Mercredi le 11 Octobre 2017 06:04:18 Georges Dougueli | Jeune Afrique Opinion

Présidentielle 2018. Cameroun – Akere Muna : « Pourquoi je suis candidat »

Avocat anglophone et figure de la lutte anticorruption, il s’est longtemps tenu à distance de la politique, mais a décidé, à 65 ans, de se lancer dans la course. Il a choisi Jeune Afrique pour l’annoncer.

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Jeune Afrique : Vous avez donc décidé de vous présenter à l’élection présidentielle de 2018…

AKERE MUNA : Oui. Je suis candidat, car l’état de mon pays m’incite à vouloir faire partie de la solution. Depuis deux décennies, j’ai beaucoup travaillé sur la gouvernance, l’économie, mais aussi l’État de droit. Me présenter est la seule façon de partager mon expérience au bénéfice des Camerounais.

Dans le passé, vous avez pourtant déclaré ne pas vouloir être candidat face au président Biya. Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?

En ce moment troublé de notre histoire et face aux périls qui nous menacent, il serait souhaitable que Paul Biya passe le relais. Mon espoir est qu’il nous offre une transition paisible. Ahidjo et Biya n’ont pas accédé au pouvoir par la volonté du peuple. Je veux croire qu’en 2018, pour la première fois, les Camerounais pourront vraiment choisir leur président.

 

Vous êtes le fils de Salomon Tandeng Muna, l’un des artisans de la réunification des deux Cameroun. Est-ce un avantage dans ce contexte où l’État unitaire est remis en question ?

Mon père a été parmi les pionniers de la réunification de la République fédérale. Il souhaitait que les Camerounais se retrouvent après des décennies de séparation. D’aucuns pensent qu’il a mal négocié ; d’autres pensent qu’il a « vendu » les anglophones. Mais il était de bonne foi, et j’assume son héritage sans regrets, même s’il n’est pas juste de juger un fils qui se propose d’agir aujourd’hui sur ce qu’a fait son père il y a soixante ans.

Et vous-même, choisiriez-vous l’État unitaire ou le fédéralisme ?

Je choisirais la forme de l’État qui respecte nos différentes cultures. Je rapprocherais le pouvoir du citoyen, ce qui correspond au fédéralisme.

Que vous inspirent les manifestations récentes survenues dans les deux régions anglophones ?

Je les ai vécues dans la douleur. Rien ne justifie que des Camerounais soient tués. Ensuite, certaines personnes croient que ce pays leur appartient. Elles pensent détenir une autorité supérieure et pouvoir prévoir l’avenir du Cameroun contre la volonté des autres. C’est triste.

    Un bon président doit avoir une histoire d’amour entre le peuple et lui-même

Pensez-vous vraiment que le chef de l’État envisage de passer la main en 2018 ?

Je ne sais pas, mais je suis convaincu que l’on ne peut pas évoquer les problèmes actuels du Cameroun en faisant abstraction du contexte électoral.


Bernard Muna : "Paul Biya n'est pas le Cameroun" par Jeuneafriquetv Quel président souhaitez-vous être ?

Un président qui est à l’écoute. J’aimerais citer l’ex-présidente du Malawi, Joyce Banda, qui avait affirmé qu’« un bon président doit avoir une histoire d’amour entre le peuple et lui-même ».

Pensez-vous que le pays soit prêt à élire un anglophone à sa tête en 2018 ?

Je pense que les Camerounais sont prêts à élire un président susceptible d’améliorer leur quotidien et de ramener la fraternité entre eux. Un président proche d’eux. À cet égard, ma double culture est un atout. N’ai-je pas été élu bâtonnier par un barreau en majorité francophone, dont les membres se sont juste demandé ce que j’étais capable de faire pour eux ?

Paul Biya devra-t‑il s’inquiéter si vous êtes élu ?

Non. Il est hors de question d’entreprendre quoi que ce soit contre lui. Je me sens une obligation, en tant qu’Africain, de le protéger. Je suis avocat et j’estime qu’il faudrait une raison vraiment extraordinaire pour le poursuivre. J’ajoute que le président de la République a longtemps travaillé avec mon père et que j’ai une relation spéciale avec lui. Souvenez-vous : lorsque Ahmadou Ahidjo s’absentait, mon père assurait l’intérim. À l’époque, j’ai vu le secrétaire général à la présidence qu’était Paul Biya venir travailler avec mon père à Buéa.