Une organisation de la société civile dénonce les irrégularités à la présidentielle camerounaise

Présidentielle 2018. Une organisation de la société civile dénonce les irrégularités à la présidentielle camerounaise

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DÉCLARATION DU REDHAC POUR UN PREMIER POINT AU SUJET DU DÉROULEMENT DU SCRUTIN DU 07 OCTOBRE 2018 AU CAMEROUN


Mesdames et messieurs les journalistes, hommes et Femmes de médias. Je tiens tout d'abord à vous remercier pour la promptitude avec laquelle vous avez répondu à notre invitation. Une fois de plus, votre présence qualitative et quantitative témoigne de l'importance que le 4ème pouvoir accorde à la société civile en général et au Réseau de Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale en particulier. Permettez-moi d'emblée de vous rendre hommage pour le sérieux et le professionnalisme dont vous de la Presse Camerounaise avez fait montre dans le cadre de la couverture de cette élection présidentielle.

Venons à présent si vous en avez convenance au vif du sujet: le déroulement proprement dit du scrutin. D'emblée, je voudrais le relever pour m'en offusquer :
Les organisations de la société civile nationale et sous régionale dans leur majorité et singulièrement le REDHAC avons eu d'énormes difficultés à mener à bien la tâche de surveillance et d'observation de ces élections du fait non seulement du refus de l'autorité administrative d'accorder à tous nos observateurs les accréditations, mais aussi à cause de la situation sécuritaire dans certaines parties du pays au Nord-Ouest, Sud-Ouest et l’Extrême-Nord. Mais habitués à faire face aux obstacles de ce genre dans l'exercice de nos missions, nous avons dû développer nos méthodes habituelles pour nous déployer sur le terrain dans les dix régions du Cameroun.
Nous voulons signaler ici que le REDHAC déployé sur 4 régions à savoir le Nord-Ouest, le Sud-Ouest, le littoral et l’Extrême-Nord.

Notre objectif était de documenter les violations des Droits Humains et les droits des Défenseur(e)s et activistes. En attendant notre rapport définitif. Le REDHAC à couvert au moins 400 bureaux de vote y inclure une partie de l’Ouest (MBOUDA).
L’exploitation rigoureuse et sans complaisance des données recueillies sur le terrain nous permet de faire un certain nombre de constatations:

Observations générales :

1) Faible taux de participation surtout les jeunes et les femmes (de manière générale dans les régions que nous avons observé, pis dans les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest.

2) L’abstention a atteint des proportions exponentielles à certains endroits. Les Camerounais ne se sont véritablement pas bousculés aux urnes.

3) Certaines listes électorales de manière très surprenante ont volontairement ou involontairement échappé à la vigilance du toilettage du fichier laissant apparaître des doublons, soit une même personne aux données identiques figurer plus d'une fois dans la même liste. Cas du bureau de vote de Youpwé où un jeune s’est exclamé en voyant le nom de son père décédé depuis 2 ans sur la liste). Rien ne justifiant celà, c'est de la responsabilité exclusive de l'organe en charge des élections.

4) Excepté le Candidat sortant dont on peut affirmer avec autorité la présence des représentants dans la quasi-totalité des bureaux de vote, l'on a noté très curieusement l'absence dans plusieurs bureaux en zone urbaine comme en campagne de ceux des candidats de l'opposition sans explication rationnelle.

5) De manière sincère, mais sous réserve de preuves tangibles et irréfutables, il nous est difficile d'affirmer qu'il y'a eu des bourrages d'urnes. Mais si d'aventure l'exploitation des données de nos chargés de mission venaient à l'attester nous les rendrons publics.

6) Il manquait dans certains centres les représentants permanents d’Elecam pour pouvoir régler les problèmes.

7) Dans certains bureaux, l’encre n’était pas indélébile.

Des violations des Droits humains
De manière générale
- Les personnes (les personnes à mobilité réduites) ont eu du mal à exercer leur droit de vote (manque infrastructures d’adéquates 2 échantillons :
• 1 handicapé au centre de vote de Douala 1er : Mme Danielle BELAH
• 1 malvoyant au centre de vote de Douala 3eme : centre de CEPLAN
- Refus de faire voter les personnes qui non seulement avaient leur cartes d’électeur mais en plus avaient leur nom inscrit sur la liste électorale sous prétexte qu’ils n’avaient pas de cartes d’identité (centre NKONGMONDO Douala1) alors que ailleurs on a vu des gens voter avec les simples cartes d’identité.

- Les photos en noir et blanc qui ont crée beaucoup de problèmes d’indentification des électeurs.

- La violation du secret de vote car dans certains bureaux les poubelles qui servaient pour les bulletins de votes pas utilisés étaient transparents.

- Intimidations de certains membres de représentants de certains candidats de l’opposition voire parfois les cas de séquestration et d’enlèvement. Mais au regard des éléments concrets issus de nos enquêtes, il est loisible que ces
faits regrettables sont à mettre à l'actif d'abus et de la volonté intuiti personae individuels et ne pourraient en aucun cas être considérés comme relevant d'un mot d'ordre général.
L’arrestation et détention arbitraire par la police de M. OKALA EBODE, Trésorier adjoint du MRC depuis dimanche le 07 Octobre 2018 à Yaoundé ?
La création de fausses organisations à qui l’administration a donné les accréditations en tant qu’observateurs internationaux :
-« TRANSPARENCY INTERNATIONAL »
- « RODAC » « Réseau d’Observateurs d’Afrique Centrale qui a par la même voix déclarer sur les antennes de la CRTV que le scrutin s’est bien déroulé.

- Tentative d’achat de conscience des jeunes qui tentaient à voter pour un candidat (c’est le cas de l’opposition du bureau de vote du quartier TIBDA à Edéa par le chef du Quartier et membre du RDPC, M.KWEDI ;

- Les déplacées internes n’ont pas pu voter à Bonabéri où ils sont nombreux.

Violations des droits humains spécifiques dans les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest
1) Sud-Ouest
 Présence excessive des agents du BIR et des militaires cagoulés armés de mitrailleuses prêtes à tirer ;
 Ouverture tardive des bureaux de vote ;
 Convoi de Cameroun Tribune attaqué à l’entrée de la ville entre 6h et 7h le 07/10/2018 pas de mort.
 11h attaques du convoi du sous préfet de Buea à Muea ;
 Interdiction aux observateurs et aux électeurs de rentrer à Muea conséquence, les électeurs ont été privés de leur droit au vote ;
 Intimidations des femmes par les séparatistes et l’armée régulière, conséquence, les électeurs ont été presque pas exercé leur droit de vote ;
 Corruption dans certains check points à l’entrée de la ville ;

MENACES ET REPRESAILLES A L’ENCONTRE DES DEFENSEURS
- (Buea-Lysoka) : Maison de notre collaborateur le DDH Embola Robert incendié par les séparatistes qui lui reprochent de prendre part activement aux élections;
- Kumba : Menaces de mort du DDH Akonlo par les séparatistes pour son implication aux élections ;
- Interpellation de nos collaborateurs par les militaires et les agents du BIR. Plus de peur que de mal

2) Nord-Ouest
- Assassinats de 2 jeunes qui allaient voter par les hommes cagoulés à Hospital round about at Commercial Avenue ;
- Les 4 soldats assassinés à Njikwa à Donga Mantung;

- 40 prisonniers sortis pour aller voter pour le parti au pouvoir à qui ont a remis 20 000 FCFA par personne et qui n’étaient pas encore rentrés le dimanche 07/10/2018 à 17h30 (Prison Centrale Bamenda);
- Hôtel AZAM (Bamenda Centre) 2 jeunes tués par les forces de sécurité;
- Maisons brulées à Nsongwa à Bamenda 2 dans le département de la Mezam;
- Maison d’Achidi Achu mit à résidence surveillé par les agents de sécurité qui l’accusent d’appartenir aux séparatistes;
- Bamenda 2 et Bamenda 3, interdiction aux populations de voter ;

Menaces et représailles à l’encontre des défenseurs
- M Ambo Mambo appels anonymes des agents de renseignements (Finders Group Initiative) ;
- Mme Laura Tufon menacée pour sa collaboration étroite avec l’évêché dans la protection des Droits Humains (Justice and Peace Bamenda);
- Mme Adah Mbah menacée par les agents de sécurité pour son engagement pour la défense des droits humains surtout pour les femmes (Mother of Hope) ;
- Gwain Colbert a reçu des menaces de la part des forces de sécurité tout au long du processus électoral pour son engagement au droit pour tous à l’utilisation d’internet (A Common Future).
En tout état de cause, s'il y'a tout lieu de reconnaître et condamner ces irrégularités et les violations des Droits Humains, il est difficile de remettre en cause de manière péremptoire la sincérité du scrutin du 07 Octobre dernier. Certes, il y’a des améliorations nécessaires pour parfaire le processus mais il est tout aussi honnête de mentionner qu'il y'a des avancées notoires, à l'exemple par exemple de l'encre à un pourcentage indélébile acceptable.
Le REDHAC dénonce et condamne ces irrégularités des violations des droits Humains et des défenseurs des droits humains.

L’EXTREME NORD
Dans la région de l’Extrême-Nord nous avons observé quelques irrégularités :
- A Fotokol les bureaux de vote sont à l’air libre, les urnes déposées à même le sol sans support, les isoloirs sont sous les arbres ;
- A Walassa et Kossewa, les bureaux de vote sont dans les chefferies et le chef traditionnel influence les électeurs ;
- Dans les bureaux de vote situé à 8 km de Maroua le Lawan Gayak fait le tour des bureaux pour influencer les votants, contrôler les listes, relèver les absences et envoi les chercher dans leur domicile ;
- A Maroua Salack le BIR oblige les populations à voter et sortir avec le bulletin de vote du MRC ;
- Dans la commune de Maroua 2, esplanade d’Abdouhaman yaya les bureaux de vote ont ouvert tard

1) Reconnaît tout de même quelques points positifs :
 Le Calme des forces de sécurité et la convivialité qui régnait entre électeurs et elles ;
 L’encre à un pourcentage indéniable acceptable par endroit ;
 La coopération des agents d’Elecam avec les électeurs et les observateurs même sur badges officiels.
En conclusion,
Le REDHAC tout en recommandant à l'organe en charge de l'organisation des élections d'être le plus rigoureux et neutre possible dans le dépouillement des procès verbaux issus des bureaux de vote, en appelle au sens de la responsabilité des candidats, de leurs états-majors, des électeurs et du peuple Camerounais. Nous souhaitons de tout cœur que les revendications et les contestations éventuelles se fassent conformément et dans le stricte respect des lois et règlements en vigueur du code électoral qui par ailleurs devra être revu de fond en comble.

Compte tenu des tensions observables, de la montée du ton et des pressions maintenues voire amplifiées de part et d'autre, le REDHAC réitère à l'ensemble des acteurs et toutes les parties prenantes la nécessité d'instaurer et d'organiser sans délais sa proposition pour la tenue d'une assise « VÉRITÉ, JUSTICE ET RÉCONCILIATION » gage d'apaisement et de pacification du pays.

Je vous remercie !

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