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Jean-Baptiste Sipa: «Les allocations familiales ne sont pas un cadeau que le gouvernement fait aux familles du pays…»

Le coordinateur national de l?organisation non gouvernementale Article 55 commente la décision relative à la récente hausse des allocations familiales au Cameroun.

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Que pensez-vous de la décision du chef de l’Etat de revoir à la hausse le montant des allocations familiales, en guise de  « mesure significative malgré la conjoncture difficile actuelle » pour reprendre ses termes ?



 



«Mesure significative malgré la conjoncture difficile actuelle?» Je dis que s’il fallait considérer cette mesure par rapport à l’effort financier qu’elle constituerait, la conjoncture qui n’est pas plus difficile aujourd’hui qu’en 1985, n’en justifierait pas la dérision. Car depuis 30 ans, aucune conjoncture n’a intimidé les efforts de nombre de dirigeants camerounais qui, au vu et su de M. Biya, ont joyeusement distrait des ressources financières du pays, quelques milliers de milliards CFA, pour les placer à l’Extérieur… Je peux ajouter que dans 10 ans, le montant de ces allocations n’aura pas atteint les 326 premiers milliards de francs dédiés à la construction des deux stades de football d’Olembé et Douala.



 



Que représentent les 1000F d’augmentation qui portent à 2800f le montant de l’allocation mensuelle pour un enfant sachant que le montant total sur l’année tourne autour de 35 000F?



 



Quant à la dérision, tout le monde sait, sauf peut-être M. Biya qui n’a semble-t-il, jamais vu la couleur d’une facture, que le coût de la vie au Cameroun a augmenté de plus de 300% depuis la fameuse crise qui a introduit le FMI dans nos ménages,  si l’on en juge seulement par le prix du kilo de riz (150F le meilleur à l’époque…). Dans ces conditions, que représentent les 1000F d’augmentation qui portent à 2800f le montant de l’allocation mensuelle pour un enfant, sachant que le montant total sur l’année tourne autour de 35 000F, et que ce montant n’est pas loin (dans l’enseignement primaire même public), de celui de la scolarité de l’enfant prétendument gratuite au Cameroun. Maintenant, sur le plan de la politique sociale, comment les 22 millions de la population officielle du Cameroun peuvent-ils ressentir les effets d’une telle mesure si le nombre de travailleurs salariés au Cameroun (secteurs public et privé confondus) n’atteint pas 700 000, et s’ils ne sont même pas tous affiliés à la CNPS ? Voilà le questionnement parcellaire que m’inspire cette mesure.



 



On parle aussi d’un toilettage de la loi N 85/ 1096 du 2 août 1985 fixant le taux des allocations familiales, y croyez-vous ?



 



Sauf mauvaise compréhension de ma part, la Constitution, même si elle ne s’applique que « progressivement » renvoie au domaine de la loi et non de l’administration, les questions familiales dont font partie les allocations en question. Cela veut dire que la mesure présidentielle n’est en fait qu’une promesse politique  qui devrait être traduite dans la loi avant sa mise en œuvre. C’est pourquoi, et bien que la parole du président soit dans la coutume camerounaise au-dessus de la Constitution, les Commissaires nationaux ont quand même le petit scrupule de promettre le toilettage de la loi qui peut arriver aussi «progressivement» que la mise en œuvre de la Constitution, puisqu’ils n’en fixent pas le calendrier.



Les commissaires prenant part aux assises de la Commission nationale consultative du travail ont émis le vœu de voir cette revalorisation s’accroitre tous les deux ans, n’est-ce pas un leurre au Cameroun ?



 



Pour que leur vœu ne soit pas effectivement un leurre, comme vous dites, ces augustes membres de la Commission consultative du Travail devraient, en attendant de réfléchir à mieux, proposer simplement au gouvernement de réhabiliter l’ancien Code du Travail qui n’était pas le paradis, mais qui consacrait relativement la dignité et le mérite du travailleur dans l’entreprise, et prévoyait globalement cette augmentation mécanique, tous les deux ans, de toutes constituantes de la rémunération des employés. Les «illettrés» d’hier avaient ainsi une meilleure perception de la fonction sociale du travail et des salaires que nos «agrégés» d’aujourd’hui qui sont formatés pour défendre «la flexibilité» afin de préserver les bénéfices des patrons…La flexibilité c’est le procédé de négociations qui permet qu’au nom de la rareté de l’emploi, le meilleur ingénieur au monde se voit imposer un salaire mensuel de 50 000 FCFA dans une entreprise qui réalise des milliards de bénéfices par an, et les transfère à l’étranger ou les distribue à une poignée d’actionnaires.   



 



Que coûte cette hausse de l’ordre de 55% des allocations familiales à l’Etat ?



 



Si je comprends bien votre question, la réponse est simple. Vous interrogez la CNPS pour savoir combien sont les familles camerounaises qui perçoivent ces allocations familiales et vous faites le calcul. Mais, s’il s’agit de l’effort politique ou de sacrifices financiers, je ne vois aucun coût. Car ce n’est pas un cadeau que le gouvernement fait aux familles du pays. C’est un droit qui oblige l’Etat à l’égard des populations, comme le droit au travail, à la santé, à la liberté, à l’information, etc. Sauf qu’il faut le savoir et les gouvernants – les nôtres – ont du mal à en informer le peuple, parce que plus nous ignorons nos droits, plus ils sont à l’aise pour les violer au gré de leurs intérêts particuliers.



Propos recueillis par L.M. Stg

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