La crise économique, le programme de libéralisation du secteur engagé par le gouvernement dans les années 1990 tout comme la baisse drastique des cours sur les places internationales pendant près de deux décennies, ont découragé l’ardeur de milliers de petits paysans qui s’étaient consacrés à leur culture et occasionnant des chutes de production. Cette situation a conduit le gouvernement, depuis le retour de la croissance, à multiplier des programmes d’appui à ces cultures. C’est ainsi que les secteurs du cacao du Café du coton, ou de l’huile de palme, bénéficie de l’appui décisif de l’Etat, au moyen de fonds de développement ou de programme d’encadrement des planteurs.
Résultat de cette reprise du soutien aux agriculteurs, la production repart progressivement à la hausse, comme pour le café un des principaux produits d’exportation. Ainsi, révèle Luc Magloire Mbarga Atangana, le ministre du Commerce, «bien que la tendance ait été, au cours des deux dernières campagnes, à une certaine stagnation en ce qui concerne les quantités, la qualité et la rémunération des producteurs laissent en revanche entrevoir des perspectives encourageantes». Dans le détail, la production commercialisée de café est partie de 26 322 tonnes au cours de la campagne caféière 2010/2011, pour remonter à 38 122 tonnes en 2011/2012, soit un bond significatif 32, 26 %. Dans le même temps, la production des cafés lavés, qui reste, pour les Pouvoirs Publics, le filon d’avenir de la filière, est passée de 30 à 87 tonnes. Avec, signe encourageant, la réapparition de la qualité Prima en arabica. Certes, on est encore loin de la production d’il y a vingt ans qui culminait à 90 000 tonnes, mais le progrès sont réels. S’agissant de la rémunération des producteurs, et à la faveur de la bonne tenue des cours sur le marché international, les prix sont restés incitatifs en 2011/2012, oscillant entre 1500 et 1700 Fcfa, au port de Douala pour l’arabica et une moyenne de 800 Fcfa pour le robusta, contre respectivement 1200Fcfa et 750 Fcfa en 2010/2011.
Une nette évolution qui pourrait relancer l’enthousiasme des planteurs dans la caféiculture, mais aussi dans la cacao-culture où la tendance à la progression s’avère plus forte. De 183000 tonnes en 2006, la production cacaoyère a atteint 244000 tonnes en 2011, avec pour objectif, selon le directeur général de l’office national du Cacao et du café, d’atteindre 350000 tonnes d’ici 2015. Selon le directeur général de l’Office national du Cacao et du café, Michael Ndoping, «force est de constater aujourd’hui, que la filière cacao a effectivement amorcé son envol, et l’avenir s’annonce prometteur. L’objectif officiel d’atteindre une production de 350.000 Tonnes à l’horizon 2015 préconisé dans la planification stratégique du Ministère de l’Agriculture et du développement rural, n’est pas un mirage mais une ambition effectivement réalisable. Il suffit d’un peu plus de détermination, de volonté, et d’abnégation de la part de tous les acteurs de la filière cacaoyère, et du soutient constant de nos différentes tutelles pour que le Cameroun s’affirme désormais comme grand pays producteur de cacao, sur le plan national et international ». Pour ce faire certaines activités conjointes du Programme de relance du verger cacao/café, du Projet d’appui à la production et à la diffusion de matériel végétal cacao/café et du Projet semencier cacao/café, ont permis l’année dernière de diffuser près d’un million de plants de caféier arabica et autant de caféier robusta. Des d'insecticides, atomiseurs et pulvérisateurs sont également distribués pour le traitement des vergers. Une forme de soutien dont bénéficient déjà les cultivateurs de coton dans le nord du pays. En hausse constante, la production de coton fibre atteint désormais les 70 000 tonnes. Une embellie liée, selon le gouvernement, à l’amélioration des cours du coton sur le marché mondial, à la mise en place d’un fonds de stabilisation des prix d’achat aux producteurs et à la disponibilité des engrais. Le Projet de relance de la filière coton a permis de subventionner les engrais, de renforcer le fonds de roulement «engrais vivriers» pour empêcher que les cultivateurs utilisent les engrais destinés au coton, pour leurs stimuler leurs cultures vivrières. De fait, les quelques 250 000 producteurs regroupés au sein de la confédération nationale des producteurs de coton du Cameroun ont bénéficié de la reprise des cours du coton, avec une augmentation substantielle du prix d‘achat du kilo du coton, qui atteint désormais 265/kg de coton graine, bien au-dessus des 175F/kg pratiqués il y a cinq ans. Dans ce secteur indispensable à l’équilibre socio économique des régions du Nord Cameroun la société de développement du Coton (Sodecoton) encadre les paysans, la stratégie du gouvernement consiste à accroitre la production et la productivité du coton en encourageant les producteurs, mais aussi à augmenter la demande interne de la fibre de coton en stimulant les industries et les services aval dans les segments textiles confection. Dans le détail, ce programme consiste à améliorer la semence industrielle et la recherche ; diversifier les activités des cotonculteurs, créer un fonds de péréquation des cours du coton, renforcer la capacité de gestion de la fédération des cotonculteurs, et augmenter leurs capacités de financement de l'achat des intrants.
Une stratégie semblable à celle qui a été déployées pour l’huile de palme. S’il existe plusieurs grandes entreprises spécialisées dans le palmier à huile, le gouvernement semble néanmoins parier davantage sur les petits producteurs pour accroitre sensiblement la production et le déficit qui se chiffre à 100000 tonnes par an. Depuis la mise en œuvre du programme de développement des palmeraies villageoises les petits exploitants de plantations individuelles participent pour près de 25% à la production nationale d’huile de palme qui approche 270000 tonnes. «Beaucoup de petits fermiers qui étaient principalement concentrés dans la production de café et de cacao ont commencé à cultiver l’huile de palme ces dernières années pour diversifier leurs revenus étant donné le nombre croissant d’acheteurs venant de la Guinée Equatoriale et du Gabon», commente le ministre de l’agriculture, Essimi Menye. Reste l’hévéa. Ce produit étant resté relativement compétitif, c’est essentiellement le secteur privé qui tente d‘en dynamiser la production. C’est le cas d’Hevecam, fondé en 1975 par l’Etat et privatisé en 1996 au profit du groupe singapourien GMG Global, qui a obtenu le 29 avril dernier un prêt de 10 milliards auprès d’Afriland First Bank pour doper sa production. Avec 22 000ha plantés d’hévéas sur les 41 000ha de concession en bail emphytéotique avec l’Etat, Hevecam SA est dotée d’une usine d’une capacité de production de 50 000 tonnes de caoutchouc par an. «Aujourd’hui, plus de 60% de nos plantations sont vieillissantes, explique Alain Young, le directeur général d‘Hevecam SA. Phénomène qui induit une baisse importante de l’approvisionnement de notre usine. L’accord de prêt que nous signons ce jour est ainsi destiné au financement de la régénération de nos plantations. Le rajeunissement de nos plantations va améliorer l’approvisionnement de notre usine et faciliter l’accroissement de sa production du caoutchouc naturel de 20%».
Destinées à l?exportation, les cultures telles que le cacao café coton, caoutchouc, connaissent un renouveau post crise économique.
Jadis considérée comme les principales mamelles nourricières du Cameroun, les filières agricoles industrielles ont été durement été frappées pendant les années de récession.