Mais aussi, les deux plus importantes ambassades du Cameroun en Europe (Paris et Berlin) ont été attaquées par les soi-disant partisans de ce même homme dont la responsabilité semble aussi retenue par les autorités.
Du coup, trois questions-force taraudent l’esprit :
Pourquoi le GSO ?
Faut-il le dire en passant, le GSO, Groupement Spécial d’Intervention, est l’unité de la police camerounaise appelée depuis le 1er février 1989 à traquer le grand banditisme et les braqueurs à main armée. Devrait-on conclure que l’homme mis aux arrêts est donc un grand bandit ? En effet, plutôt que de le garder dans les locaux de la police judiciaire, après y avoir été conduit menottes aux poings, la procédure du désormais «grand bandit » a obligé le directeur de la police judiciaire (DPJ), dont les locaux sont connus, à se déplacer pour le GSO, à l’occasion de ses nombreuses auditions.
Il va de soi que sa présence dans en ces lieux lugubres pour qui sait, n’est pas dictée par les seules marches du 26 janvier 2019, puisque le tout nouveau Ministre de la communication, dans une interview fort contestée à RFI, a dit que le professeur Kamto « a contesté les résultats de l’élection présidentielle qu’il n’a pas gagné et qu’il ne pouvait pas gagner ». Voilà le clou de la damnation du remuant professeur qui, aux yeux de Calixe bayala, la franco-camerounaise (le Cameroun ne reconnaît pas la double nationalité) aurait « pris en otage le peuple camerounais depuis octobre 2018 ». Par ailleurs, si l’on s’en tient aux médias locaux, l’ordre de l’arrêter est venu tout droit du secrétariat général de la présidence, qui soit dit en passant, est le chef de la police. Or, laissé Kamto entre les mains de la DPJ l’aurait empêché d’avoir directement et légalement voie au chapitre, puisque la DPJ dépend directement de la justice, donc de Laurent Esso qui, dans une posture de juriste, s’est montré réservé ces derniers temps, à l’arrestation de son ancien collègue. Voilà qui pourrait donner du grain à moudre aux chercheurs en matière de séparation des pouvoirs au Cameroun.
La sanction des manifestations publiques, la peine de mort ?
Les manifestations (droit constitutionnel par excellence) sur la voie publique ont été interdites le 26 janvier 2019 par les autorités compétentes. Mais, les manifestations ont eu lieu et…malgré l’interdiction légale de tirer en pareille circonstance, il y a eu des tirs. Mais alors, qui en cette circonstance, n’aurait pas commis la moindre faute ? Qui, mais alors quel illuminé pourrait « jeter la première pierre » sur ces hommes à mains nues, sans se poser en son for intérieur (à supposer qu’il en existe encore ici) de réelles questions de conscience ? Par extension, quelques journalistes, jouisseurs des libertés acquises de haute lutte en 1990, parlent beaucoup dans les médias, de respect de la loi et des autorités. Mais oublient vite qu’ils ont été suspendus par un organe légal qu’ils ont vilipendé et continuent de vilipender en continuant à prester ès qualité.
Plutôt que de se poser les bonnes questions, on a fait porter le chapeau au «chef bandit» interpellé deux jours après les marches, le 28 janvier 2019, dans un domicile privé, en dehors des heures légales d’arrestation et donc en l’absence de toute flagrance. Car, conformément à l’article 23 du code de procédure pénale camerounais, « l'officier de police judiciaire chargé de l'exécution d'un mandat d'arrêt [qui n’a jamais été excipé comme le prévoit la loi] ne peut à cette fin s'introduire dans une résidence avant 06 heures et après 18 heures ». En temps normal, cette procédure qualifiée de «mort-née» dans le jargon judiciaire, ne devrait pas prospérer. Même en cas d’illégalité des marches, ce qui reste discutable en droit, la sanction est-elle celle qui se profile à l’horizon ? C’est-à-dire la peine de mort ou alors celle qu’a subit les manifestants, c’est-à-dire les coups de feu ciblés? Devrait-on le rappeler, même dans les pires cauchemars de la guerre, l’ennemi qui soulève les bras, ne doit plus subir le moindre supplice, il devient juste un prisonnier de guerre ! Attention donc à ces « hommes » qui demandent vertement aux « forces de maintien de l’ordre » de tirer à balles réelles sur les manifestants. Quel honte !
L’escalade dans les ambassades, la responsabilité de Kamto ?
Le MRC a déclaré des marches au Cameroun. C’est au Cameroun qu’elles ont été interdites. En prélude à la « bravade » de l’autorité légale, il a édicté des consignes de non-violence, de refus de la casse et de citoyenneté. Qui peut imaginer un Kamto demandant de « casser » ? N’est-ce pas gros, connaissant l’homme réputé pondéré et absolument républicain ? Mais alors, comment lui imputer les casses des ambassades camerounaises à des milliers de lieux des lieux où il
exerce son emprise réelle ? Par ailleurs, comment fait-on la déduction si facile entre la brigade anti-sardinards et le MRC : est-ce parce que les effigies du professeur ont été installées à la place de celle du président en poste ou alors parce qu’ils seraient de la même région que celui qui continue de revendiquer sa victoire ?
Non, un État ne fonctionne pas de cette façon-là. Il s’appuie sur son service de renseignements, fait des enquêtes et analyse froidement les choses et fait jouer ses institutions de bonne foi. En le faisant, il est difficile de conclure à la responsabilité de Kamto en l’espèce. Et, même si par extraordinaire, il serait le donneur d’ordre, il serait toujours difficile de le prouver. Or, l’absence de preuve en la matière fragilise le fondement de la procédure qui en l’espèce devrait pouvoir être annulée. Par ailleurs, a-t-on tenu compte de ce que la responsabilité pénale est toujours personnelle, même en cas coaction ?
Au fond, une autre question jaillit de l’esprit : comment expliquer la facilité avec laquelle les activistes jugés militants du MRC et dont la filiation n’a jamais été prouvée, aient pu avoir accès aux ambassades, alors même que les précédents enregistrés à l’occasion des velléités sécessionnistes où des violations graves et condamnées en son temps par M. Kamto, avaient permis d’attirer l’attention sur la sécurité en ces lieux ?
Pour finir, il appert que le pouvoir de Yaoundé a été mal conseillé, mal informé et a mal analysé les événements dont le bénéficiaire indubitable reste Kamto lui-même qui a là, une autre occasion (rêvée ?) de se faire davantage connaitre, de se passer pour le martyr et le vrai opposant de Yaoundé. Lorsque demain, s’il n’est pas exécuté, il parlera de cette autre expérience, ce sera encore avec plus de confiance et de pertinence et ses adversaires, même les plus féroces, se tasseront puisque le professeur professera…
Dorénavant, Maurice Kamto cristallise l’attention ; les médias en parlent, les chancelleries se déchirent, les condamnations fusent, les appels à sa libération se multiplient…Et voilà, un mal pour un bien : l’image du Cameroun est salit, mais un nouveau Mandela est né !
PAR EMMANUEL MIMBÈ