Crise Anglophone. Quand les Muna hantent Paul Biya

  • Nestor DJIATOU | Sans Détour |
  • Publié : Lundi le 20 Mars 2017 12:31:18 |
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  • Opinion |

Entre l’irréductible Bernard Muna qui envisagerait de porter le différend de la crise anglophone auprès des instances internationales, et les sorties d’Akéré qui le rapprochent d’un portefeuille ministériel, la nomination d’Ama Tutu au sein de la Commission nationale de promotion du bilinguisme et du multiculturalisme, suffira-t-elle à conjurer la crise de confiance qui s’est installée entre le régime et la famille de l’ancien président de l’Assemblée nationale ? Décryptage…

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Selon des indiscrétions qui filtrent des milieux autorisés du pouvoir, le retour aux affaires de celle que d’aucuns qualifient de « frondeuse » était très attendu. Des stratèges du pouvoir l’avaient en effet envisagé comme une solution destinée à renvoyer la balle des récriminations dans le camp de la famille anglophone la plus en vue, particulièrement du Nord-ouest, face aux déclinaisons de positionnement que charrient en sourdine les revendications dites anglophones. Au point où quelques coulisses avaient déjà annoncé son retour au gouvernement dans la fièvre du remaniement ministériel qui a gagné le landerneau politique du Cameroun. D’autres sources évoquaient plutôt sa nomination comme ambassadrice du Cameroun soit à Paris en France, soit auprès de l’onu à New-York. Depuis la publication de la tribune de la famille Muna au sujet de la crise anglophone, ou mieux, sur la question du fédéralisme dans certains médias, le pouvoir a cru comprendre le souci des Muna de se mettre en vitrine dans la perspective du renouvellement de la classe politique du Nord-ouest. En effet, Me Akéré Muna - ancien président de Transparency international branche du Cameroun, était l’un des premiers à monter au créneau lors du déclenchement de la crise pour reconnaître la pertinence d’un problème dit anglophone au Cameroun. une sortie qui lui avait valu, tant au sein du sérail que dans l’opinion, d’être perçu comme un candidat à un futur poste ministériel. D’aucuns n’hésitaient pas à le placer parmi les éventuels remplaçants de Philémon yang, dont la messe déjà dite aux yeux de l’opinion, tarde seulement à être célébrée. Et pour cause, selon des spéculations développées et amplifiées par des cadres du régime, Paul Biya serait à la recherche de l’oiseau rare, d’une personnalité de poigne, issue de la partie anglophone, à positionner comme 2ème personnalité du pouvoir.

La désignation de Peter Mafany Musonge, la personne la plus en vue dans cette perspective, à la tête de la Commission nationale de promotion du bilinguisme et du multiculturalisme, conforte certains analystes que ce 2ème poste protocolaire dans l’Etat devrait échoir à la région du Nord-ouest. Malgré son appétence pour des personnes d’un certain âge, qui aurait propulsé Simon Achidi Ashu au devant de la scène, l’ancien premier ministre fait montre d’une fatigue qui ne le prédispose plus à un rôle de premier plan. Suivant une logique qui prête au chef de l’Etat sa volonté de travailler avec ses amis ou les proches de ses amis, quelques exégètes voyaient le soleil se lever pour l’avocat international, qui était déjà dans le cortège des conseils du Cameroun dans la défense des intérêts de l’Etat au sujet de l’Affaire Albatros. Surtout que la sortie de sa soeur cadette du gouvernement le 2 octobre 2015, était perçue davantage, non pas comme une intime volonté présidentielle, mais le souci de remettre de l’ordre au sein de l’appareil gouvernemental, où ses altercations récurrentes et son insoumission à son cousin de Premier ministre, avaient fini par donner l’image d’une cour de récréation qui méritait un rappel à l’ordre.

Cour pénale internationale

Tous ces calculs politiciens des conseillers du chef de l’Etat n’avaient pas pris en compte un paramètre déterminant de l’image des Muna vis-à-vis du régime. Et notamment l’aspect caractériel de Me Bernard Muna - le frère des autres à l’égard du pouvoir. Farouche opposant au régime du président Biya, c’est lui qui a pris contre toute attente la tête du collège des avocats appelés à défendre les leaders sécessionnistes, et les membres de la coordination de la société civile anglophone, arrêtés dans le cadre des revendications séparatistes dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest. une posture qui le place en porte-à-faux à l’égard du régime. Ses premières sorties dans le cadre de la défense de ces clients indésirables du régime ont mis à nu son adversité inébranlable à l’égard du régime. Certains lui prêtent d’ailleurs l’intention de monter un dossier procédural en vue de porter les atteintes aux droits de l’homme qui ont émaillé la crise anglophone devant la Cpi - la Cour pénale internationale.

un développement redoutable au cas où il viendrait à s’avérer, qui risque de corser une situation peu enviable pour le régime, depuis que certaines instances internationales travaillent discrètement sur les conséquences de cette crise anglophone. il n’est pas innocent de relever que Me Bernard Muna - ancien procureur général auprès du Tribunal spécial des Nations unies sur le génocide rwandais, est un juriste rompu des procédures devant les instances juridictionnelles internationales.

Dans ce contexte, la nomination d’Ama Tutu Muna pourrait-elle atténuer la détermination de Me Bernard Muna, que ses connaisseurs présentent comme un téméraire ? Pas du tout évident. Les exégètes de la pratique politique à Etoudi croient plutôt contrecarrer cette éventualité par la nomination de Me Akéré Muna au poste de ministre de la Justice, Garde des sceaux. un stratagème qui n’est pas dénué de tout enjeu politicien, et qui pourrait mettre face à face les deux frères devant les juges, et surtout devant les juges internationaux, si d’aventure Bernard Muna venait à mettre en route son projet d’internationaliser le différend judiciaire de la crise anglophone. un épisode qui pour le pouvoir, à défaut d’amener l’irréductible opposant à reculer, devrait mettre sur la place publique les dissonances d’une famille, la plus en vue dans le Nord-ouest depuis le déclenchement de la crise anglophone, dont l’activisme a fini par mettre sous l’éteignoir le très bouillonnant chairman du Sdf - Ni John Fru Ndi. Avec pour dividende politique espérer, de renvoyer la crise anglophone chez les anglophones, et particulièrement chez les Muna, ceux qui captivent le plus les espoirs d’une classe anglophone qui s’estime marginalisée.

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