Opération Épervier. Sodecoton: la Conac apporte son clou à la crucifixion de Iya Mohammed

  • René Atangana | La Météo |
  • Publié : Lundi le 30 Décembre 2013 14:51:45 |
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  • Société |

L’International Cotton Advisory Committee (lcac), dont le siège est à Washington, aux Etats-Unis, est connu pour la pertinence de ses rapports sur la situation de «l’or blanc» à travers le monde.

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 Le 23 octobre dernier, son directeur exécutif Terry P. Towsend a adressé une émouvante correspondance à l’ex-directeur général de la Société de développement du coton (Sodecoton), Mohammed Iya. L’émetteur salue les performances de l’entreprise camerounaise, affirmant que son «cher M. Iya» aura été l’un des meilleurs managers africains des 20 dernières années dans le secteur. L’Icac compte une quarantaine de membres à travers la planète et ne saurait marchander sa crédibilité avec des avis complaisants sur les performances des entreprises de son portefeuille.

Las ! La dernière actualité sur la Sodecoton contraste étrangement avec le satisfecit de l’Icac. Voici quelques jours en effet, la Commission anti-corruption (Conac) a rendu public son rapport 2012, qui consacre une bonne partie à un audit réalisé par ses experts dans cette entreprise. L’enquête, qui porte sur la période 2002-2012, pointe des détournements massifs de quelques 113,257 milliards de francs, avec bien entendu comme tête d’affiche Mohammed Iya.

Avant même d’aller au fond de ce qui peut être considéré comme un gros dérapage et une grossière manipulation de la part d’un organisme qui proclame sa probité et sa neutralité, on ne peut s’empêcher de rappeler que en début juillet 2013, un communiqué publié à l’issue du dernier conseil d’administration affirmait que cette agro-industrie, qui encadre près de 250.000 producteurs, avait réalisé un bénéfice de l’ordre de 5,6 milliards de francs en 2012, contre 3,3 milliards un an avant. Il s’agit, rappelle-t-on, des périodes pendant lesquelles la Conac a constaté des détournements et donc, des pertes d’argent. Comment cela est-il possible?

Actionnaires complices? La question sera plus complète lorsqu’on rappellera que le capital de la Sodecoton est détenu à 59% par l’Etat du Cameroun, à 30% par les Français de Geocoton et à 11% par la Société mobilière d’investissement du Cameroun (Smic). Dans le fonctionnement normal d’une entreprise d’économie mixte de cette nature, les actionnaires étudient chaque année le bilan administratif et financier avant de délivrer, ou non, un «quitus de bonne gestion» au Top Management. Une onction qui vaut validation et évidemment feu vert pour la poursuite du développement d’une entité comme la Sodecoton.

Faudrait-il alors penser, si l’on s’en tient aux conclusions de la Conac, que cette entreprise ait perdu autant d’argent sur une décennie sans se retrouver en dépôt de bilan? A qui fera-t-on avaler cette ineptie consistant à affirmer que les actionnaires se sont délibérément ou à I’ insu de leur plein gré, été plantés ainsi pendant 10 ans ? Comment ont-ils pu laisser spolier ainsi la société, sachant qu’ils seraient jugés de complicité de détournements ?

La légèreté et la volonté de nuire de la Conac transparaissent de manière criarde. Le tableau ci-contre éclaire, de manière implacable, sur l’odieuse combine et la stratégie de lynchage dont est aujourd’hui victime Mohammed Iya. C’est en réalité la résultante d’un processus qui a éclaté au grand jour en début juin 2011, avec une sortie pour le moins insolite du président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yeguie Djibril, dénonçant du haut de son perchoir, «l’évasion massive» du coton camerounais vers des pays voisins.

«La Sodecoton est impuissante face à ce phénomène», déclamera-t-il, invitant le Premier ministre à «sauver le coton camerounais» et demandant que «les contours de la culture et de la commercialisation de ce produit soient revus». Pour le Pan, la Sodecoton devait être confiée à «des hommes disponibles, qui ne sont pas partagées entre les passions populaires et la gestion de l’entreprise, le coton ne saurait se gérer à distance. Il faut remettre le coton sur la trajectoire normale».

Cette thèse de mort programmée avait été battue en brèche quelques jours plus tard, à Garoua, par le vice-Premier ministre en charge de l’Agriculture, Jean Nkuete: «Je ne suis pas d’accord avec les déclarations faites par le très honorable président de l’Assemblée nationale. En 2010, la Sodecoton a fait des bénéfices de l’ordre de 2,8 milliards de nos francs. C’est la preuve d’une gestion rigoureuse et saine. Les dirigeants de la Sodecoton font un travail remarquable. Je ne peux que conseiller aux fils du grand Nord de considérer la Sodecoton comme leur bien commun».

Pour lui, M. Cavaye n’avait pas la bonne information sur la gestion de la Sodecoton et sur la filière nationale. Une façon aussi, in fine, d’éventer un plan machiavélique ourdi par les réseaux.

Machine à broyer

Mais la machine à broyer était lancée et, le 13 juin dernier, Mohammed Iya est arrêté et accusé de détournement de fonds, avant d’être mis en détention provisoire à la prison centrale de Yaoundé. Au moment même où des associations locales de producteurs lui adressaient des lettres de soutien, les dirigeants de Geocoton, le deuxième plus gros actionnaire de l’entreprise, refusaient de se constituer partie civile dans ce qui apparaît clairement comme une cabale.

Bien avant, c’est le secrétariat d’Etat à la Défense (Sed) en charge de la gendarmerie qui concluait à une distraction de fonds de l’ordre de Mohammed Iya. La procédure y relative est actuellement pendante devant le Tribunal criminel spécial (Tcs). Elle intervenait après d’autres graves accusations de crimes économiques, portées par le Contrôle supérieur de l’Etat (Consupe) qui, en mars 2013, avait publié un rapport d’audit portant sur la période 2005-2010. Ses fameux limiers n’étaient pas allés aussi loin que la Conac, se contentant de dénoncer des détournements de l’ordre de 9 milliards de francs.Entre le Sed, le Consupe et la Conac, cela fait trois rapports aux écarts comptables plus que dissonants, sur une même société et sur un même gestionnaire.

En attendant que la vérité éclate au grand jour, et sans vouloir passer pour des avocats d’un homme qui tout seul peut organiser sa défense, le rapport 2012 de la Conac sur la Sodecoton met à nu les méthodes de travail d’un organisme dont le premier critère de crédibilité doit être le sérieux et la qualité de ses investigations. Le cas Mohammed Iya démontre clairement qu’on est loin du compte. A qui profite le crime ?

Ecran de fumée. La Conac a, dans son fameux rapport, retrouvé des «sociétés écran» à la Sodecoton: Dagris, Copalo et Socea. La réalité est moins prolixe, puisque les entités ainsi jetées en pâture ne sont que des entreprises de négoce et des intermédiaires dans le domaine. Bien plus, tous les pays francophones du secteur coton traitent avec celles-ci, mieux outillées pour conseiller leurs clients sur le comportement d’un marché d’or blanc essentiellement fluctuant, de manière à leur éviter les mauvaises surprises d’un marché international perturbé.

Dans le même ordre d’idées, et sous M. Iya, la Sodecoton a mis en place un fonds de stabilisation destiné à garantir de meilleurs prix aux producteurs, et donc, à les mettre à l’abri des aléas du marché. Ce fonds s’élève à quelque 13 milliards de francs, et sa gestion se fait en conformité avec les prescriptions des actionnaires dont l’Etat du Cameroun est le premier. Cette même entreprise, en ces temps de marasme économique généralisé, n’a jamais bénéficié des subventions publiques. Ce qui ne l’a pas empêché, entre 1984 et 2013, de passer de 6 à 13 usines implantées dans le septentrion.

Il est urgent, face à l’avalanche de dérapages, devant la divergence abyssale des rapports successifs, que les cabinets indépendants d’expertise requis par le juge d’instruction rendent leur copie, tout en espérant que leur travail ne sera point influencé par le torrent d’inepties dont le rapport de la Conac constitue le point culminant. Il restera alors au Président Paul Biya de tirer toutes les conséquences de la mascarade.

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