Cameroun - Musique. Dénonciation :«les multinationales tuent les artistes camerounais» déclare Maalhox

cameroun24.net Le 21 aout 3371 Culture Imprimer Envoyer cet article à Nous suivre sur facebook Nous suivre sur twitter Revoir un Programme TV Grille des Programmes TV Où Vendre Où Danser Où Dormir au Cameroun
A travers le combat qu’il a engagé il y a quelques semaines, le rappeur milite pour la revalorisation des cachets des chanteurs et musiciens locaux lit-on dans les colonnes du quotidien privé Mutations .


Pouvez-vous nous parler du combat que vous menez actuellement ?
J’ai décidé de prendre la parole et de parler ouvertement pour que tout le Cameroun soit au courant, tous les consommateurs de la musique camerounaise soient au courant du fait que les multinationales sont en train de tuer les artistes musiciens camerounais à petit feu. Ils font des milliards de bénéfice avec la musique camerounaise mais sont incapables de payer convenablement les auteurs de celle-ci. C’est inconcevable qu’un artiste étranger vienne au Cameroun et reparte avec 100 ou 150 millions alors qu’un artiste local qui fait gagner énormément d’argent à ces multinationales soit invité à monter sur la même scène avec des cachets minables. C’est la cause du dénuement des artistes. Et on les voit dans leur vieillesse mourir dans l’indigence.

Quel est l’objectif de ce combat ?
L’objectif est de lancer un appel à la société, d’attirer l’attention des multinationales sur un fait. Il y a des individus à l’intérieur des entreprises qui ont créé des réseaux qui empêchent le bon fonctionnement des choses. De manière logique, nous avons constaté que les artistes, tant qu’ils font leur travail, les multinationales gagnent de l’argent. Et tant que celles-ci gagnent de l’argent, elles sont capables de payer les artistes à leur juste prix pour qu’ils puissent développer plus leur industrie et produire plus de musique permettant à la machine de tourner plus vite. Donc l’objectif était d’interpeller la société civile, les consommateurs de la musique camerounaise et toutes les parties prenantes de l’industrie du divertissement.

Qu’est-ce qui peut expliquer cette situation ?
Les causes proviennent déjà des artistes eux-mêmes. Les artistes ne se sont jamais plains de cette situation. Les artistes peuvent être victimes de chantage par des individus qui sont à l’intérieur de ces multinationales, mais les vrais dirigeants de ces structures ne sont pas au courant. Les artistes n’ont jamais dit stop à cette manière de faire. Il y a également le laxisme des pouvoirs publics sur la question de la rémunération des artistes. A noter aussi le laxisme de la société en général parce que, comment comprendre qu’une société qui veut évoluer se retrouve à accepter qu’on vienne ici, pour une industrie du divertissement qui implique tout le monde, les médias, les disc-jockeys (Dj), les réalisateurs, les danseurs… et aussi l’industrie touristique, accepte de perdre chaque année des centaines de milliards qui vont dans des poches des étrangers qui n’investissent pas au Cameroun. En réalité, quand un Dj ou un média joue cette musique durant toute l’année, après l’artiste en question arrive au pays, on lui donne 200 millions en estimant qu’il est assez joué, il prend cet argent, il s’en va. Il ne reverse rien ni aux communicateurs, ni aux Dj, personne dans la chaine de l’industrie musicale n’en profite si ce n’est la multinationale. Aux artistes locaux, ils donnent 200 000Fcfa, ceux-ci ne peuvent pas payer la promotion, non plus le clip, au final, c’est l’industrie musicale camerounaise qui meurt. J’accuse les artistes d’avoir été complices de cet état des choses. J’accuse la société civile de ne s’être jamais plains et de laisser partir les capitaux tous les jours. J’accuse les responsables des multinationales de ne pas être rigoureux envers les personnes qui traitent avec les artistes et j’accuse les pouvoirs publics qui laissent cette situation croître chaque jour sans jamais prendre la peine de s’opposer à cela. Le droit d’auteur ne paie pas et donc, l’artiste gagne sa vie par les cachets de scène.

La qualité de la musique n’est-elle pas une autre cause de ce que vous décriez ?
De quelle qualité parlez-vous ? Vous croyez qu’un artiste qui ne vaut rien qualitativement serait capable de remplir le palais des sports plusieurs fois ou être sollicité par Beyoncé pour un album ? La question n’est pas au niveau de la qualité de la musique. Vous pouvez imaginer ce que la musique d’un artiste comme Nyangono du Sud a permis en tant qu’argument de vente direct ou indirect aux multinationales de gagner ? Enormément d’argent. Ce n’est pas une question de qualité. Un artiste comme Maalhox qui a près de 15 hits qui tournent en permanence a fait beaucoup gagner aux sociétés brassicoles et de téléphonie mobile. L’idée est de relancer le partenariat qui existe entre les multinationales et le monde artistique pour que chacun puisse être gagnant et encaisser un plus, pour pouvoir développer leurs productions. De ce fait, j’en appelle encore à la société camerounaise parce que la scène aujourd’hui étant le dernier palier de rémunération de l’artiste, nous sommes en train de perdre la scène. Ce qui veut dire que si on perd la scène, on perd l’artiste camerounais. Et celui-ci au-delà de tous est un être humain comme tous les autres. Et quand un Homme survit, on ne peut pas maîtriser ce dont il peut être capable. Ne poussons pas les artistes camerounais à devenir des problèmes pour ces multinationales. On a une situation sous la main, on peut encore l’arranger.

Les artistes vous suivent dans ce combat ?
Oui. Beaucoup d’artistes me suivent dans ce combat. Le but n’était pas de rassembler les artistes mais plutôt de passer un message. En réalité, ces 200 millions qui s’envolent dans la mallette d’un nigérian ou d’un ivoirien, c’est une grosse perte pour l’industrie de l’art, du tourisme et le développement du Cameroun est mis en jeu. Le fait que ces jeunes aient eu la volonté de faire bouger l’économie de ce pays en montant des entreprises dans le domaine de la musique sans aide doit être respecté. Ces jeunes doivent servir de modèles de réussite.

Que proposez-vous en fin de compte ?
Mon combat n’est pas de savoir combien on va donner aux artistes. Je parle d’une volonté de permettre à notre pays de se développer. Que les multinationales montrent cette volonté en réévaluant à la hausse les cachets qu’ils ont l’habitude de donner. Je ne sais pas quelles sont les cachets des uns et des autres mais je sais que les gars sont mal payés parce qu’ils se plaignent. Quand tu vois un artiste camerounais qui perçoit 2 millions sur la même affiche qu’un artiste étranger qui perçoit 65, 70 millions, on voit qu’il y a un écart, un problème et on veut le résoudre. On peut donner des cachets de 10 ou 20 millions à un artiste local, surtout que ce n’est pas tous les jours. Tant que les artistes ne seront pas satisfaits de leurs gains, aucun artiste ne s’en sortira, aucun problème d’artiste ne sera bien géré. Aujourd’hui, un gars comme Nyangono mérite qu’on lui donne 10 millions pour monter sur scène, sa chanson a tourné. C’est un hit. C’est une tuerie. Les multinationales se remplissent les poches avec la musique de Lady Ponce, Maalhox, Coco Argentée. Et pourquoi on ne leur donne pas des cachets honorables ? Je veux faire changer cette mentalité dans les têtes des camerounais parce qu’elle ne tue pas que l’artiste mais tout le monde.

Quel bilan faites-vous depuis le début de ce combat ?
Il est positif. Je suis content que toute la société camerounaise soit à l’écoute. Dernièrement, nous avons eu un problème : le groupe Ucb qui a pour slogan « la bière 100% camerounaise et fière de l’être » a préféré appeler le congolais Hiro et toute sa team, leur donner plus de 20 millions Fcfa au détriment de l’artiste camerounais Salatiel qui a demandé un cachet de 3 millions Fcfa. J’ai été choqué et j’ai fait un appel à la société, au bon sens des camerounais. Les gens ont énormément réagit. Ce qui a poussé l’entreprise via la directrice générale à revenir vers l’artiste. Elle a doublé son cachet et tout cela s’est passé en moins de 30 minutes. Nous ne sommes pas en guerre avec les étrangers. Nous demandons juste que les artistes camerounais soient mieux rémunérés, qu’ils soient traités avec respect. Leur statut d’artiste est piétiné ainsi que leurs œuvres. Les multinationales contribuent à créer un climat de xénophobie chaque jour en ridiculisant l’artiste local devant l’étranger d’abord en le payant mal, avec la monnaie de singe et en le traitant comme un balayeur.
 

Junior Ayissi (Stagiaire)

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