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Le HEML? est sa place dans l'histoire du sport camerounais

Tous les chercheurs en matière de sport se sont déjà pench?s sur la question de savoir o? les camerounais de g?n?rations en g?n?rations allaient puiser cette foi en la victoire. A l?arriv?e, tous se heurtent ? un mur.

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Cette question n’a pas de réponse claire et nette, parce qu’en fait c’est indéfinissable, bref c’est l’ADN.


Et c’est en Pays Bassa qu’on a trouvé le nom qui symbolise le mieux cette chose, le HEMLÈ. Il y a quelques jours, un de nos compatriotes a fait une vidéo, le soir de la défaite contre le Sénégal pour décrypter ce que c’est. Je préfère réagir aujourd’hui. Au lendemain d’une victoire héroïque, ça passera mieux ! Mais d’emblée, je voudrai poser quelques pré-requis. D’abord, il faut le répéter pour que ce soit clair pour tout le monde, la personne qui a réalisé cette vidéo n’est pas André KANA BYIK. Et puis, je suis à 80% d’accord avec le contenu de la vidéo.


Une fois que c’est dit, j’ai senti le besoin d’aller un peu plus en profondeur parce qu’il y a quelques raccourcis qui doivent être expliqués et développés pour ne pas justifier notre déficit managérial en matière de sport en général. Des sociologues se sont déjà demandés si avant la dérive des continents, la possibilité que le Brésil et le Cameroun aient été collés ne donnerait pas une justification sociologique à la force de ce petit pays (par la taille et par le nombre d’habitants) en football. Mais on se rend vite compte que le Cameroun a produit et continue de produire des sportifs de très haut niveau dans tous les sports.


A la veille du premier match des Lions Indomptables à la CAN, j’ai envoyé un message aux joueurs dans lequel je leur expliquais que le mental est plus fort que le physique, la technique et la tactique. Et ce qui a toujours fait la force du Cameroun, c’est que là où les autres s’écoulaient, nous avons toujours eu ce regain d’orgueil, cette foi inébranlable, ce don de soi. Les images croisées des matchs Côte d’Ivoire-Guinée Equatoriale et Cameroun-Gambie en sont la parfaite illustration. Là où les ivoiriens se sont complètement liquéfiés, le Cameroun a réussi à trouver le second souffle pour offrir un final d’enfer. Et comme je leur avais expliqué, ils sont en train de marcher dans les pas de la Génération 2017.


Le Hemlè a été incarné par une génération de joueurs bassa, c’est un fait. Le porte-étendard de cette génération n’était autre que mon ami André KANA BIYIK. Mais si on réduit leur réussite au Hemlè, ce serait réducteur. Ils ont tout gagné parce que c’était tous des footballeurs de talent. On peut gagner quelques matchs et se sortir de quelques situations compliquées avec le Hemlè, mais on ne peut pas réussir toute une carrière juste avec le Hemlè.


Cette génération a porté le Hemlè, mais quand on connait l’histoire du football camerounais, on ne peut pas ignorer que des joueurs comme NLEND Paul, Jean Marie TSEBO, Jean-Paul AKONO, Augustin TATCHOUM, même s’ils n’ont pas eu beaucoup de chance avec les Lions, étaient déjà des précurseurs. Le relai a été repris par les AOUDOU Ibrahim, NJEYA Brice, Michel KAHAM, et plus tard André KANA BIYIK, SINKOT Isaac, Emmanuel KUNDE, Victor NDIP AKEM, Benjamin MASSING, qui étaient tous un alliage parfait entre le physique et le mental. Donc si on réduit le Hemlè aux Bassa, ce serait réducteur, et ça voudrait dire qu’on ne peut ni l’inculquer, ni le transmettre.


La victoire d’hier est venue me conforter dans mes pensées. Un enfant est le produit de son environnement, des pratiques et us quotidiens qu’il voit et de l’éducation qu’on lui donne. On a failli croire que pour avoir le Hemlè, il faut être né au Cameroun, il faut avoir grandi au Cameroun, il faut avoir dormi sans manger. Mais TOKO EKAMBI n’a pas grandi au Cameroun. Christopher WOOH et Jean Charles CASTELLETTO ne sont pas nés au Cameroun, et n’ont pas grandi au Cameroun. J’ai fait la connaissance de Jean Charles CASTELLETTO au Tournoi de Montaigu il y a quelques années, il avait 16 ans, et il aimait déjà le Cameroun plus que la moyenne des enfants.

Le débat qu’on a voulu lancer sur le statut des binationaux est un faux débat. J’ai eu la chance de voir jouer sur les terrains du Cameroun Henry NWOSU, George WEAH, Koffi ABBREY, Sarah MENSAH, Japhet NDORAM, James DEBBAH, Joe NAGBE, Luciano AVIRI, Bertrand MBANGO, Salou BACHIROU. C’était tous des internationaux dans leurs pays. Ils venaient tous jouer au Cameroun parce que c’était l’Eldorado. C’était l’endroit où il fallait être. Tous nos meilleurs joueurs étaient dans nos grands clubs. Mais le tsunami est passé. Notre championnat s’est écroulé. Il n’y a plus ni championnat, ni clubs, ni joueurs, ni formation. Dire aujourd’hui qu’il faille prendre les joueurs du championnat pour préserver le Hemlè, c’est faire preuve de naïveté. Depuis que le CHAN existe, on a gagné combien de titres ?  


La mondialisation est passée par là. Aujourd’hui, on compte environ 4 millions de camerounais, nés ou vivant à l’étranger. Je ne vais pas rentrer dans des débats stupides sur qui mérite d’être camerounais et comment. Seul Dieu donne la nationalité. Pour un pays qui a abandonné la formation, on ne peut plus ignorer ces 4 millions de camerounais de l’extérieur, parmi lesquels on va retrouver des binationaux bien formés, à qui on peut inculquer le Hemlè. Quand j’entends un bonhomme comme Benoît ASSOU-EKOTTO parler du Cameroun, et de ce que représentait pour lui monter sur un terrain avec le drapeau national, je pense que c’est le sens de l’histoire. C’est dans notre management qu’on doit créer une cohabitation parfaite entre le nationaux et les binationaux. En 2000, on l’avait réussi. L’Algérie a gagné la CAN 2019 grâce à ses binationaux.


Mais le Cameroun politique doit d’abord commencer par abandonner la discrimination des binationaux. Il est juste incongru de faire passer un procès en patriotisme à un enfant à qui on propose de joueur à 20 ans pour un pays où depuis sa naissance, il a toujours eu besoin d’un visa pour entrer. Le Hemlè peut se transmettre. Et il n’est que l’une des composantes de la réussite. On ne peut pas improviser tous les jours et croire que le Hemlè tout seul va faire la différence. Il a déjà permis beaucoup de miracles.


LÔNG IYÉSS KAMERUN HÎKÎI NGUÉDÀH! HEMLÈ I YÉ NÎ BÉSS!




Dr Claude KANA

Historien du football

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