Le «Cameroun fait partie des 15 pays les moins endettés de l’Afrique» selon le ministre des Finances

Cameroun - Economie. Le «Cameroun fait partie des 15 pays les moins endettés de l’Afrique» selon le ministre des Finances

| Nous suivre sur facebook | Nous suivre sur twitter |

«Il me plait de le dire avec force, pour tordre le cou à une fausse opinion mais largement répandue, que le Cameroun fait partie des 15 pays les moins endettés de l’Afrique, avec un taux d’endettement inférieur à 34% du PIB».



En s’exprimant ainsi le 25 octobre 2018 à Yaoundé, la capitale, lors du roadshow de l’emprunt obligataire 2018-2023 de l’Etat du Cameroun, Louis Paul Motazé (photo), le ministre des Finances, entendait non seulement rassurer les investisseurs sur les marges de manœuvres dont dispose encore le pays en matière d’endettement, mais répondait aussi implicitement aux récriminations faites ces dernières années par le FMI, au sujet de la politique d’endettement du Cameroun indique IC.   

En effet, cette institution de Bretton Woods, selon laquelle «le Cameroun présente toujours un risque de surendettement élevé», selon un rapport publié en août 2018, reproche à la locomotive économique de la zone CEMAC un endettement accéléré depuis l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE (Pays pauvre et très endetté) en 2006. Pour preuve, souligne le FMI, le stock de la dette du Cameroun vis-à-vis de ses partenaires bilatéraux et multilatéraux a cru de 5% du PIB, depuis 2016.

Dans le même temps, ce partenaire du gouvernement camerounais s’inquiète de la tendance qu’affiche le pays, à privilégier l’endettement non concessionnel, au détriment d’un endettement à taux concessionnel, réputé moins coûteux (taux d’intérêts de moins de 1%), en dépit des conditionnalités jugées souvent draconiennes.

Il en est ainsi des quatre premiers emprunts obligataires lancés par le Trésor public camerounais sur la Bourse des valeurs mobilières de Douala (DSX), entre 2010 et 2016, lesquels appels publics à l’épargne ont permis au gouvernement de mobiliser une enveloppe totale de 595 milliards de francs Cfa, à des taux d’intérêts annuels situés entre 5,5 et 5,6%.

Les émissions quasi-hebdomadaires de titres publics de court terme (13 à 52 semaines), qu’effectue également le gouvernement camerounais sur le marché des titres de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), depuis 2011, sont-elles aussi généralement assorties de taux d’intérêts oscillant entre 2,5 et 3,5%.

Dans les couloirs du gouvernement camerounais, l’on explique ce recours à la dette non concessionnelle par la flexibilité qu’elle offre à l’emprunteur en matière de décaissement et d’utilisation, laquelle flexibilité est aux antipodes de la rigidité des conditionnalités et autres procédures de décaissement des emprunts concessionnels, souvent mal maîtrisés par les gouvernements.

A titre d’exemple, selon les pointages de la Caisse autonome d’amortissement (CAA), organisme en charge du suivi de l’endettement public au Cameroun, au premier semestre 2017, le pays cumulait auprès des bailleurs de fonds internationaux pratiquant généralement des taux concessionnels, une enveloppe de 4906,6 milliards de francs Cfa de dette non décaissée, à cause, en partie, de la non maitrise des procédures, souligne la CAA.

Au sujet du rythme d’endettement du pays qui inquiète le FMI, les autorités camerounaises ont toujours invoqué les critères de convergences en vigueur dans la zone CEMAC, qui autorisent les Etats de cet espace communautaire à s’endetter jusqu’à hauteur de 70% de leur PIB, ce qui offre encore d’importantes marges de manœuvres au gouvernement camerounais en la matière.

Pour preuve, selon les récentes projections du FMI, «la dette publique [du Cameroun] culminerait à 38,7% du PIB, cette année [2018], avant de diminuer progressivement jusqu’à environ 33,6% du PIB, d’ici à 2023», ce qui est bien en dessous du plafond communautaire de 70% du PIB, autorisé dans la zone CEMAC.

Brice R. Mbodiam

Société