Voici comment les affrontements intercommunautaires mettent à mal l’unité nationale au Cameroun

Cameroun - Politique. Voici comment les affrontements intercommunautaires mettent à mal l’unité nationale au Cameroun

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Alors qu’on le croyait endormi, le potentiel belligène des différentes communautés au Cameroun s’exprime toujours relate la journal Intégration.

Par intermittence, les tensions entre groupes ethniques autochtones et allogènes ne sont émaillées que d’incidents fâcheux ou de violences sporadiques, en témoignent les dernières actualités sur le sujet. Ces actualités-là, à travers les questions qu’elles soulèvent,  peuvent être perçues à travers le prisme des problèmes nationaux immédiats.

Selon une piste de lecture, le tribalisme teinté de xénophobie qui s’exprime actuellement prendrait naissance dans cette conception complexe de préséance de certains groupes  sociaux. Le péril politique constitué par quelques individus soudainement trop proches des positions de pouvoir aiguise un sentiment d’autodéfense violent chez d’autres et radicalise leur position contre les communautés. Au quotidien, les communautés se réclamant autochtones deviennent très sensibles à une présence significative d’étrangers (de tout type) sur leur terroir. Le discours de l’étranger agresseur est formalisé et mis en pratique au sein du corps social par des groupes qui véhiculent une pensée autochtone forte visant à libérer le terroir de l’impérialisme des « envahisseurs ».

Aujourd’hui, dans les cours publiques, mélanges ethniques très caractéristiques du melting-pot camerounais, les tensions sont vives entre familles de groupes différents ; sur les lieux de travail, la scission est plus nette entre collègues et collaborateurs, les échanges se limitent à de simples civilités ou sont souvent émaillés de disputes violentes. Les communautés s’entrecroisent, mais se moulent dans une carapace de prévention contre l’autre qui prend l’allure d’un silence contenu chez les unes, et de vives manifestations publiques de quartier chez les autres.

« Tout cela nourrit une violence qui s’affiche désormais de plus en plus ouvertement », conclut le sociopolitiste Daniel Yapseu. Bien qu’ayant travaillé à désamorcer ces risques, l’Etat se surprend toujours à les vivre. Ceci parce que le cycle d’affrontements dégage des périodes de récession et d’atténuation de la violence effective sur le terrain, sans pour autant que les causes les plus profondes soient traitées, d’où, à terme, un inévitable retour de flamme.

A la lumière des faits, le présent dossier s’emploie à décrypter un phénomène social enkysté dans le quotidien camerounais.

Jean-René Meva’a Amougou

 



Affrontements intercommunautaires: Quand l’Unité nationale est mise à mal

Un différend personnel, des violences, des représailles, des morts. Le cycle de mésententes entre groupes ethniques n’en finit pas de saper le vivre-ensemble au Cameroun.
 

Une fois encore, la localité d’Eséka  constitue un pôle d’actualité.  Après l’accident ferroviaire survenu le 21 octobre 2016, voici le chef-lieu du département du Nyong-et-Kelle) s’est de nouveau mise sous les feux des projecteurs le 12 mai 2019.  Ce jour-là, rapportent Mutations du 13 mai dernier, des affrontements intercommunautaires ont eu lieu entre les autochtones et les ressortissants du Grand Nord. Selon un bilan tenu par le quotidien privé, les incidents ont fait trois blessés graves (dont deux internés à l’hôpital de district d’Eséka et un autre dont le cas jugé plus critique, évacué à Yaoundé pour des soins appropriés).

Une source locale renseigne que « la récurrence d’agressions et de vols à bord des mototaxis ont amené quelques personnes s’identifiant comme des autochtones à prendre gourdins,  machettes et des couteaux  contre ressortissants du Grand-Nord ». La même source souligne qu’à tort ou à raison, l’insécurité ambiante est attribuée à ces derniers par les populations locales.

A en croire Peter Tchende, le préfet du Nyong-et-Kelle approché par Mutations,  les affrontements se sont polarisés sur les notions pour le moins floues d’autochtones et d’allogènes.

Cette actualité vient se greffer à celle du 24 avril 2019 à Obala (Lékié). Suite au meurtre d’un jeune homme issu de la communauté « Haoussa », de vifs affrontements communautaires y ont lieu. En guise de réplique, quelques « Haoussa » ont décidé de venger leur frère. Munis de pancartes aux messages haineux, de machettes et de lance-flèches, ils ont pris à partie une partie de la population autochtone.

Regards

Dans un cas tout comme dans l’autre, tout se passe comme si les processus d’exclusion, de désaffiliation, de ségrégation et de discrimination occultent le vivre-ensemble. « Ils font structurellement obstacle à l’Unité nationale », avise le sociopolitiste Daniel Yapseu. De l’avis de l’universitaire, « l’analyse des logiques émeutières conduit à dégager un certain nombre de constantes dans l’espace et le temps. À chaque fois, ce sont des incidents survenant dans un contexte de suspicion et de rancœur réciproques entre communautés locales et allogènes ». Pour sa part, l’activiste de la société civile Josué Abessolo pense qu’ « on peut estimer que le contexte sociopolitique actuel y est pour beaucoup, ce qui conduit à masquer une incapacité structurelle à envisager de façon raisonnée et pragmatique un débat sur les questions d’ordre public ».

Jean-René Meva’a Amougou

 

Que pensent-ils de l’Unité nationale

 Franck Hubert Ateba,  homme politique

« La bonne gouvernance, la justice sociale et la morale peuvent aider à consolider notre vivre ensemble ».

 

Qu’est-ce qui selon vous plombe l’unité nationale du Cameroun tant chantée par les présidents Ahidjo et Biya ?

Je ne pense pas que les présidents Ahidjo et Biya aient fait suffisamment pour consolider l’unité nationale camerounaise laquelle aujourd’hui ferait des jaloux. Par ailleurs, je me demande si les camerounais eux-mêmes savent ce qu’ils gagneraient en restant unis et soudés ? Autre question, les Camerounais et leurs dirigeants ont-ils la même compréhension du concept de l’Unité nationale ? Cette conception répond-elle aux attentes de développement que nous voulons car nous pouvons vouloir une chose et son contraire ? Il y a enfin ces appellations identitaires « nkoa » « Bami »  « Haoussa »« gadamayo ou « anglo fous » que nous entendons  ici et là qui au premier abord peuvent ne pas déranger mais qui à la longue, peuvent être sources de conflits et de division. Pour dire finalement que l’Unité nationale du Cameroun est plombée en partie. Il faut également souligner que certains ont passé leur temps à creuser les sillons du communautarisme tandis que d’autres travaillaient pour consolider notre unité. Exceptés ces faits connus,  je crois que l’Unité nationale est une réalité au Cameroun à 79 voire 80%. Il y a certes des replis identitaires, du communautarisme mais chaque Camerounais se sent chez lui là où il vit.

 

En admettant que cette unité nationale soit en partie une réalité, que doit-on faire pour davantage la consolider ?

Je pense qu’il est judicieux aujourd’hui pour chacun de nous de vivre notre unité en tenant compte de nos composantes socio-anthropologiques. C’est sans doute dans la compréhension de ces diversités que nous pourrons davantage comprendre l’autre, l’accepter dans sa diversité. Par ailleurs, il faudra régler le problème de la bonne gouvernance. Si le pays est bien géré avec une juste répartition des fruits de la croissance, il y aura moins de frustrations donc moins de divisions. Les gens ne vont pas croire qu’il y a tensions dans le Nord et le Sud-ouest à cause du tribalisme. Les crises dans le Nord-ouest et le Sud-ouest sont les fruits de la mal gouvernance en vogue au Cameroun. La preuve, les anglophones vivent sans la moindre inquiétude partout dans l’ensemble du territoire camerounais.

Par ailleurs, il faudra protéger les minorités si nous voulons consolider notre vivre ensemble. Il y a enfin le respect de la justice sociale. Elle doit être respectée par tous, appliquée à tous sans exception. Les lois sont faites par les hommes pour les hommes. Il faut les adapter aux besoins des hommes. Pour me résumer, pour consolider notre unité nationale, il y a trois choses à faire : la bonne gouvernance, la justice sociale et la morale. Il nous faut une morale républicaine, une éthique patriotique. Ce sont là des éléments capables de fortifier notre vivre ensemble.

 

Pensez-vous qu’une sortie de crise soit possible sur la crise anglophone si oui par quels moyens? Le Dialogue proposé par le président Biya peut-il aider à résoudre cette crise ?

La sortie de crise est fortement possible dans les zones anglophones pour au moins deux faits. Les deux belligérants sont aujourd’hui dos au mur. Le gouvernement avec ses nombreux lieutenants (les va-en-guerre) a géré la crise sous deux angles. Le premier a été celui du dialogue prôné par le chef de l’Etat. Il faut le reconnaître ce dernier excepté le sujet sur la division du Cameroun, a cédé à de nombreuses exigences des séparatistes. Le deuxième angle a été celui des va-en-guerre qui ont tout fait en durcissant les positions pour se remplir les poches.

Beaucoup ont reçu des prébendes au travers de la prime de nuisance. Ces deux bandes à cause de leurs intérêts égoïstes n’ont jamais souhaité que cette guerre s’arrête. Malheureusement, Monsieur Biya a vu leur jeu et les a mis de côté. Les primes de nuisance ont échoué, la mesure de la force a échoué. La crise s’est transformée en grand banditisme. Les sécessionnistes ont montré leurs vrais visages. Le groupe des marginaux du CNC, il faut le dire haut, a réussi au départ à créer de la sympathie par des relents sociologiques, ethniques pour ranger les populations de leurs côté. Mais lorsque celles-ci ont compris que les séparatistes luttaient pour leurs propres intérêts, elles se sont ravisées pour regarder en direction des forces loyalistes. Ce concours de circonstance me laisse  croire qu’une sortie de crise est possible.

 

La proposition de dialogue du président Biya est aujourd’hui l’unique chance de sortie de crise. Il faut savoir que lorsqu’une crise s’enlise, il faut trouver des solutions pour qu’elle s’arrête. Mais il y a trois préalables à remplir pour y parvenir. Il  y a d’abord les acteurs. Avec qui devons-nous dialoguer ?

A mon humble avis, ça ne devrait pas être les donneurs d’ordre qui ont toujours souhaité que cette guerre se poursuive pour continuer à bénéficier de leurs prébendes. Il faut plutôt dialoguer avec la majorité silencieuse. Certes, elle a été sympathisante au début mais c’est avec elle qu’il faut dialoguer. Les enfants qui sont en brousse ont besoin du pardon de la république. Mais le pardon ne veut pas dire impunité. Ceux qui ont commis des crimes doivent être jugés. Du côté du pouvoir, nous excluons dans nos propositions, ceux qui ont nié l’existence de la crise. Pourquoi ne pas adouber les acteurs de la société civile pour aller défendre les intérêts du gouvernement ? Une fois qu’on a trouvé les interlocuteurs, il faut faire le contenu des discussions. C’est le deuxième préalable.

Le président Biya a déjà donné la voix en précisant qu’on peut discuter de tout sauf la sécession. Il faut proposer un contenu. Le troisième préalable est ce qu’on va faire de ce qui sera retenu des discussions. Va-t-on mettre les décisions prises dans des tiroirs ? Je pense qu’il faut institutionnaliser ces décisions pour qu’elles servent pour les générations futures. J’insiste sur le fait que ce dialogue doit être inclusif. Ça ne devrait pas être un dialogue entre les ressortissants des régions anglophones et ceux du reste du pays. Nous disons non. Ce sont des pièges à éviter. L’idée du fédéralisme est très rependue en ce moment dans les esprits au Cameroun. Il ne faudra pas tomber dans le piège d’un fédéralisme à deux Etats. Il faut anticiper sur l’éventualité d’autres crises. Il faut mettre tout le monde dans ce dialogue. C’est pour cela qu’il faut encourager celui qui a eu cette idée à savoir le président Biya car, il ne le fait pas pour lui mais pour les générations futures.

Propos recueillis par
Telesphore MbondoAwono

 


Charles Mvondo Onana, Dg de Glocal Communication Sarl
« L’inégale répartition des richesses nationales fait partie des obstacles à notre unité »
 

Avez-vous l’impression que l’Unité nationale reste une rengaine creuse au Cameroun ?

L’unité est un idéal. Elle ne sera jamais parfaite. C’est le sentiment de tout le peuple d’appartenir à une communauté nationale soudée, partageant en gros les mêmes valeurs et objectifs, les malheurs comme le bonheur, les échecs et les succès. Elle trouve sa plus grande expression au Cameroun dans les domaines tels le sport avec Joseph Bessala, les Lions Indomptables, Timothy Lekundze, Sara Etongue, Françoise Mbango etc. Tous ces noms ont donné de grands moments de communion nationale aux camerounais. La défense de la patrie au-delà des querelles et calculs politiciens, a généralement mobilisé les Camerounais contre tout diktat venant de l’extérieur.

Les obstacles à cet idéal au Cameroun sont de plusieurs ordres: la forte prédominance de la tribu dans nos mentalités par rapport à la nation ; le manque de justice et d’équité se traduisant par l’inégale répartition des richesses nationales, le népotisme et le favoritisme entre autres. Ceci donnant l’impression d’avoir à faire à deux communautés nationales : celle des favorisés et celle des défavorisés, avec un sentiment de grande frustration dans la deuxième ; la précarité d’un Etat encore dans les balbutiements de ses 60 premières années d’existence ; les égoïsmes exacerbés des uns et des autres ; la perte de la valeur culturelle fondamentale de tout africain : la solidarité.

Pensez-vous qu’une sortie de crise soit possible sur la crise anglophone si oui par quels moyens? Le dialogue proposé par le président Biya peut-il aider à résoudre cette crise ?

Bien sûr  qu’elle est envisageable et possible. Je dirai même qu’elle est impérative, si nous ne voulons pas reculer d’un siècle. Je pense qu’une crise peut permettre par elle-même un optimisme, à condition d’avoir une réelle volonté de la juguler. Sans la souhaiter, cette crise devrait permettre un éveil de conscience. Nous devons nous baser sur elle pour aller vers la  3eme République. Le président de la République étant enfin de carrière, les Camerounais de tout bord doivent absolument dépassionner le débat, éviter les manœuvres de politique politicienne et aller à la table du dialogue. Quant aux moyens et outils, l’Etat doit rester fort et impartial pour faire régner l’ordre sur toute l’étendue du territoire national par des méthodes conventionnelles ; et sans triomphalisme, organiser un dialogue franc couvrant tous les aspects de la vie nationale, et bien entendu, appliquer toutes les résolutions issues dudit dialogue.

En admettant que cette unité nationale soit en partie une réalité, que doit-on faire pour davantage la consolider ?

Tel un médecin, faire un diagnostic froid de la situation, mettre en lumière les maux qui la minent, y appliquer des solutions idoines. Ceci doit être impulsé par une réelle volonté politique des gouvernants.

Propos rassemblés par
Telesphore Mbondo Awono

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