Cameroun : Les sécessionnistes  accentuent la pression  pour empêcher la tenue des élections

Crise Anglophone. Cameroun : Les sécessionnistes accentuent la pression pour empêcher la tenue des élections

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Cinq ans après sa mise en place, le Cameroun se prépare à désigner les futurs membres du Sénat lors d'un scrutin au suffrage universel indirect fixé au 25 mars et censé marquer le coup d'envoi d'une série d'élections majeures dont une présidentielle sur lesquelles plane cependant la menace de la crise dite anglophone qui ne cesse de prendre de l'ampleur rapporte Xinhua.



En enlevant un sous-préfet, celui de l'arrondissement de Batibo, Marcel Namata Diteng, dans le Nord-Ouest, le 11 févier, jour de célébration de la fête de la jeunesse au Cameroun où trois gendarmes ont aussi été tués lors d'une attaque survenue à Kembong, au Sud-Ouest, les militants sécessionnistes déclarés dans ces deux régions anglophones ont à coup sûr voulu marquer les esprits.

Plus d'un an après le début des violences enregistrées depuis novembre 2016, dans un premier temps sous la forme de revendications corporatistes de syndicats d'enseignants et d'avocats, ces activistes réunis au sein du Southern Cameroons National Council (SCNC) ont tenu à démontrer leur détermination à s'opposer par la lutte armée au pouvoir de Yaoundé.

Progressivement, les deux régions ont basculé vers un début de guerre civile, une escalade inquiétante illustrée par l'utilisation de bombes et les attaques répétées contre les forces de défense et de sécurité, selon le sociopolitiste Mathias Eric Owona Nguini.

"Il est évident que dans la zone que constituent les deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, l'une des démarches des mouvements sécessionnistes, ce sera d'empêcher les élections par tous les moyens, en utilisant soit la violence armée, soit en parvenant à mobiliser des secteurs plus ou moins importants de la population pour enrayer la dynamique électorale", a analysé l'enseignant de l'Université de Yaoundé II lors d'un entretien à Xinhua.

"Cela peut, si le dispositif sécuritaire de l'Etat ne répond pas de manière efficace, perturber les élections dans plusieurs localités. Mais, il va être difficile de remette en cause de manière générale la légitimité du processus électoral au plan national", a-t-il ajouté, estimant que le gouvernement mettra tout en œuvre pour permettre la tenue des différentes élections prévues cette année, y compris dans ces régions et d'autres parties du pays en proie aux menaces sécuritaires.

Cette année, le Cameroun prévoit notamment d'organiser une série d'importants rendez-vous électoraux. Le coup d'envoi de ces scrutins sera donné le 25 mars, par les élections sénatoriales avec la participation des conseillers municipaux comme électeurs.

Devront suivre, cette fois-ci pour un vote au suffrage universel direct, les législatives et les municipales en septembre, puis la présidentielle en octobre, en cas de respect de calendrier. Au pouvoir depuis 1982, le président Paul Biya, 85 ans, se préparerait à briguer un nouveau mandat de sept ans, selon certaines indiscrétions.

Cette candidature supposée serait l'une des causes de la lutte armée menée par les activistes sécessionnistes anglophones, selon les observateurs. Dans son discours de fin d'année à la nation le 31 décembre, le chef de l'Etat avait promis la sécurité lors de ces différentes consultations.

Pour le professeur Owona Nguini, ce pari sera tenu. "Les élections seront sécurisées. Cela ne signifie pas qu'il y aura un risque zéro. Cela signifie que l'Etat va déployer un dispositif permettant de faire en sorte que de façon globale ces élections se tiennent dans la sérénité. Certes, un accent sera probablement mis sur les régions les plus exposées, du fait de la récurrence de la violence armée".

En dehors du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, quatre autres sur les dix régions administratives que compte le Cameroun sont affectées par des crises sécuritaires. Dans l'Extrême-Nord, l'armée s'emploie à enrayer les violences commises par Boko Haram, depuis 2014. C'est aussi le cas à l'Est et à l'Adamaoua, deux régions victimes des incursions de groupes rebelles centrafricains et d'autres bandes armées, également actives dans le Nord.

Dans les deux régions anglophones, les leaders du SCNC avaient déclaré symboliquement la création d'une République indépendante du nom d'Ambazonie, d'une journée de manifestations violentes tenues le 1er octobre 2017 où environ quinze militants sécessionnistes et de nombreux membres des forces de défense et de sécurité avaient été tués, selon les autorités.

Selon une autre estimation officielle incluant les trois victimes de l'attaque de Kembong (Sud-Ouest) lundi, environ trente-trois militaires, gendarmes et policiers ont aussi perdu la vie au cours des derniers mois lors d'attaques commises par divers groupes sécessionnistes armés, dont les plus connus sont l'Ambazonia Defense Force, les Ambazonia Tigers ou encore les Ambazonia Vipers.

"Tous ces groupes-là font que l'Etat est obligé de mettre en place des mesures spéciales pour assurer la sécurité des élections dans ces deux régions", insiste le professeur Mathias Eric Owona Nguini.

Fin janvier, le pouvoir de Yaoundé avait annoncé l'extradition au Cameroun d'un groupe de 47 leaders sécessionnistes parmi lesquels Ayuk Tabe, le président autoproclamé de la virtuelle République de l'Ambazonie, arrêtés trois semaines auparavant à Abuja, au Nigeria. Après ces arrestations, les groupes sécessionnistes armés avaient annoncé l'intensification de leur lutte.
 

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