Chronique, Présidentielle 2018 : la déjà-victoire ?

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Il est un discours rampant sournoisement et se frayant une voie dans la cohue communicationnelle camerounaise ambiante, peut-on lire dans une chronique de Bibou Nissack (Juriste d’affaires) publiée par le quotidien Mutations.



Il s’agit d’une rengaine suspecte entamée par un concert médiatique dominant de diseurs de bonne aventure. Ces derniers lisent, dans leur boule de cristal en toc, que la future élection présidentielle serait déjà pliée et remportée par le candidat président-sortant. Pour soutenir cette allégation, pour le coup fort simpliste, ils arguent par exemple de ce que l’opposition camerounaise manquerait de programmes et serait incapable de présenter une candidature unique. Ils feignent ainsi d’ignorer les programmes alternatifs de l’opposition et le fait que rien n’exclut l’émergence d’une coalition pertinente d’ici la veille du vote. En outre, et comme par hasard, cette faction dominante de la scène médiatique passe sous silence le boulet que traine dans son sillage le candidat président-sortant et qui est l’absence d’un éclatant bilan « majoritairement incontestable » à offrir comme argument de réélection.

Sans oublier le désormais déficit, hélas pour nous tous, de cette « paix » tant scandée jadis en atout-maître des réalisations présidentielles.
Il n’est certes pas exclu un renouvellement du bail présidentiel à l’endroit de l’actuel locataire d’Etoudi. Cependant, rien ne dit que cette hypothétique « victoire » exclut d’emblée l’hypothèse contraire. En outre, la majorité des intentions de vote ne sont pas un immuable monolithe inoxydable sur lequel un titre foncier perpétuel fut établi en faveur du président-candidat. Les défenseurs de la thèse de la déjà-victoire du président-candidat font donc montre d’un raisonnement qui procède du parti-pris et du biais, car l’évocation des avantages ne s’apprécie mieux qu’en comparaison des inconvénients. Si l’on dit simplement qu’un élève composant a trouvé 10 bonnes réponses, certains s’en féliciteront. Cependant, en rajoutant que cet élève durant son épreuve a trouvé 10 bonnes réponses pour 30 réponses attendues, alors tous ses supporters déchanteront du fait qu’on arrivera à une sous-moyenne de 10/30. Autant en disant simplement d’un élève qu’il a eu 15 réponses fausses, ses proches sont effondrés jusqu’à ce qu’ils apprennent que cet élève a aussi trouvé 15 réponses justes, soit une moyenne satisfaisante de 15/30.

Ceci illustrerait parfaitement l’allégorie de l’opposition camerounaise aujourd’hui, en comparaison du président-candidat. En effet, s’il est vrai du président-candidat qu’il peut se targuer de quelques indéniables atouts, ses points-faibles foisonnent en robustesse et quantitativement au point de faire ombrage aux acquis. Ne pas le reconnaître en se cantonnant à ne voir que ce qui plaît et arrange dans le bilan présidentiel, relève de la manipulation pure et simple.

De même, l’on ne peut se borner à réciter quelques faiblesses avérées de l’opposition sans comparer avec ses points-forts qui sont eux-aussi indéniables, nombreux et probants. C’est le produit des moyennes obtenues qui permettra de défendre la thèse de la déjà-victoire, ou de la déjà-défaite des uns ou des autres. Autrement, on tombe dans un travers, d’ailleurs bien camerounais, de l’élève « arrangeant » et obtenant son admission à une école prestigieuse du type « Ecole nationale d’administration et de magistrature » sans avoir obtenu la moyenne requise alors que ceux l’ayant obtenu se voient éconduire du fait d’une appréciation volontairement biaisée de leurs performances.

En clair, il s’agit non pas seulement d’analyser exclusivement les forces des uns et des autres, mais aussi de porter inclusivement le même regard sur leurs faiblesses pour, in fine, en établir la moyenne et en faire un argument électif. Il est certain que cette exigence ne trouvera aucune grâce dans l’esprit embrumé de certains partisans de tous les bords en présence. Cependant, le citoyen-électeur ordinaire a tout intérêt à s’en imprégner en prélude à l’exercice d’un vote pertinent.

Bibou Nissack (Juriste d’affaires)

Opinion