Femmes. Rosine Tcheutchoua: avec conviction. Une chaussure à leur pied

  • Alfred MVOGO BIYECK | Cameroon-tribune |
  • Publié : Lundi le 12 Juin 2017 04:59:05 |
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  • Opinion |

Depuis un peu plus de 10 ans, Rosine Tcheutchoua a fait de la cordonnerie sa raison d’être

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Teint noir ciré, taille moyenne, le sourire de rigueur et la quarantaine à peine entamée, Rosine Tcheutchoua nous accueille comme si elle était obligée de le faire. Il se dégage de la jeune femme une espèce de timidité qu’elle a du mal à cacher derrière son visage avenant. Engager la conversation semble un supplice. Mais encouragée par son époux, pour ne pas dire contrainte, elle consent à nous accorder un moment de son précieux temps, qu’elle veut tout consacrer à son travail. «La cordonnerie est un métier que j’ai aimé en voyant mon mari exercer. J’ai voulu comprendre, je me suis essayée et à force, il m’a formée et je me suis lancée », dit-elle tout de go.

Et pourtant, ça n’a pas été aussi évident, surtout quand elle voyait les difficultés liées à la disponibilité du matériel et des machines. Pas de nature à se laisser abattre ou décourager, elle se sent l’obligation de le soutenir et s’engage définitivement.


« Je ne regrette pas mon choix, surtout que beaucoup d’hommes m’ont fait confiance. Ce qui m’a énormément encouragée et donné la motivation nécessaire pour bien faire mon travail », et de clamer sa satisfaction. « Dans ce métier d’hommes, je suis satisfaite d’avoir réussi. Il n’y a pas grand-chose que je ne sache faire aujourd’hui », déclare-t-elle avec fierté. Et cerise sur le gâteau, elle a déjà eu à former des femmes et des hommes, et tient à leur dire que « la cordonnerie permet à chacun de gagner son pain quotidien comme tout autre métier, subvenir à ses besoins et nourrir sa famille ».

Reste des doléances qui lui tiennent à cœur, à l’endroit des pouvoirs publics, qui ne font pas « confiance aux cordonniers locaux, et privilégient la friperie et les produits chinois. Regardez dans les collèges d’enseignement technique, il n’y a aucune filière consacrée à la cordonnerie. Qu’on ne nous oublie plus et qu’on nous fasse confiance ». Le message est passé, aux décideurs de chausser leurs crampons pour en faire une réalité.

 


Cordonnerie: une chaussure à leur pied

Elles ne courent pas les chaussées. Et pourtant, elles existent et nous rendent bien des services

 

Montée Société nationale d’investissement au quartier Mvog-Ada à Yaoundé. Une entrée en terre. Et une dizaine de mètres plus loin, un kiosque et une enseigne : Andy shoes. Qu’est-ce qu’une femme viendrait bien y chercher, si ce n’est déposer ses chaussures pour d’éventuelles réparations. Erreur ! Dans ce kiosque encombré de sacs de chaussures, de bancs, de clients venant récupérer leurs chaussures ou poussant un coup de gueule pour le non respect d’un délai de livraison, se trouve une femme. Rosine Tcheutchoua, la quarantaine,  vaccinée à la cordonnerie par son époux, mais aussi par une espèce de curiosité naturelle qui va la pousser à embrasser la profession.
Depuis lors, elle a appris à faire avec les clients. Indélicats, sérieux ou lunatiques. Des machines qui vous lâchent au mauvais moment, du matériel qu’on ne trouve pas toujours sur le marché, etc. Mais aussi et surtout, le regard surpris ou ahuri d’un homme se retrouvant en face d’une femme pour parler réparation de chaussures. « Beaucoup d’hommes ont été impressionnés en me rencontrant pour la première fois, mais passé ce premier moment, ils ont préféré me confier leurs chaussures, et je dois aussi avouer que je suis plus à l’aise avec les hommes. » Les femmes apprécieront. Quant à l’organisation de sa journée de travail, pas de souci particulier. Elle s’organise parfaitement pour s’occuper de son époux et de sa famille. Et au fil du temps, acquérir le savoir-faire par son sérieux et la qualité de son travail. Aujourd'hui, elle continue de s’occuper des pieds, pardon des chaussures de ses clients.
Quelques centaines de mètres plus loin, descente marché Mvog-Ada, une autre cordonnière, sans aucun doute la doyenne de la profession (pas moins de 20 ans de métier), rumine sa rancœur contre les médias et les hommes qui passent le temps à l’interviewer, mais n’ont rien fait pour changer ses conditions de travail. On la comprend, mais que peuvent-ils faire ? Sa porte nous restera close comme un court de tennis, un jour de pluie. Au sortir de la rencontre avec ces deux amazones, la nette impression de femmes fières de leur parcours, inquiètes du peu d’engouement d’autres femmes pour la profession, mais souhaitant en convertir le maximum. Et leur exemple peut faire tâche d’huile.
 

 

Coaching

 

Carelle Bertille Kpolom: « Il n’y a pas de métiers réservés aux hommes »


Jeune cordonnière, compte bien s’installer à son propre compte

Comment avez-vous embrassé le métier de cordonnier ?


Je suis naturellement une manuelle, c’est-à-dire que j’aime travailler avec mes mains. Quand je travaille avec mes mains, je suis plus à l’aise. Je ne supporte pas rester derrière un bureau, ça me stresse. J’ai donc ma sœur aînée qui s’essayait dans la cordonnerie, et connaissant mon penchant pour le travail manuel, elle m’y a entraînée. Et j’ajoute que j’aime faire ce qu’on pense être impossible à réaliser par une femme, et je n’ai pas hésité à me rendre dans le centre de formation où elle se trouvait. C’est grosso modo comme ça que je commence à faire de la cordonnerie.


Quelles ont été les réactions des hommes?


Je dois avouer que beaucoup se sont sentis frustrés en me voyant faire de la cordonnerie. Mon père n’y a pas cru du tout et encore moins ma mère. J’ai dû leur raconter des histoires pour pouvoir terminer ma formation. C’est quand j’ai fabriqué la première paire de chaussures à ma mère qu’elle s’est rendue à l’évidence, et a tenu à venir voir où est ce que je me formais. Elle a été assez surprise comme beaucoup d’autres, mais vous savez, quand on a la volonté, rien n’est difficile et rien ne peut vous arrêter.


Si vous avez un message à l’endroit des autres femmes par rapport à ce qu’on considère à tort ou à raison comme des métiers d’homme, que leur diriez-vous ?


Quand on a un but en tête, il faut foncer. Je leur dis également qu’il ne faut pas écouter les qu’en dira-t-on, car si on écoute tout ce qui se dit par rapport à la supposée supériorité de l’homme sur la femme, cette dernière ne fera vraiment jamais rien. Aujourd’hui, il n’y a pas des métiers pour les hommes et des métiers pour les femmes. Alors je dis à toutes celles qui veulent s’engager comme moi, de ne pas hésiter.

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