Mr Ouandji, vous avez suivi les péripéties de Camair-Co ces derniers temps, et vous étiez dubitatif à l’égard du précédent business plan de cette compagnie si chère aux Camerounais.Etes-vous satisfait cette fois-ci du plan de relance préparé par Boeing consulting approuvé par le président de la République ?
Le président a des nobles desseins pour le Cameroun, de multiples desseins même. Mais ses projets sont en rade à cause des faibles capacités en matière de calcul économique.
Pour le peu que l’on en sait, le rapport de Boeing consulting ne répond pas à nos attentes et devrait subir de nombreuses rectifications, par rapport à sa configuration de la flotte, son plan de financement, ses prévisions de montée en puissance.
Cependant, le ministre des Transports a affirmé que l’approbation par la très haute hiérarchie de ce plan de Boeing vaut engagement de tout le gouvernement d’implémenter ses recommandations.
Même en implémentant le rapport Boeing sans rectification, c’est le fond qui manque le plus. Les priorités sont multiples et tout est urgent. Il n’y a pas que la Camair. Le trésor public connaît des fins de mois difficiles pour assurer les charges de fonctionnement qui sont prioritaires dont notamment les salaires, les carburants et autres. L’épargne publique est quasiment nulle et il faut emprunter, mais les robinets sont fermés depuis l’an passé. L’émission d’eurobonds l’an dernier n’a rapporté que la moitié des sommes demandées. Les possibilités de lever des ressources par bons du trésor sont saturées.
De plus, le ministre des Transports a affirmé que le ministre des Finances a reçu instructions fermes de restructurer la dette de Camair-Co. Pourquoi encore vos doutes ?
Voici plus d’un an que le ministre des Finances a reçu instructions fermes de restructurer la dette de Sonara, mais à ce jour, il n’a pas réussi. Au mois de mai 2016, et dans sa énième tentative de refinancer la dette de la Sonara, le ministre des Finances a proposé aux banques locales de reprendre un paquet de bons du trésor à hauteur de 70 milliards Fcfa. Au final, l’opération n’a récolté que 36 milliards de Fcfa. Les banques ne sont pas dupes. Outre son plan de financement, ce que je dénonce dans le rapport de Boeing consulting, c’est son approche juridique de continuité légale de Camair-Co assortie du maintien de la flotte actuelle qui comprend le B767 et 2 turbopropulseurs MA60.
Mais vous aviez déclaré dans ces mêmes colonnes, il y a deux ans, que les avions chinois MA60 peuvent travailler et desservir les petits aéroports. Auriez-vous changé d’avis ?
Mon avis est confirmé en ce qui concerne le Dja. C’est un avion à sortir du ciel camerounais. Voilà un avion qui pointe bientôt 30 ans d’âge, dont la disponibilité a été inférieure à 15% au cours des 12 derniers mois. Bref, un avion pas fiable du tout et dont l’exploitation génère un cash-flow négatif. Pour leur part, les avions MA60 ne doivent pas figurer dans la flotte de la compagnie de demain. Ils sont sujets déjà à une difficile certification en Europe et en Amérique. Cependant, les MA60 peuvent être transférés à l’armée de l’air, dans le cadre d’un service de transport aérien militaire co-géré avec Camair-Co, celle-ci s’occupant du commercial, les pilotes seront les militaires.
Il semble bien que voilà une alternative. Est-ce que vous en avez d’autres par rapport aux multiples problèmes évoqués?
Dans un esprit patriotique, j’ai formulé un business plan pour relancer notre compagnie aérienne nationale. J’ai écrit officiellement au gouvernement en 2015 de me prendre comme consultant pour les aider. Mais lisez vous-même la réponse…
Le ministre des Transports vous a remercié de votre sollicitude, c’est tout. Sa lettre est datée du 4 février 2016. Ceci étant, quelle est l’originalité de votre plan ?
D’abord, il a fallu élaborer une stratégie de partenariat cohérente et la présenter aux partenaires. Avec une nouvelle stratégie d’actionnariat car, il faut se résoudre à admettre que la modalité d’une compagnie 100% étatique ne réussit pas. L’Etat devra avoir plus de parts sociales que chacun des partenaires, mais moins que les partenaires réunis. Dans cette stratégie de partenariat, l’Etat garde entre ses mains un atout majeur, à savoir la maîtrise des droits de trafic du ciel camerounais. La mise en concurrence des firmes candidates sera de règle.
Vous préconisez une privatisation partielle. Consentez-vous à dévoiler les grandes lignes de votre business plan pour vos fidèles lecteurs ?
Pour apurer l’ancienne dette, mon plan propose les bons à perpétuité. Pour le reste des besoins, mon plan met en oeuvre des solutions d’ingénierie financière pour l’acquisition des avions neufs. Parmi les solutions afin de mobiliser les ressources, mon plan prend appui sur le concept de « open skies », et le concept associé dit de la « cinquième liberté ». La mise en oeuvre de ces solutions sera épaulée par deux partenaires distincts, un partenaire industriel dans le domaine des formations à la maintenance ; un partenaire commercial. Les capacités nationales ont fortement diminué depuis 15 ans environ, et il faudra des partenaires de classe internationale pour la reprise en main de nos ingénieurs, pilotes et commerciaux. Selon mon plan, l’apport de l’Etat se limitera à 10 milliards de Fcfa d’argent frais et Camair-Co prendra un élan durable, sans subventions ultérieures.
Propos recueillis par Nestor DJIATOU