Un air de fin des temps au Cameroun

Cameroun - Politique. Un air de fin des temps au Cameroun

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Dans la Bible, le discours de Jésus Christ sur le Mont des oliviers est saisissant de pertinence et peut sans doute être d’un précieux secours pour donner sens à certaines situations qui se produisent dans la société lit-on dans un éditorial de Georges Alain Boyomo, DP du quotidien privé Mutations.


Extrait  : «  … il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. Et sur la terre, les nations seront dans l’angoisse, épouvantées par le bruit de la mer et des vagues. Des hommes rendront l’âme de terreur dans l’attente de ce qui surviendra sur la terre, car les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le fils de l’homme venir sur une nuée avec beaucoup de puissance et de gloire. Quand ces évènements commenceront à se produire, redressez-vous et relevez la tête, parce que votre délivrance est proche  ». Le Cameroun vit-il un temps biblique ou une période christique  ? La question mérite qu’on s’y attarde après l’affaire de la «  milliardaire de Dovv Essos  »qui a polarisé l’actualité mercredi dernier. Les témoignages recueillis dans la faune humaine qui s’est ruée vers ce supermarché de Yaoundé dépassent en effet l’entendement.

«  Dieu a envoyé Marie nous donner de l’argent  », a par exemple déclaré un individu au sujet d’Emilienne Ndzié, cette dame manifestement dérangée, qui s’est montrée magnanime à l’égard de quelques clients retrouvés surplace, forte de la somme de 500.000 Fcfa qu’elle avait par devers elle. Dopée par les réseaux sociaux, la rumeur s’est répandue à la vitesse d’une sagaie indienne, déchaînant une foule de personnes naïves. Comment pouvait-il en être autrement lorsque le téléphone arabe diffuse qu’une « mi liardaire  » a fait irruption dans une grande surface et qu’e le est disposée à régler toutes les factures de ceux qui passent par là  ? La situation vécue à Dovv rend compte de l’état d’esprit de la masse populaire au Cameroun. Désabusée, désespérée et engagée dans un combat quotidien pour la survie, celle-ci ne croit plus au sésame du travail et de l’effort, mais au miracle, aux raccourcis et à la facilité.

Paupérisé et vulnérable, ayant sous-traité sa souveraineté à une minorité de compatriotes incrustés au pouvoir, le peuple camerounais, dans sa majorité, en est à s’abandonner aux diseurs de bonnes nouvelles, à rêver de croiser à chaque carrefour un casino géant ou une machine à sous qui crache de l’argent à bourse que veux-tu, à scruter le ciel pour voir débarquer le messie et tutti quanti. Avant l’affaire de la «  milliardaire de Dovv  », il y a eu le scandale de la Mission d’intégration et de développement de l’Afrique (Mida). Dans cette histoire, l’escroquerie était visible comme le nez au milieu du visage. Mais des milliers de Camerounais ont tout de même pris le risque d’y placer leurs économies, espérant des gains faramineux. C’est évident que le gouvernement est le principal responsable de la déliquescence morale et de la désespérance ambiantes. Mais n’en faisons pas un bouc émissaire  ! Les torts sont partagés.

Il convient plutôt aujourd’hui de questionner la société toute entière, à partir de la ce lule familiale. Comment en est-on arrivé là et que faire pour assurer le réarmement moral et citoyen des Camerounais  ? A la vei le de la prochaine élection présidentie le, ce questionnement revêt tout son sens. Au demeurant, l’enchaînement des évènements rocambolesques sous nos cieux est certainement porteur d’une mystique, d’un message. Celui de la fin des temps  ? Croisons les doigts.
 

Georges Alain Boyomo

Opinion