Fête de la jeunesse endeuillée et politique au menu des journaux camerounais

Cameroun - Revue de presse. Fête de la jeunesse endeuillée et politique au menu des journaux camerounais

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Les journaux camerounais parus mardi, au lendemain d’une journée fériée et chômée, se sont appesantis sur les violences ayant marqué la 52ème Fête nationale de la jeunesse en zone anglophone perturbée par des menaces de sécession, mais également sur des sujets à caractère politique avec au centre des préoccupations les 75 ans du président de la République.


C’est une Fête nationale de la jeunesse comme le Cameroun n’en avait jamais connue depuis 52 ans, décrit Eden qui fait état de plus de trois morts dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, mais aussi d’innombrables cas de violences perpétrées par des activistes sécessionnistes anglophones.

Un sous-préfet enlevé, trois gendarmes tués et 23 assaillants abattus : c’est le bilan que dresse Mutations pour qui la Fête a fini par virer au cauchemar.

Le sous-préfet de l’arrondissement de Batibo (Sud-Ouest), Marcel Namata Diteng, restait en effet introuvable jusqu’à lundi soir, constate InfoMatin qui détaille ainsi les circonstances de son enlèvement : il était sur le point de se rendre à la place du défilé marquant la 52ème édition de la Fête de la jeunesse lorsque ses ravisseurs, déjouant sa garde, ont fait irruption dans sa résidence dans des circonstances floues, alors que dans cette partie du Cameroun les forces de l’ordre veillent au grain, les symboles de l’Etat et ses représentants étant pour leur part l’objet d’une protection étroite.

L’Essentiel, «en exclusivité», publie les photos et le portrait des présumés ravisseurs, ou à tout le moins les commanditaires de l’enlèvement : Tenyong Mbah Divine alias Fon Neymar et Brainand Fongoh alias Fiango.

«L’enlèvement du sous-préfet de Batibo a été exécuté par Acha Ivo assisté de Blainand Fouyoh Alias Fiango et d’autres combattants ambazoniens formés au Nigeria où ils ont pratiqué des rites censés les rendre invisibles et invulnérables», et qui tiennent un réseau terroriste qui favorise l’entrée des armes au Cameroun.

Les attaques perpétrées à l’occasion de la Fête de la jeunesse démontrent le caractère astucieux des séparatistes, qui ont usé d’un subterfuge pour enlever le sous-préfet : des combattants sécessionnistes déguisés en forces de défense et de sécurité camerounaises, s’étant présentés à la résidence du sous-préfet tôt dans la matinée du 11 février alors qu’il se préparait à rejoindre la Place des fêtes où il devait présider le défilé des jeunes.

Les terroristes, ajoute L’Essentiel, ont feint d’escorter leur victime à la Place des fêtes, et c’est en sortant de chez lui qu’il a été conduit dans un endroit inconnu par ses ravisseurs.

Ce fut en effet un 11 février sanglant dans ces zones, acquiescent Émergence et The Guardian Post, pour qui l’enlisement actuel de la situation ne peut profiter à aucun camp, alors que pour Le Jour la situation vire à l’escalade.

Les Anglophones ont tout de même réussi à surmonter les menaces brandies par les séparatistes, qui promettaient les larmes et le sang à l’occasion de cette journée, reconnaît néanmoins The Guardian Post, qui signale également un aspect moins médiatisé : dimanche dernier, des éléments de l’armée ont passé à tabac plusieurs enseignants en charge de l’encadrement de leurs élèves pour le défilé, parce que soupçonnés d’être des «séparatistes ambazoniens».

Bien loin de ces régions devenues un véritable volcan en activité, le quotidien à capitaux publics Cameroon Tribune s’est intéressé à la parade tenue dans la capitale, Yaoundé, au cours de laquelle tous les messages brandis par les défilants «tournaient autour de l’unité nationale et du multiculturalisme», un «véritable hymne à la paix».

 «Jeunes et fiers d’être Camerounais», renchérit L’Essentiel, qui note que la défense de la patrie était au cœur des messages, alors que le chef de l’Etat avait quelques heures plus tôt appelé ses jeunes compatriotes à davantage d’efforts et à se préparer à un environnement international de plus en plus difficile.

Paul Biya a de «nouveau enfumé les jeunes» avec un discours soporifique, tacle Le Quotidien de l’Economie, qui, avec Le Jour, n’a rien relevé de nouveau que les éternelles exhortations à l’unité, à la paix, au patriotisme, alors que la jeune génération rêve d’un mieux-être concret.

Pourtant, tempère InfoMatin, avec la fin de la mise en place des institutions constitutionnelles, le Cameroun se dirige résolument «vers le point d’achèvement» de son univers démocratique, avec aux commandes un Paul Biya qualifié de «fin visionnaire».

Selon L’Indépendant, c’est le scénario de la transition du pays qui se dessine résolument après la nomination des 11 membres du Conseil constitutionnel et à la suite de la mise en place du Parlement bicaméral, qui jouera une place prépondérante dans le jeu de la succession à la tête du pays, en dépit des manœuvres obscures ourdies par les lobbies ethniques et les «prisonniers de luxe», ces détourneurs de fonds publics aujourd’hui derrière les barreaux et qui ne rêvent désormais que d’en découdre avec le régime Biya.

Et Paul Biya est loin d’avoir dit son dernier mot, prévient InfoMatin qui lui donne du «Joyeux anniversaire, Monsieur le Président !» : «Le président de la République a 85 ans ce mardi. Une grâce divine, qui n’est pas donnée au commun des mortels. Mortel, comme tout humain et selon la volonté du Seigneur, il est encore, pour beaucoup, très utile à son pays. Et 36 ans de magistrature suprême, ce n’est pas donné.»

Opinion