Edito: Vérités à Pékin, erreurs à Washington

International. Edito: Vérités à Pékin, erreurs à Washington

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L’affaire enflamme la toile depuis quelques semaines. L'édito de Georges Alain Boyomo, DP du quotidien Mutations



Depuis hier, dimanche 11 mars 2018, le président chinois Xi Jinping a obtenu, après modification de la Constitution de la Chine, la possibilité de rester au pouvoir, au-delà de la limite de deux mandats. Grâce au vote des députés chinois, le verrou du mandat présidentiel de cinq ans renouvelable une fois, imposé par Deng Xiaoping en 1982, a tout simplement sauté. La voie est donc ouverte pour la reconduction au pouvoir de Xi Jinping (64 ans) au-delà de 2023, terme prévu de son deuxième mandat.

De nombreux médias occidentaux ne tarissent pas de critiques au sujet de cette révision constitutionnelle. Bien que certains reconnaissent que Xi Jinping est le dirigeant le plus puissant de Chine depuis Mao Tsé-toung (1954-1959) et qu’il est populaire en raison de la vaste campagne anti-corruption qu’il mène depuis cinq ans, laquelle a déjà conduit des barons du Parti communiste chinois (Pcc) derrière les barreaux, ils font leur miel d’ajouter que « certains observateurs craignent notamment, qu’en l’absence de contre-pouvoir, le leader chinois objet d’un culte de la personnalité grandissant, soit davantage susceptible de commettre de graves erreurs, comme Mao avant lui. Et que le pays subisse à nouveau des dérives arbitraires, comme à l’époque de la Révolution culturelle ».

Les médias chinois, notamment l’agence de presse Chine Nouvelle (Xinhua), choisit plutôt de s’appesantir sur l’inscription de la pensée de Xi Jinping sur le socialisme à la chinoise dans la Constitution. « La pensée de M. Xi constitue la dernière réalisation en matière d’adaptation du marxisme au contexte chinois et résume l’expérience pratique de la sagesse collective du Parti communiste chinois et du peuple », indique Shen Chunyao, chef de la commission des affaires législatives du comité permanent de l’Assemblée populaire nationale, approché par Xinhua. M. Shen déclare en plus que « l’inscription de la pensée de M. Xi et du concept de développement scientifique assure que les théories directrices du pays restent en phase avec le temps ».

Pour avoir séjourné à deux reprises en Chine (2013 et 2017) et consulté une importante littérature sur la question, nous sommes en mesure de dire que, d’après la vision de ce pays, la prospérité économique est le préalable à l’épanouissement de l’être humain et à tout essor démocratique. La Chine est également d’avis que toute idée de démocratie doit s’inscrire dans sa propre trajectoire socioculturelle.
Vérités à Pékin, erreurs à Paris, Washington ou Londres. Pour la France, les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, seule la démocratie à l’occidentale doit rayonner sur la planète toute entière. Du coup, tout ce qui rime avec alternance, Etat de droit, pluralisme, libertés, etc. n’est pas perçu de la même façon par l’Empire du milieu et l’Occident. D’ailleurs, depuis quelques années, Pékin produit chaque année un rapport sur l’état des droits de l’Homme aux Etats-Unis, en réponse à celui rendu public par l’Oncle Sam.

Vu de Yaoundé, Libreville, Malabo, Ouagadougou ou Abidjan, ce débat sur le sens à donner à la démocratie n’est pas sans intérêt. Certains intellectuels africains ont quelquefois plaidé pour une « démocrate à l’africaine ». C’est-à-dire inscrite dans l’Adn du continent. L’idée n’est pas farfelue. Reste à lui donner un contenu pertinent. En attendant, les chefs d’Etat africains qui se présentent, sans doute trop vite, comme les « meilleurs élèves » de tel ou tel chef d’Etat occidental, en matière de démocratie, doivent véritablement s’arrimer aux standards.

Georges Alain Boyomo
 

Opinion