Santé: Quand les mythes s’en mêlent aux Cancers

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Parce que détournés par les charlatans, 80% des 14000 cas de tumeurs malignes enregistrés chaque année arrivent très tard dans les hôpitaux relate le quotidien privé Mutations.


Si l’on s’en tient aux données de l’Organisation non-gouvernementale (Ong) « Solidarité chimiothérapie » (Sochimio), 12.000 à 14 000 nouveaux cas de cancers sont signalés chaque année au Cameroun. Ces chiffres ont été présentés par le secrétaire général de ladite Ong, le Pr Paul Ndom, au 7e Congrès euro-africain de cancérologie tenu du 04 au 06 mai 2016.

Le cancer étant, selon les scientifiques,  une multiplication anarchique des cellules. L’être humain est constitué des unités fondamentales qu’on appelle les cellules. Lorsque ces cellules commencent à se multiplier de manière anarchique et à envahir les structures de voisinage, ou à tuer le malade, on parle de cellules cancéreuses. Chaque organe est susceptible de développer un cancer. C’est la raison pour laquelle l’on emploie le pluriel pour les désigner.  Les spécialistes les présentent en  deux grands groupes de cancers : les tumeurs solides qui touchent les organes solides notamment le cancer du sein, de l’ovaire ou de l’os ; et les tumeurs liquides (leucémies). Au Cameroun, deux principaux problèmes continuent de handicaper la prise en charge de la maladie : le dépistage tardif «  80% des personnes souffrant de cancers arrivent tardivement à l’hôpital », déplore Pr Ndom. Le coût de la prise en charge est aussi souvent hors de portée pour les familles des malades.

Dans un village situé à une dizaine de kilomètres de Bokito, les obsèques d’un jeune de 35 ans environ ont failli se transformer en bagarre. Les membres de la famille s’accusaient mutuellement d’avoir tué le défunt  par empoisonnement.  En fait au départ, celui-ci a souffert d’une «fièvre typhoïde rebelle » qui a été traitée à l’hôpital, puis avec des mixtures à base de feuilles, d’écorces et de racines d’arbres, et d’herbes naturelles. La fièvre bravée, le jeune homme va continuer à se sentir mal. Invité à se rendre au village pour des rites, la maladie, cancer de l’estomac, diagnostiquée au dernier moment, aura finalement le dessus sur lui puisqu’elle va le terrasser.

Société française

Il s’agit ici d’un cas parmi des milliers qui ne manquent pas de créer des divisions dans des familles. Aussi entend-on régulièrement des anecdotes du genre : « j’ai été mordue au sein par ma belle-mère qui ne me porte pas dans son cœur », ou encore : « à cause des couches de nuit que me fait subir tel sorcier du village, je perds abondamment du sang et je suis régulièrement anémiée ». Des plaignants souvent chaleureusement accueillis dans des groupes de prière et des tradipraticiens. Sans aucune frayeur, ces cancérologues d’un autre genre vantent leurs prouesses parfois via des médias. Au niveau d’un carrefour très fréquenté de Yaoundé un individu émerveille les passants. Parmi les maladies qu’il dit guérir, les cancers. Comme lui, des dizaines d’autres  et des pasteurs se livrent au même exercice. Ceux-ci prennent surtout à leur filet des citoyens qui n’ont pas eu de réponse à leurs problèmes au niveau de la médecine moderne. « Il faut dire que notre système de santé présente encore des limites pour le traitement de certaines pathologies. En plus du plateau technique inapproprié, le personnel soignant n’arrive pas à suspecter une maladie même lorsqu’à plusieurs reprises, les médicaments prescrits n’apportent pas la réponse escomptée. Le problème est régulièrement soulevé lors des rencontres. Il faut maintenant trouver des solutions dans l’urgence d’autant plus que les maladies affectent les citoyens des villes et des zones rurales », souligne un spécialiste de la santé.

Passée l’étape du dépistage, il faut faire face au traitement ; un casse-tête pour les familles des malades. « Les médicaments sont onéreux et malgré la volonté, la famille s’essouffle très rapidement puisque vous arrivez à l’hôpital après avoir dépensé une fortune dans les groupes de prières, les marabouts, les rites, etc. », relève le proche d’un malade décédé des suites d’un cancer de la prostate. Même les médecins sont au fait de la situation. « Il y a des difficultés à trouver des médicaments. En plus, ils coûtent cher. Et le cancer entrainant l’anémie, il faut transfuser les plaquettes qui ne sont pas toujours disponibles. Régulièrement,  on  est obligé de transfuser du sang total malgré des réactions aux transfusions qui peuvent entrainer la mort du patient», reconnaît Dr Angèle Pondi, pédiatre hémato oncologue.  A la Fondation Chantal Biya où elle officie, les mêmes besoins et réalités se posent. C’est ce qui fait que sur environ 1000 enfants affectés de cancers, seulement moins de 150 sont traités. Beaucoup d’enfants, comme des adultes, subissent le même sort ; gardés au début de la maladie dans des lieux qui n’ont rien à voir avec les formations hospitalières, ils sont condamnés fatalement à la mort contre leur gré. On se souvient de Prudence Adouma Inguere, réfugiée centrafricaine au Cameroun, qui a été emportée par un cancer du sein le 05 novembre 2018 à l’Hôpital central de Yaoundé. Elle trépasse en effet sept mois après le dépistage de la maladie et faute de moyens pour suivre un traitement adéquat.

La problématique des cancers et croyances n’est pas propre qu’au Cameroun. En 2015, le 22e congrès de la Société française de psycho-oncologie s’est penché sur le thème: « Cancer, croyances et spiritualités ». Même si ici il a été question d’aborder « la place de la spiritualité au sein de la souffrance, inhérente à la pathologie. »
 

Adrienne Engono Moussang

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