Cameroun - Jeunesse. Pour la Jeunesse camerounaise, j’accuse !

  • C.P: KUNGABA FONGOH Leonel |
  • Publié : Vendredi le 10 Février 2017 08:39:33 |
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  • Opinion |

Réflexions d’un jeune Camerounais sur le grand mensonge historique sur la Jeunesse au Cameroun Le Cameroun va célébrer ce 11 février 2017 la 51ème édition de la fête nationale de la jeunesse.

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 Au pays de Paul Biya, on lui a même collé un autre thème mystificateur : «  Jeunesse et Défis de la construction d’une nation exemplaire, indivisible, forte et émergente ». Si ces mots savaient qu’ils étaient plus intelligents que ceux qui usent et abusent de leur existence, ils s’en voudraient d’être mis au service d’une escroquerie historique sur la jeunesse du Cameroun. Voilà un demi-siècle que la nation camerounaise se prête à cette tradition unique née des cendres des péripéties très souvent tronquées de l’histoire d’un pays gravement marquée par la triple colonisation germano-anglo-française et une tutelle onusienne troublée par les luttes nationalistes pour l’indépendance. Une indépendance elle aussi gravement tronquée et vidée de sa substance idéologique et institutionnelle qui a propulsé aux devants de la scène tous ses suppôts coloniaux qui administrent cette belle et riche « Afrique en miniature » de façon si agressive, abjecte, stupide et prédatrice qu’ils en étonnent même leurs maîtres jacobins. Par leur faute, de nombreux  Camerounais commencent à regretter ce 11 février 1966 où ils ont décidé de se rattacher au Cameroun pour former cette nation dont la forme est remise en cause aujourd’hui. Pour masquer leur imposture et distraire un peuple avide de liberté, nos nouveaux maîtres ont inventé toutes sortes de subterfuges festifs maquillés sous le vernis de célébration des vertus et des valeurs auxquelles ils ne croient évidemment pas. La fête de la jeunesse de ce 11 février est l’une de ces plus grosses entourloupes politiques qui viennent en réalité consolider la pétrification mentale d’une conscience populaire toujours prête à se révolter. Ce peuple est enclin à la « subversion » tant il a été marqué aux travers des générations par les souvenirs vivaces et la force mystique des batailles sincères des vrais héros sacrifiés de la lutte pour l’émancipation du peuple camerounais, qu’ils fussent de l’UPC ou d’autres mouvements nationalistes.


Ainsi, ce 11 février 2017, la nation va encore célébrer son « fer de lance », pour la 51ème fois consécutive et pour les résultats et les bilans que chacun peut objectivement interroger. Si dans les années « d’indépendance » ceux qui nous gouvernent encore aujourd’hui accédaient à des fonctions suprêmes à la fleur de leur jeune âge, il va sans dire qu’ils ont  littéralement inversé la tendance par un blocage savant et systématique de l’ascenseur socio-économique et politique pour des générations entières. 34 ans de règne sans partage du Président Biya et subséquemment du RDPC ne pouvaient que produire que ce type d’anomalies que conforte une certaine logique de solidarité générationnelle qui exclut naturellement une frange importante de cette population en plein boom démographique. Les incantations et les discours soporifiques ne changent rien à cette réalité gérontocratique et tristement ploutocratique qui nourrit cette inertie et cette corruption toujours rampantes. Même dans le champ politique partisan, le verrou gérontocratique est bien vissé pour ne pas laisser passer cette jeunesse, y compris dans les partis dits de l’opposition. Que l’on soit d’un ou autres curieuses officines politiques, on a que des cheveux blancs au sommet du leadership. Nous les respectons. Mais que font-ils de cette jeunesse qu’ils prétendent promouvoir du bout des lèvres? De nos jours, moins de 04% des étudiants sont inscrits sur les listes électorales au Cameroun, pourtant, ils constituent le vrai cœur de la nation libre et conquérante. Les autres catégories de jeunes le sont tout autant moins. Le coup de dépolitisation de la jeunesse marche à merveille. Et c’est là le grand piège de l’infantilisation de cette jeunesse. Faute « d’expérience », elle doit attendre, attendre encore et encore son heure qui n’est pas toujours arrivée à l’âge de 51 ans, tout près d’une retraite que ces aînés redoutent et repoussent de toutes leurs forces au détriment des jeunes. On a du mal à comprendre que ce blocage de l’ascenseur camerounais par une caste de « sages » n’ait pas encore provoqué une crise intergénérationnelle ouverte et compréhensible.


En fait, cette jeunesse ne peut pas ou ne veut pas dans le contexte actuel, engager un vrai débat de transition générationnelle sur les plans idéologiques, politiques, culturels et socio-économiques au Cameroun. Les frémissements liés aux émeutes de la faim de Février 2008 auraient pu être des élans précurseurs à une révolte citoyenne de la jeunesse contre cette inertie infamante et paupérisant. Mal encadrées, ces revendications de la jeunesse sont tombées entre les mains des « apprentis sorciers » qui les ont détournées et transfigurées contre cette jeunesse. Ce qui se passe dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest est en réalité un autre épisode de ce mal-être de la jeunesse camerounaise que les concitoyens anglophones ont eu le courage de traduire de façon si forte, structurée et si sympathique. Cette fois-ci, ce sont les « extrémistes » et les chantres d’une cause sécessionniste mal engagée qui tante de détourné ce juste combat. La gérontocratie et l’inertie qui trônent fièrement au sommet de l’Etat s’en tirent une fois de plus à bon compte, en rappelant, sans y croire eux-mêmes, la forme sacrée et intangible de l’Etat unitaire décentralisé. Il s’agit d’une simple bouée de sauvetage qui donne un temps de répit et de répression violente de ces velléités de conquête des libertés et de l’Etat de droit. En fait, cette fameuse décentralisation, inscrite en lettre d’or dans la constitution du 18 janvier 1996, reste et demeure de la poudre aux yeux des Camerounais et de tous ceux qui l’avaient exigée suite aux rencontres tripartites de 1991. Dans le système et le régime RDPC qui gouverne le Cameroun, personne n’y croit, personne n’en veut, même 20 ans après cet autre décret de Paul Biya qui est si respectueux de la constitution qu’il a oublié de mettre en application son article 66 relatif à la déclaration des biens et avoirs des gestionnaires publics. Le cœur de ce pouvoir hyper centralisé à Etoudi et « Quand Yaoundé respire, le Cameroun vit !». Paul Biya l’a bien dit. Pourquoi voulez-vous donc qu’il prenne les risques sur ses routes dangereuses ou ces cieux peu sûrs pour se rendre à Bamenda ou à Buea calmer  ses anglophones frondeurs qui ne veulent plus de son « école » et de sa « justice » entre autres. Va-t-il les ramener dans sa république  « une et indivisible » en militarisant ses régions, en les privant d’internet et en jetant en prison tous ces leaders interlocuteurs devenus subitement « terroristes »? Il s’agit là répression et d’un enclavement forcé inacceptables qui détruisent tous ces efforts de négociations engagées entre les parties.


On fête une autre journée pour cette jeunesse, « fer de la nation » empêtrée dans le chômage massif, la débauche sexuelle, les crimes rituels, l’alcoolisme, la prostitution à ciel ouvert, la bêtise et pornographique les  plus abjectes et stupides distillées dans ses œuvres d’art musical en particulier, l’immigration clandestine en Occident et l’esclavage au Moyen Orient.  Le  phénomène de la mototaxi est devenu le plus gros pourvoyeur « d’emplois » pour cette jeunesse, à la grande satisfaction du Président Biya. Quand on parle d’Emergence même pour rire, c’est simplement incroyable et malsain ! Des centaines de milliards de francs sont engloutis dans des dizaines de programmes et projets  prétendument destinés à sortir la jeunesse de ce marasme. On a vu passer les milliards des projets JEVAIS, PIFMAS, PAJER-U, PIAASI….et pour boucler la chaine, ce fameux plan triennal spécial Jeune. Autant de structures d’encadrement et de promotion de la jeunesse se créent et se côtoient sans produire de résultats. Quand bien une infime partie des financements des initiatives des jeunes est détournée par des regroupements associatifs fantoches. Le Conseil National de la Jeunesse du Cameroun (CNJC) en est l’exemple le plus patent. Une véritable coquille vide que ne peut justifier ses 08 ans d’existence en dehors des querelles stupides de leadership qui meublent son quotidien soporifique. Que dire de l’Observatoire National de la Jeunesse ou de l’Agence du Service Civique National de Participation au Développement et de toutes les autres boutiques du même genre disséminées dans diverses administrations publiques pour engraisser ces rapaces qui volent les deniers publics au milliard.


Comment comprendre que toutes ses structures et ces initiatives ne portent pas de résultats probants ? En réalité, l’argent qui y est injecté est soigneusement capté et recyclé par divers procédés par ceux qui les initient et les mettent sur pied dans les officines publiques budgétivores. Dans une gouvernance saine et soucieuse du vrai devenir de cette jeunesse, ces subventions auraient porté des fruits juteux pour la nation, mais pas Cameroun. Toutes ces politiques de prétendue promotion de la jeunesse ont été galvaudées, gadgétisées et vidées de leurs substances idéologiques, stratégiques et opérationnelles. Il faut dire de façon claire que le régime actuel redoute toute réelle émancipation de la jeunesse camerounaise. Celle-ci serait une menace pour sa survie. Il ne peut soutenir que les actions sans épaisseur. Valsero, cet artiste engagé sur autre chose que les histoires de « ventre et le bas ventre » voulait parler d’engagement citoyen et d’inscriptions des jeunes sur les listes électorales à quelques encablures du jour de gloire de la jeunesse.On l’a ramené manu militari à l’ordre et aux vraies « priorités » à Douala. Pauvre naïf !


Avec toutes ces ressources, nos universités surpeuplées et nos écoles publiques d’allure coloniale constituent une honte pour notre jeunesse et notre pays. La rhétorique grotesque et pédantesque de nos initiés décrétés ministres ou recteurs n’y changeront rien. Ce ne sont pas non plus les 5 00 000 ordinateurs promis par le Président Biya à nos étudiants qui vont donner fière allure à sa jeunesse androïde. Toutes les études montrent qu’avec l’enveloppe destinée à acquérir et distribuer ces ordinateurs (en espérant qu’ils soient de bonne qualité), on aurait monté toute une PME pérenne et créatrice d’emplois dans le secteur informatique au Cameroun. Cette jeunesse va-t-elle rembourser cette autre dette inique ?
La jeunesse camerounaise est-elle prête pour relever les défis qui se profilent à l’horizon ? Les signes le démontrent par l’affirmative. Elle n’a pas le choix ! Mais pour cela, elle doit se démarquer des modes de pensée désuets, s’ouvrir sur le monde et la modernité avec les outils largement mis à sa disposition, faire preuve d’inventivité et de proactivité. Cette jeunesse doit cesser de ne penser qu’à s’enivrer et à « coller la petite » comme une bête sauvage en rut. Elle doit rêver et porter ses ambitions légitimes. Sait-elle-même qu’elle est au centre des Objectifs de Développement Durable (Agenda 2030)? Elle doit les maitriser et les investir pour en tirer le meilleur parti. La jeunesse doit quitter les paradigmes des faveurs et attentions obsolètes de ceux qui l’humilient et la ruinent. Mais au-dessus de tout, elle doit se politiser et bousculer l’inertie et la gérontocratie qui veulent littéralement l’avilir. Elle peut être résiliente, mais elle ne peut pas être résignée à son sort. Cette jeunesse doit prendre à son compte la victoire des Lions Indomptables à cette CAN 2017 avec toutes les péripéties parfois scabreuses qui l’ont jalonnée. Le régime de Paul Biya va surfer sur cet autre exploit d’une jeunesse abandonnée, sans être capable de le capitaliser. Il a même oublié que son pays est champion du monde en matière d’exportation clandestine des jeunes footballeurs, faute d’un minimum d’encadrement ici au pays. Où est donc passée cette Académie de Football promise il y a quelques temps ? La jeunesse doit se construire une conscience politique et citoyenne qui dépasse ce conglomérat de ragots insipides, stupides, grossiers et inféconds dans lequel le régime actuel la confine. Il s’agit d’une véritable révolution idéologique, générationnelle, citoyenne et historique qui n’est ni anglophone, ni francophone. Cette révolution est objectivement Camerounaise. C’est le sens vrai à donner à cette fête de la jeunesse.«  Jeunesse et Défis de la construction d’une nation exemplaire, indivisible, forte et émergente ». On ne peut pas construire une nation « exemplaire » avec une classe dirigeante dont l’ADN est viscéralement marquée par la corruption, l’inertie et la prédation des ressources. On ne peut construire une nation « indivisible » avec ces injustices criardes dans la répartition de la richesse entre les communautés, les régions et les citoyens et en bloquant la décentralisation. On ne peut pas construire cette nation « forte » avec une jeunesse qui n’est ni écoutée ni impliquée. On ne peut non plus construire une nation « émergente » sans vision prospective et sincère.


Parce que je crois en la jeunesse
Je souhaite bonne fête de la jeunesse à toutes et tous mes compatriotes, dans l'espoir que cette occasion soit une opportunité de mobilisation et de réflexion pour un monde de justice et d'équité, où le rêve est permis pour tout jeune où qu'il se trouve.

KUNGABA FONGOH Leonel
1er Vice Président National de la Jeunesse Socialiste SDF

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