Cameroun - Nécrologie. Vie et mort de Joseph Charles Doumba

  • Jean François CHANNON | Le Messager |
  • Publié : Mercredi le 08 Mars 2017 07:34:08 |
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  • Opinion |

L’ancien secrétaire général du Comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), et ambassadeur itinérant à la présidence de la République, s’est éteint hier à l’hôpital général de Yaoundé des suites de maladie. Ainsi disparait l’un des piliers et inconditionnels du biyaïsme de ces 40 dernières années.

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Ces dernières années, Joseph-Charles Doumba était pratiquement invisible dans presque tous les rassemblements du Rdpc. Homme d’Etat, très attaché au président de la République, il avait quitté les premiers rangs de la scène politique en 2007. Secrétaire général du comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais depuis mars 1992, il aura été le cerveau et le bras armé politique de Paul Biya, des années de braises jusqu’au moment où le président national du Rdpc, son mentor, lui a offert une retraite, et le remplaçant par René Emmanuel Sadi.

Nommé quelque temps après ambassadeur Itinérant à la présidence de la République, l’homme qui, selon des proches, n’avait que deux passions véritables dans sa vie à savoir « Dieu et le président Biya », n’avait plus été aperçu en public depuis près de dix ans. Son état physique assez déprimant nécessitant des soins appropriés, Joseph Charles Doumba vivait quelque peu en retrait de la République à son modeste domicile du vieux Bastos de Yaoundé. Des informations recueillies par Le Messager font état de ce que sa santé s’est considérablement délabrée ces derniers mois. Ce qui avait  nécessité son hospitalisation à l’hôpital général de Yaoundé où, selon certaines sources, il a finalement trouvé la mort hier, dimanche 5 mars 2017.

Au moment où nous mettions sous presse, son domicile recevait la visite de ses nombreux filleuls. Du directeur général du Palais des congrès, Christophe Mien Zock, et bien d’autres personnalités du sérail qui ont bénéficié à un moment donné de son coup de pouce dans leur carrière politique sont passés pour ré-conforter la famille, quand ils ne portent pas euxmêmes le deuil. En tout cas, c’est toute la région de l’Est qui se trouve aujourd’hui ébranlée par la disparition de ce patriarche. Après Marigoh Ngoua, ancien président de l’Assemblée nationale, puis Félix Sabal Lecco, Joseph Charles Doumba était l’un des premiers hauts commis de l’Etat, originaires de l’Est qui ont atteint les cimes de la politique et la haute administration camerounaise.

Haut commis de l’Etat

Fils du canton Pol dans le département du Lom et Djerem, région de l’Est Cameroun, Joseph Charles Doumba est né le 2 février 1936 à Beten, village situé à quelque 25 kilomètres de Bertoua. Fils d’un grand notable de la tribu Pol, il fait ses études primaires à Bertoua et à Yaoundé, avant de rejoindre le lycée Leclerc. Le baccalauréat en poche au début des années 50, il s’envole pour la France, où il effectue des études juridiques. C’est  en Europe qu’il rencontre justement un certain Paul Biya, avec qui il se lie d’amitié. De retour au Cameroun au milieu des années 60, Joseph Charles Doumba engage une carrière de haut fonctionnaire, notamment à la présidence de la République.

En 1974, le président Ahidjo le nomme ministre de l’information et la culture. Il commence ainsi sa carrière dans le gouvernement aux côtés des artistes et des hommes de médias. Avant de devenir ministre de la justice, Garde des Sceaux. Sa proximité avec le président Ahmadou Ahidjo fait de lui, l’un des piliers du système politique dominant de cette époque. Surtout lorsqu’il deviend ministre chargé des missions à la présidence de la République.

Une anecdote rapporte ainsi que lorsque le président Ahmadou Ahidjo a voulu volontairement quitter le pouvoir et qu’il demandait à ses proches collaborateurs qui ils voyaient capables de gérer le Cameroun après lui, Joseph Charles Doumba s’émerveillait toujours lorsque le premier président du Cameroun prononçait en secret le nom de Biya Paul. « C’est lui, c’est lui qu’il nous faut monsieur le président », disait souvent Joseph Charles Doumba à Ahmadou Ahidjo. Et lorsqu’un certain 6 novembre 1982, Paul Biya a pris possession de la magistrature suprême au Cameroun, parmi les hommes  sincères qui lui ont entièrement fait allégeance, il y a justement Joseph Charles Doumba.

Au service du président

Celui que beaucoup de ses pourfendeurs appelaient « Le Blanc de l’Est » est resté jusqu’à sa mort un fidèle des fidèles de Paul Biya. Joseph Charles Doumba n’était pourtant pas un courtisan du genre des « imbéciles instruits » que l’on voit aujourd’hui au sein du sérail. Lorsqu’il prend les rênes du secrétariat général du Comité central du Rdpc le 10 mars 1992, en remplacement du Pr Ebénézer Njoh Mouellè, le Rdpc est au plus fort de son impopularité. La première élection législative pluraliste venait de donner son verdict.

Le Rdpc n’avait pas pu obtenir la majorité des sièges à l’Assemblée nationale. Il fallait donc jouer serré, et chercher des alliés pour permettre à Paul Biya de mettre en place un gouvernement susceptible de lui permettre de diriger le pays. Joseph Charles Doumba se retrouve ainsi à la manoeuvre face au Mdr de Dakole Daïssala qui accepte d’accompagner le Rdpc. C’est encore Joseph Charles Doumba qui sera sollicité par Paul Biya, pour convaincre l’Upc d’Augustin Frédéric Koddock lors des présidentielles d’octobre 1992, lorsque le secrétaire général de L’Âme immortelle du peuple camerounais qui faisait encore partie de la plateforme de l’opposition ira retirer le projet de code électoral de l’opposition qui prévoyait une élection à deux tours.

La vérité est que, c’est la dextérité de Joseph Charles Doumba et ses conseillers du secrétariat général du Comité central du Rdpc qui permit d’avoir les faveurs de l’Upc-K. Il fera d’ailleurs le même travail en 1997, cette fois avec l’Undp de Bello Bouba Maïgari qui avait pourtant boycotté l’élection présidentielle du 12 octobre de cette année, avant de se retrouver au gouvernement formé quelques semaines après par Paul Biya. Le Sdf de Ni John Fru Ndi a failli passer dans la même « sauce » de Joseph Charles Doumba et de son équipe, n’eût-été la vigilance de la presse en général, et du Messager en particulier qui avait découvert que le Rdpc et le Sdf était en négociations, en pleine nuit dans une église catholique de Yaoundé, en vue de son entrée au gouvernement.

Mais le mérite de Joseph Charles Doumba aux yeux de Paul Biya réside surtout dans le fait, après la gifle de mars 1992, depuis-là le Rdpc n’a plus perdu de majorité parlementaire à l’Assemblée nationale. Tout ce travail au service du prince aura été éprouvant pour Joseph Charles Doumba. Placé à la tête de la Société de presse et d’édition du Cameroun (Sopecam) en pleine crise économique, il sera contraint de signer comme tous les dg des société d’Etat un contrat de performance qu’il aura d’ailleurs le courage de dénoncer plus tard. La grève du personnel de la Sopecam qui sera enregistré lors de son passage à la tête de cette entreprise va énormément l’affligé. Homme de principe qui savait se respecter de par sa posture intellectuelle, Joseph Charles Doumba a essayé de se mettre loin des intrigues du système, mais surtout de la corruption rampante qui caractérise les cadres du Renouveau.

Rencontrant les cadres et ministres Rdpc lors d’une réunion du Comité central du Rdpc en 2006, celui qui était tout puissant Sg, bien affaibli par la maladie a rappelé à ses camarades la nécessité d’aider le président Biya à gérer le pays dans la rigueur et la moralisation des comportements. Beaucoup de ces cadres et ministres corrompus, et qui affichaient de manière ostentatoire leurs richesses tirées des fonds publics ont murmuré. Mais d’un ton ferme, Joseph Charles Doumba a rappelé à tous que s’ils sont ce qu’ils sont devenus c’est bien parce que le président l’a voulu. Cette fidélité à Paul Biya lui a causé justement plein de soucis. D’abord avec les modernistes et progressistes du Rdpc qui ont tout mis en oeuvre non seulement pour le ridiculiser, mais aussi pour montrer au président Biya qu’il n’était plus à la hauteur ses responsabilités, du fait de sa maladie.

On a encore en tête cette affaire de lecture du récépissé de déclaration de tenue du congrès du Rdpc de 2005 au Palais des congrès de Yaoundé. En présence du président Biya, joseph Charles Doumba à qui on avait tendu un texte avec corps illisible pour quelqu’un de son âge s’est retrouvé en train de balbutier devant l’assistance. Après enquête le président Biya se serait bien rendu compte que son collaborateur fidèle du parti avait été piégé par ses adversaires, question de montrer au président national du Rdpc qu’il garde à la tête du parti un homme impotent. Stoïque, Joseph Charles Doumba avait indiqué à son entourage direct que « mon avenir ne dépend que du Président ».

Au final, c’est donc un biyaïste accompli qui tire ainsi sa révérence. Un homme qui avait l’habitude de faire croire à tous que Paul Biya était l’homme politique le plus humain de tous les temps. Cela lui a valu plein d’inimitié. Mais savait s’en moquer, comme d’ailleurs de l’adversité que lui portait certains de ses camarades du Rdpc. En quittant la scène, après avoir vu lui précéder vers l’au-delà deux de ses enfants qu’il n’a cessé de pleurer. Pour certains ce fut un patriote au service du Renouveau.

Pour d’autres c’est un des caciques purs et durs du biyaïsme, qui n’a pas réussi à convaincre Biya de démocratiser sincèrement le Cameroun. Qu’importe ! Il est évident pour Philippe Bertoua et Christophe Doumba ses enfants qui étaient aussi dans la vie ses principales béquilles quand est arrivé l'affaiblissement humain, mais aussi de bien d’autres anonymes, Joseph Charles Doumba est un exemple de probité et homme honneur.

Outre une bonne carrière politique émaillée de quelques déboires J-C-D était aussi un féru de littérature qui a laissé plusieurs ouvrages dont les Editions Clé était la maison de préférence. Repose en paix « le Vieux » !

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