struggles as banks resist transferring public deposits
As of April 30, 2025, Cameroon’s Caisse de Dépôts et Consignations (CDEC) had collected only CFA 83 billion, representing just 21% of the CFA 400 billion it aims to centralize by the end of the year. More than CFA 317 billion in public deposits is still being held by various public and private institutions, in defiance of legal requirements.
The main bottleneck lies within the banking sector, from which CDEC expects CFA 250 billion in 2025. So far, only CFA 44 billion has been transferred — leaving a gap of over CFA 206 billion.
BICEC, SCB, Société Générale Cameroun and Standard Bank account for most of the current transfers. Meanwhile, CDEC has launched a standoff with Afriland First Bank, demanding over CFA 166 billion in public funds still held by the bank.
The move has sparked tensions with the Central African Banking Commission (Cobac), which warns against measures that could undermine public confidence. The Ministry of Finance remains cautious, stuck between regional regulations and national legal obligations.
Beyond the numbers, this conflict raises a crucial question: who truly controls public money in Cameroon—and under what authority?
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Ange NGO