Et demain la présidentielle au Cameroun!

Présidentielle 2018. Et demain la présidentielle au Cameroun!

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L’Éditorial de Georges Alain BOYOMO, DP du Quotidien Mutations



Au lendemain de l’élection présidentielle de 2011, un florilège de réactions des acteurs du processus électoral d’ici et d’ailleurs a été enregistré au sujet de la prestation d’Elections Cameroun.

Toutes semblaient converger vers le même constat : Elecam, pour sa première expérience de ce type de scrutin, n’avait pas été à la hauteur. « Il nous a semblé que la
confiance des citoyens envers Elecam était limitée. Nous avons relevé de sérieux problèmes concernant la totale indépendance d’Elecam vis-à-vis du gouvernement. Nous pensons que cela est partiellement dû aux affiliations politiques de certains membres de la commission électorale, par le passé. Elecam doit redoubler d’efforts afin de démontrer sa neutralité et encourager l’électorat à lui faire confiance lors des élections futures. A cette fin, il conviendrait d’entamer des démarches sérieuses visant à renforcer l’autonomie institutionnelle d’Elecam », dixit le Commonwealth.

«L’origine des difficultés et dysfonctionnements de tous ordres qui ont émaillé l’organisation matérielle du scrutin du 09 octobre 2011 est à rechercher ailleurs que dans la seule jeunesse d’Elecam. Le Cameroun n’étant pas à l’organisation de son premier scrutin, rien ne saurait justifier les rafistolages et la cacophonie ayant caractérisé la distribution des cartes d’électeurs, le recours, en violation de la loi en vigueur, aux chefs de quartiers et de villages pour la distribution des cartes, comme un aveu d’échec et d’impuissance, la mauvaise communication autour des actions de cet organe en charge des élections», enrageait Transparency International.

Plus globalement, l’ambassadeur des Etats-Unis d’alors, Robert P. Jackson, sonnait le tocsin : «Le parti au pouvoir doit s’abstenir d’utiliser les ressources publiques pour
faire campagne, car il se dote d’un avantage injuste en utilisant l’argent du contribuable. Le parti au pouvoir doit s’abstenir de susciter la peur en faisant valoir que voter pour l’opposition entraînerait l’instabilité et la guerre civile. Le fichier électoral doit être soigneusement nettoyé pour supprimer les noms des personnes décédées et les doublons ; et les listes doivent être publiées sur internet pour permettre à tout le monde de les consulter afin de faire corriger les erreurs…».

Dans son discours de prestation de serment, le chef de l’Etat avait répondu, en creux, à toutes ces critiques, laissant la porte ouverte à des ajustements. «Nous devons
continuer à bâtir une République exemplaire en luttant contre la corruption, en consolidant la démocratie (…) La République exemplaire est une République ouverte aux critiques constructives, sans revendication du monopole de la vérité. La République exemplaire est une République de liberté, de tolérance et de civisme », dira Paul Biya.

Rendu à 2018, à quelques mois d’une nouvelle élection présidentielle, où en est-on avec la réforme du système électoral camerounais ? La biométrie au niveau de l’inscription est-elle suffisante ? Les partis politiques jouent-ils parfaitement leur rôle, aux côtés d’Elecam, pour concourir à l’expression du suffrage ? Le bulletin unique (notamment pour la présidentielle) est-il instauré ? Elecam a-t-il les coudées franches pour conduire le processus de bout en bout ? Des questions et bien d’autres qui, à notre sens, doivent être adressées pour éviter des contestations postélectorales, porteuses de troubles sociaux.

Dans une interview publiée dans l’édition de Mutations de vendredi dernier, Messanga Nyamding, théoricien du «complot scientifique», faisait observer que «le 17e régiment du coup d’Etat scientifique, ce sera en octobre 2018. Ils [certains candidats déclarés, ndlr] vont aux élections et quel que soit le résultat, ils vont le contester pour que l’embrasement anglophone contamine les zones francophones». Prédiction apocalyptique peut-être, mais pas dénuée de bon sens. Dans tous les pays au monde, la saison électorale est considérée comme la plus délicate à gérer. A travers les faiblesses (assumées ?) du système électoral, le pouvoir ne prête-t-il pas le flanc à ces agendas qui rament à contre-courant de la démocratie et de la République ? Il est peut être encore temps de corriger le tir.

Georges Alain BOYOMO
 

Opinion