Qui protège la troupe théâtrale à l’origine du drame à l'École publique d’Ekoudou ?

Cameroun - Education. Qui protège la troupe théâtrale à l’origine du drame à l'École publique d’Ekoudou ?

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À la délégation régionale de l’Education de base pour le Centre où l’autorisation a été donnée pour la représentation, aucune information ne filtre au sujet de l’identité des artistes écrit Mutations.



Après avoir repris les classes le 26 mars dernier, les élèves de l’école publique d’Ekoudou, sis au quartier Briqueterie à Yaoundé, sont en congé depuis le 30 mars, pour le compte du deuxième trimestre de l’année scolaire 2017-2018. L’école avait en effet été fermée pendant deux jours, suite à une bousculade intervenue lors d’une représentation théâtrale ayant fait quatre morts chez les apprenants. Le souvenir de cette journée tragique du mercredi 21 mars habite encore les esprits des élèves, enseignants et parents de cette école.

Beaucoup pensent d’ailleurs que la tragédie aurait pu être évitée si un minimum de mesures de sécurité avaient été pris avant et pendant le déroulement du spectacle. «On ne peut pas prévoir un incident. Mais, je reconnais qu’il y avait un déficit de sécurité», avoue l’inspecteur d’arrondissement de Yaoundé II, Henri Nguele Nguele. Ce dernier, dont les bureaux jouxtent l’Ecole publique d’Ekoudou, explique qu’au moment du spectacle, les enfants étaient abandonnés à des inconnus. «La maitresse du CEI du groupe 3, classe dans laquelle le spectacle était organisé, avait demandé une permission pour soi-disant se rendre à l’hôpital dès l’entame de la représentation. Ce n’est qu’à la suite du drame qu’elle est réapparue à l’école», déplore Henri Nguele Nguele.

Si d’aucuns estiment que c’était mal pensé de choisir une salle à l’étage au regard de la cible de la représentation théâtrale (les enfants), tel n’est pas le cas pour certains organisateurs de spectacles pour enfants. «La disposition technique d’Ekoudou était normale, avec des bancs tout autour. Sur le plan économique, le fait d’avoir choisi une salle à l’étage les mettait à l’abri des élèves qui n’avaient pas payé leur ticket. Il fallait éviter que ceux qui n’ont pas contribué montent», explique un organisateur expert.

Cependant, «le système de sécurité n’a rien prévu à l’escalier. Ceux qui n’ont pas cotisé ont bloqué les marches. Ceci vient du fait qu’il n’y avait pas assez de personnels pour canaliser les élèves dès l’escalier, laquelle devait rester vide. Cela veut dire que s’il y avait un incident dans la salle, on n’aurait pas pu évacuer les spectateurs. Le problème d’Ekoudou est d’abord dû à un déficit au niveau de l’encadrement des enfants», nuance-t-il.

Omerta
À la délégation régionale de l’Education de base où le délégué avait marqué son accord pour le déroulement de cette représentation théâtrale, c’est l’omerta. Rendu à son secrétariat à plusieurs reprises, il nous a été impossible de rencontrer le délégué régional, Jean-Théodore Bassi Ngoa Ze, afin d’en savoir plus sur l’identité de la troupe théâtrale en question et les mesures prises pour mettre à l’abri de tout danger les spectateurs.

«Le délégué a déjà beaucoup parlé dans d’autres journaux. Il n’a cessé d’accorder des interviews à la télévision et à la radio. Inspirez-vous de ce qu’il a dit dans d’autres journaux pour écrire votre article», répond-on à son secrétariat. Jusqu’ici, aucune information n’a filtré sur l’identité de la troupe théâtrale en question et le sujet sur lequel la représentation portait. «Nous ne pouvons pas vous communiquer les informations sur cette troupe. Il y a eu un incident qui a causé des morts et c’est de notre devoir de les protéger», affirme une source au ministère de l’Education de base. À l’école publique d’Ekoudou, le corps enseignant et les élèves disent ne pas maîtriser cette troupe. Néanmoins, affirme-t-on, les acteurs faisaient une mise en scène du cinéaste camerounais Eza Boto.

Rappelons toutefois que ce n’est pas la première fois qu’un incident pareil se produit au cours d’une représentation théâtrale à l’Ecole publique d’Ekoudou. «Il y a plusieurs années, l’artiste Mendogo Menomo avait été lynché dans cette même école au point de se réfugier à l’Ecole nationale supérieure de police à Yaoundé. C’était à la suite d’un spectacle qui n’avait pas satisfait son public», se rappelle un enseignant.
 

Josiane Afom

Culture