Le Nigeria est, depuis 2012, le premier partenaire commercial du Cameroun, devant la France et la Chine. Avant la radicalisation de la secte terroriste Boko Haram au Nigeria et le début de son expansion au Cameroun et au Tchad, les échanges commerciaux entre les deux pays tournaient autour de 4000 milliards de Fcfa chaque année, malgré la contrebande. Une étude du bureau local de la Banque mondiale révélait en 2012 que le volume des produits nigérians importés par le Cameroun était estimé à 58%. A contrario, les exportations camerounaises à destination du géant nigérian s’établissaient à 8% du volume des exportations nationales, ce qui signifie que la balance commerciale était largement déficitaire pour le Cameroun. Ceci commandait au Cameroun d’améliorer le niveau de ses exportations en direction de ce pays devenu depuis peu la première puissance du continent. Depuis l’année dernière, il existe un accord de libre échange entre les deux pays.
Il est l’une des principales émanations des Journées économiques et commerciales qu’organisent depuis quelques années le Cameroun et le Nigeria. Le ministère du Commerce note, depuis l’instauration de ces journées, une nette amélioration des exportations dans les secteurs de l’agriculture, de l’agro-industrie, de la savonnerie, de la chocolaterie, des industries brassicoles, du textile, de l’aluminium, de l’artisanat, ainsi que dans les services. Lors de la signature de l’accord mentionné en avril 2014, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, avait expliqué qu’il s’agissait d’un atout pour le d’avoir un voisin qui compte environ 177 millions d’habitants. « En termes de marché, se félicitait-il, cela fait 177 millions de consommateurs. Ce sont des personnes qu’il faut nourrir et qui ont besoin des produits culturels (…) » Cet accord devait plus concrètement permettre au Cameroun de pouvoir accéder au marché nigérian (et vice-versa), sans autres obstacles que des contraintes purement commerciales. « Il faut dire qu’il était important que ce vaste marché s’ouvre à l’ensemble de nos produits. Et c’est chose faite depuis le 11 avril 2014 », se targuait le membre du gouvernement.
Il paraît difficile, un an après la signature de cet accord commercial, d’évaluer ses retombées, eu égard évidemment au contexte d’insécurité caractérisé par les menées terroristes de Boko Haram au Nigeria, au Cameroun et au Tchad. Il va de soi que l’intensification du terrorisme aux frontières de ces pays a conduit à une baisse drastique des échanges économiques, les différents gouvernements ayant été contraints de fermer tous (ou presque) les corridors commerciaux. Or, dans le cadre de l’accord susmentionné, le Cameroun, pour approvisionner le Nigeria en produits agricoles (par exemple), devait, au plus bas mot, quadrupler sa production actuelle afin de rééquilibrer la balance commerciale.
La coopération économique entre le Cameroun et le Nigeria est salvatrice pour le secteur privé. Elle a par exemple permis au richissime homme d’affaires nigérian Aliko Dangote de s’installer au Cameroun où il est actif dans le domaine de la cimenterie. Côté Cameroun, la société Fokou exporte beaucoup de ses produits au Nigeria. Bien plus, 19 start-up camerounaises sont en train d’être financées par la fondation de l’investisseur nigérian Tony Elumelu. Le Nigeria constitue d’autant plus un vaste marché pour le Cameroun (et vice-versa) que les gouvernements des deux pays ont décidé de la construction d’un corridor entre Bamenda (Cameroun) et Enugu (Nigeria).
Echanges commerciaux Cameroun-Nigeria : Le péril sécuritaire
L'accord de libre échange paraphé en avril 2014 entre le Cameroun et le Nigeria est mis à mal par l?action de Boko Haram.