Habituellement vendu à 350 FCFA le litre, ce combustible vital s’arrache désormais à 500 FCFA, parfois davantage, sur le marché parallèle, notamment dans les quartiers périphériques. Une flambée qui alimente la spéculation et exacerbe les tensions sociales.
Sur le terrain, les gérants de stations gardent le silence. Aucune explication claire, laissant les consommateurs naviguer dans un climat d’incertitude. Pourtant, à la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP), on assure que les stocks sont disponibles et que les livraisons n'ont pas faibli. Une source interne évoque plutôt une manipulation orchestrée par les marketeurs, sans désigner de coupables.
? Les industries pointées du doigt
À la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH), le diagnostic est plus frontal. Le pétrole lampant destiné aux ménages est massivement détourné vers les industries : sociétés minières, agro-industries, entreprises forestières et du BTP utilisent illégalement ce carburant subventionné.
« Il y a du stock, mais les volumes sont siphonnés par des industries qui ne devraient pas y avoir accès », a dénoncé Waziri Hassan Oumate, directeur du suivi des études et de la statistique pétrolière, sur les antennes de la CRTV. Le 25 juin dernier, le ministre de l’Eau et de l’Énergie a dû convoquer une réunion de crise pour rappeler aux acteurs du secteur que le pétrole lampant devait être strictement réservé aux ménages, et que les industriels devaient se fournir via des circuits spécifiques.
? Quand la subvention alimente le désordre
Le cœur du problème réside dans la subvention elle-même. Le pétrole lampant coûte, en réalité, 770 FCFA le litre. Grâce à l’intervention de l’État, il est vendu à 350 FCFA. Cette différence de 420 FCFA constitue une aubaine pour les fraudeurs industriels dans un contexte mondial de hausse des coûts énergétiques.
Waziri Hassan Oumate propose d'importer un stock distinct réservé aux industriels. Mais cette solution d'urgence ne résout pas la distorsion créée par le système de subventions, devenu à la fois indispensable… et dévoyé.
? Des subventions en chute libre
Cette crise survient alors que le gouvernement camerounais réduit drastiquement les subventions. De 363 milliards FCFA en 2023, elles sont passées à 263 milliards FCFA en 2024. Et en 2025, seuls 15 petits milliards sont prévus : une coupe sèche de près de 250 milliards FCFA.
Dans un pays où des millions de Camerounais utilisent encore le pétrole lampant pour cuisiner ou s’éclairer, cette réduction drastique du soutien public pourrait déclencher une nouvelle vague de tensions sociales.
?? Une crise révélatrice
Au final, la pénurie actuelle n’est que la partie émergée de l’iceberg. Elle illustre les limites d’un modèle de subvention mal régulé, où les plus pauvres paient les abus des plus puissants. Tant qu’aucun contrôle rigoureux n’est imposé, les déséquilibres se creusent… et les ménages trinquent.
Kerosene Shortage in Cameroon: Households Strangled as Industries Divert Supplies
For several days now, queues have been growing outside the few petrol stations in Yaoundé and Douala that still have kerosene. In many outlets, the product is completely unavailable, and on the black market, prices have surged from the usual 350 FCFA per litre to 500 FCFA or more.
Station managers remain tight-lipped, offering no clear explanation. Meanwhile, the Cameroon Petroleum Storage Company (SCDP) claims that stock levels and delivery volumes remain stable. A source within the company blames the situation on speculation by marketers, without naming names.
At the Hydrocarbons Price Stabilization Fund (CSPH), the issue is clearer: industries are illegally siphoning off kerosene meant for households. Mining companies, agro-industries, construction firms and logging operators are all using the heavily subsidized fuel, worsening shortages for the general public.
“The stock is there, but industries are draining the supply meant for homes,” said Waziri Hassan Oumate, Director of Petroleum Studies and Statistics, on CRTV.
With the true cost of kerosene at 770 FCFA per litre versus the subsidized 350 FCFA, the price gap of 420 FCFA has become a magnet for abuse. While the government slashes subsidies—from 363 billion FCFA in 2023 to a planned 15 billion FCFA in 2025—households dependent on kerosene for lighting and cooking are being left in the dark.
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Didier Cebas K.