Entre 2016 et 2024, le Cameroun a vu s’envoler 88,3 milliards de FCFA en recettes douanières en raison de l’Accord de partenariat économique (APE) signé avec l’Union européenne. Un chiffre vertigineux révélé dans le rapport 2024 sur l’économie camerounaise, récemment publié par le ministère de l’Économie.
L’année 2024 à elle seule représente 19 milliards de FCFA de pertes fiscales, soit une hausse de 25 % par rapport à 2023. Cette envolée s’explique en grande partie par la 8e phase du démantèlement tarifaire, enclenchée en août 2023, qui a supprimé tous les droits de douane sur les produits du premier et du second groupe. Parallèlement, les produits du troisième groupe, les plus lucratifs pour le fisc, ont vu leurs tarifs réduits de 40 % en 2023, puis de 50 % en 2024.
? PME marginalisées, grandes entreprises avantagées
Le déséquilibre est criard : selon les données de la douane, sur les 14 580 opérations d’importation effectuées dans le cadre des APE en 2024, 80 % sont le fait des grandes entreprises, ne laissant que 20 % aux PME. Ce fossé continue de fragiliser un tissu productif déjà déséquilibré.
Mais tout n’est pas sombre. Depuis la mise en œuvre des APE en 2016, le Cameroun a enregistré une hausse de 33 % de ses exportations vers l’UE, des créations d’emplois et près de 250 milliards de FCFA d’exonérations de droits de douane pour les entreprises locales.
? Le prix des exonérations : un marché inondé de produits européens
Plus de 5000 produits venus d’Europe bénéficient aujourd’hui d’exonérations allant de 50 à 100 % à l’entrée du territoire. On y retrouve notamment les engrais, les outillages industriels, le clinker, les voitures de tourisme ou encore la pâte à papier. Des importations qui grimpent, au détriment de la production locale.
Depuis août 2024, la 9e phase du démantèlement tarifaire a été enclenchée pour les produits à rendement fiscal élevé, tels que les carburants, les ciments, les motos ou les véhicules utilitaires. Ces produits voient leurs droits de douane fondre de 50 % cette année, avant une suppression totale prévue d’ici 2030.
Le Cameroun est donc à la croisée des chemins : entre attrait pour les opportunités d’exportation et érosion inquiétante de ses recettes fiscales, l’APE pose un dilemme économique majeur.
Cameroon–EU EPA: FCFA 88 Billion in Lost Taxes, Big Companies Reap the Benefits
Between 2016 and 2024, Cameroon has lost FCFA 88.3 billion in customs revenue due to the implementation of the Economic Partnership Agreement (EPA) with the European Union, according to the Ministry of Economy's 2024 report.
In 2024 alone, losses hit FCFA 19 billion, a 25% increase compared to 2023. The growing fiscal shortfall stems from the 8th tariff dismantling phase, launched in August 2023, which removed all duties on Group 1 and 2 products. Group 3 products, known for high fiscal returns, saw tariffs cut by 50% in 2024 (from 40% in 2023).
Large enterprises dominated imports, accounting for 80% of the 14,580 EPA-related operations in 2024, leaving just 20% for SMEs. Since 2016, EPA has helped boost Cameroon's exports to the EU by 33%, created jobs, and granted FCFA 250 billion in duty exemptions to local firms.
Yet the domestic market is increasingly flooded with over 5000 duty-free European products, ranging from fertilizers to industrial tools and passenger cars. With the 9th dismantling phase now in force, duties on high-yield imports such as fuel and cement are cut by half. By 2030, these products will be completely exempt from tariffs—raising long-term concerns for Cameroon’s public finances.
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Mouahna Divine