Emploi-jeunes: Paul Biya avoue son impuissance

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Le président de la République estime que le gouvernement a déjà suffisamment fait en faveur de la jeunesse selon le quotidien Mutations.



En citant l’ancien président américain John Fitzgerald Kennedy, Paul Biya signe, pour ainsi dire, la démission de son gouvernement face à l’ampleur de la tâche, pour ce qui est de l’insertion socioprofessionnelle des jeunes. Le 10 février dernier, le chef de l’Etat dans son discours à l’occasion de la fête nationale de la jeunesse, a donc demandé aux jeunes : « Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays » pour ce qui est de participer au développement du pays car estime-t-il en effet, « Ce n’est pas en effet seulement l’affaire du gouvernement ». Un « appel à l’effort » réitéré à la faveur de la 52ème fête de la jeunesse, mais déjà lancé il y a « tout juste un an ». « Je crois pouvoir dire que l’Etat a beaucoup fait au cours des dernières années », pense Paul Biya pour qui les jeunes sont désormais « préparés à cette tâche exaltante » qui est celle de conduire le pays « à l’émergence à l’horizon 2035 ».

Le chef de l’Etat cite dans ces efforts du gouvernement, «les dotations confondues des trois départements ministériels chargés de l’enseignement qui représentent environ 15% de la dépense publique, […] la carte scolaire et universitaire s’étoffe progressivement, […] le programme de don d’ordinateurs à [nos] étudiants», ou encore « l ‘option gouvernementale, orientée vers l’enseignement des métiers et les formations pratiques et techniques, qui commence à porter des fruits en favorisant l’auto-emploi et l’insertion socio-économique des jeunes ». Un ensemble de politiques publiques qui aboutit à ces chiffres dont se satisfait visiblement le président de la République : 473.303 emplois jeunes recensés au 31 décembre 2017.

« C’est mieux que l’objectif de 400.000 que nous nous étions fixé », se félicite Paul Biya.
L’économiste Dieudonné Essomba relève que le président de la République ne parle que d’emplois, mais « jamais d’emplois décents ». Et de ce point de vue, « même un diplômé de l’enseignement supérieur qui est un moto taximan est considéré comme un travailleur ». Il explique que l’interprétation qu’a le public de l’emploi, n’est pas la même que celle qu’en fait le chef de l’Etat. C’est cela qui explique la disparité entre les chiffres annoncés par le président de laRépublique et la réalité sur le terrain. « Un gouvernement doit tout mettre en œuvre pour que les politiques publiques aboutissent au plein emploi. Quand il ne le fait pas, c’est une
sorte de démission ».

Ce n’est pas la première fois que les chiffres du chef de l’Etat concernant l’emploi font polémiques. En décembre 2015 et 2016, Paul Biya annonçait plus de 300.000 emplois
recensés respectivement, soit plus de 600.000 emplois créés en deux ans. Celui qui souffle sa 85ème bougie ce jour et qui gouverne depuis 36 ans, promet que « dans les décennies à venir », les jeunes seront « en charge de la conduite de [notre] pays ».

Ludovic Amara
 

Société