Le Conseil constitutionnel est dos au mur dans le contentieux post électoral

Présidentielle 2018. Le Conseil constitutionnel est dos au mur dans le contentieux post électoral

| Nous suivre sur facebook | Nous suivre sur twitter |

Le recours du Mouvement pour la renaissance du Cameroun donne des sueurs froides à l’instance des « 11 sages » présidée par Clément Atangana peut-on lire dans les colonnes du quotidien Mutations.


20h 14. L’audience publique du contentieux post électoral relative à l’élection présidentielle du 07 octobre dernier qui s’est ouverte hier, 16 octobre au Palais des congrès de Yaoundé, est suspendue. Visiblement troublé par ce qu’il vient d’entendre au terme de 02h de plaidoirie intense, le président de la sous-commission juridique du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), Grégoire Owona, se met à faire de grands gestes au président du Conseil constitutionnel. Clément Atangana est presque contraint de continuer à écouter l’un des avocats du candidat du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), Me Sylvain Souop en l’occurrence, bien des minutes après l’annonce de la suspension de l’audience. L’avocat exige notamment que la Commission nationale de recensement général des votes (Cnrgv), apporte pour la suite de l’audience ce jour, les procès-verbaux transmis par les commissions départementales.

D’après lui, ceux-ci ont été fabriqués par Elections Cameroon (Elecam, Ndlr) et le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc). Sans répondre à cette préoccupation, Clément Atangana reprend difficilement la parole et lance : « En tout cas, j’ai déjà maintenu le renvoi ». Juste avant Me Sylvain Souop, c’est sa consœur Michèle Ndoki, autre membre du collège d’avocats commis pour la défense de Maurice Kamto, qui a presqu’assommé les 11 « sages ».

La voix haute et le ton ferme, elle va braver les regards de ces derniers et tenir en haleine, une assistance qui veut en savoir davantage sur les tripatouillages dont le Mrc affirme détenir les preuves. Dans son laïus, Michèle Ndoki égraine une à une, les irrégularités observées sur les procès-verbaux dressés au terme du scrutin du 07 octobre dernier par les équipes du « tireur de penalty ».

Morceaux choisis. « Dans le cas du Mayo-Danaï, nous avons une copie imprimée du procès-verbal de constat établi à la requête du Mouvement pour la renaissance du Cameroun. L’huissier de justice territorialement compétent […] indique que, dans la nuit du 07 octobre à 22h, […] le représentant de l’administration et certaines autres personnes se sont enfermées dans une chambre, à l’effet de bourrer les urnes. Dans le Faro, le procès-verbal nous est arrivé […] sans aucune espèce d’entête. Aucune page de ce procès-verbal n’est signée, le tableau qui annonce les résultats non plus. Nous n’avons pas d’indications sur les rectifications qui ont été faites, les redressements et ce qui les justifie, ce qui est une violation de la loi, et les représentants ont signé sur une page distincte. Sur cette base, on vous demande de croire que 35.000 personnes ont été inscrites dans le département du Faro, que 22.841 personnes ont voté, que 22.291 personnes se sont valablement exprimées et qu’elles ont décidé pour 86,34% d’entre elles, c’est-à-dire, 19.245 personnes ; que Monsieur Biya Paul était le candidat favori, vient ensuite Monsieur Maurice Kamto avec 1500 voix c’est-à-dire 7,63% », recense entre autres l’avocate.

« Confirmer la vérité »
D’autres faits de même nature sont présentés au Conseil des « sages » qui bouche bée, écoutent religieusement la plaidoirie comme des chiens qui écoutent la musique. Peu avant cette ambiance de cimetière, c’est le conseiller Emile Essombe qui a présidé la Cnrgv, qui va pratiquement perdre ses moyens face à une Michèle Ndoki déterminée à « démonter le faux » du pouvoir. « Je voudrai juste demander à Me Ndoki que nous fassions preuve d’honnêteté intellectuelle. […] Ne nous apportez pas les photocopies que vous avez obtenues on ne sait comment. Si vous n’étiez pas dans ces commissions départementales, la faute vous revient. […], si vous aviez ces documents, votre représentant à la Commission nationale de recensement général des votes devait les avoir et les confronter avec ceux que nous avons reçus. […] Et je tiens également à préciser que ces documents (ceux examinés par la Commission Essombe, Ndlr) n’ont pas été détruits.

Ils sont conservés et peuvent être mis à votre disposition pour que vous vérifiiez que tout ce que vous êtes en train de dire, c’est du faux ». Un bruissement de l’assistance se fait entendre dans la salle d’audience. La réaction de Emile Essombe ne va entamer en rien la plaidoirie de Michèle Ndoki, qui va s’en remettre au président du Conseil constitutionnel. « […] Monsieur le président, madame, messieurs les Conseillers, […] vous devez, dans le cadre de cette procédure, faire tout ce qui est en votre pouvoir pour confirmer la vérité, qui est l’élu, qui est celui que le peuple camerounais a choisi. Il ne s’agit pas de se demander comme le ferait un juge, que disent les preuves. Il s’agit de se demander si les documents que vous avez reçus, vous suffisent pour vous convaincre de ce qui a été l’expression de la volonté de vos compatriotes, la vérité, c’est ce qu’il nous restera », va-t-elle dire.

« 73ème heure »
L’audience a été renvoyée ce jour dès 09h 30. Le Conseil constitutionnel est fort embarrassé face à la tonne de preuves de tripatouillages déjà présentées par les avocats du Mrc – il y en aurait d’autres qu’ils entendent révéler ce jour. A tel point que si l’opinion ne s’attend véritablement pas à un coup de théâtre de sa part (Conseil constitutionnel, Ndlr), elle se demande comment il va réussir à balayer celles-ci d’un revers de main en mondovision. Si Maurice Kamto demande l’annulation « partielle » du scrutin présidentiel du 07 octobre dernier, le candidat de l’Union nationale pour l’intégration vers la solidarité (parti Univers) quant à lui, demande son « annulation totale ».

La plaidoirie est menée par Benjamin Olivier Pengue, en l’absence du candidat. Après une vingtaine de minutes, le verdict de Clément Atangana va être rendu. Le recours de Cabral Libii est rejeté pour être arrivé hors du délai imparti par la loi électorale. Soit « 73h » plus tard. « De ce qu’il se passe en ce moment au Cameroun et devant la haute juridiction qu’on appelle Conseil constitutionnel, nous devons en tant que Camerounais, avoir honte. […] [notre] requête a simplement été rejetée en la forme. Ce qui montre s’il en était encore besoin, la pertinence de ce que nous avons dit en ce qui concerne le fond. […] De toute façon, en ce qui concerne le candidat Cabral Libii et le parti Univers, nous nous en remettons au peuple camerounais qui pour nous, est le seul vrai juge », a commenté le président du parti Univers, Prosper Nkou Mvondo.

Pour le reste, les recours de Bertin Kissob du Cameroon Party For Social Justice (CPSJ) et du candidat indépendant Rigobert Aminou Gabanmidanha, ont également été rejetés pour « défaut de qualité ». Très attendu ce jour, le passage du candidat du Social Democratic Front (SDF), Joshua Osih, devant les « sages » du Conseil constitutionnel. En rappel, le porte-étendard du « parti de la balance » souhaite que soit totalement annulé sur l’ensemble du triangle national, le scrutin présidentiel du 07 octobre dernier. Son passage augure à n’en point douter, d’autres révélations post électorales.
 

Jean-Christophe Ongagna

Société