Cameroun - Politique. Partis politiques: l’effervescence

  • Jean Francis BELIBI | Cameroon-tribune |
  • Publié : Mercredi le 14 Juin 2017 04:57:31 |
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  • Opinion |

Entre congrès, réunions des cadres, nominations des responsables, la plupart des formations politiques occupent l’espace

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Le 23 juin prochain à Douala, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) organise un séminaire de formation et de sensibilisation à l’intention des sections RDPC d’Afrique. Cette rencontre intervient à la suite de la 2e session de l’Académie du parti qui a eu lieu le 26 mai dernier dans les dix régions du pays et qui a permis de regrouper la plupart des responsables du parti et ses élus tant au parlement qu’au niveau local. Le 25 février dernier, l’UNDP tenait au palais des Congrès de Yaoundé, son 6e Congrès ordinaire. Une rencontre suivie par des descentes des responsables du parti dans les régions du Cameroun. Le 27 mai 2017, une réunion du Comité exécutif national (NEC) du Social Democratic Front (SDF) se tenait à Bamenda sous la présidence du Chairman John Fru Ndi. Outre la réaffirmation de la tenue de la Convention nationale, qui fait office ici de congrès en octobre prochain, le principal parti de l’opposition enjoignait en outre ses responsables d’accélérer le processus de renouvellement des structures de base du parti, notamment dans les régions du Centre, du Sud, de l’Adamaoua. En mai dernier, Adamou Ndam Njoya, président national de l’Union démocratique du Cameroun (UDC), parcourait les régions de l’Est, de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord avec pour objectif, la remobilisation des structures et des responsables de base de son parti dans ces régions du pays.
Attendu dans les prochains jours à Yaoundé, un Congrès de l’Union des populations du Cameroun (UPC). Celui-ci va procéder au renouvellement des structures dirigeantes du parti. Il y a quelques semaines, c’est Issa Tchiroma Bakary, président national du Front national pour le Salut du Cameroun (FSNC) qui procédait à la mobilisation des militants de son parti à Garoua. A côté de ces formations politiques, parmi les plus en vue du paysage politique national, l’on note au sein des autres partis politiques un regain de vitalité dans les différentes activités. Récemment créé, le Mouvement patriotique pour un Cameroun nouveau (MPCN) de Paul Eric Kingue s’emploie à l’implantation de ses structures de base dans certaines régions du pays. Comme lui, le United Democratic Party (UDP) de Lawan Bako poursuit la mobilisation de son électorat dans la région du Nord-Ouest du Cameroun. D’autres formations politiques de moindre envergure essaient de se mouvoir actuellement sur le terrain. Le leitmotiv de tous ces partis politiques est la mobilisation des structures de base et des militants. Dans quel but ? Là est sans doute toute la question, quand on sait que l’on vient de vivre trois ou quatre années au cours desquelles, très peu parmi les 303 partis politiques que l’on dénombre actuellement dans notre pays semblaient exister. Difficile toutefois de ne pas relever que l’on approche de l’année 2018 qui verra de nombreux mandats d’élus arriver à leurs termes, tant au plan national que local. On peut donc comprendre que dans la perspective de cette année qui se veut électorale, les partis politiques ont décidé de prendre de l’avance. Et ne pas attendre le jour du marché pour nourrir la poule, ou mieux le jour des élections pour procéder à la mobilisation de leurs militants.

 

 Manassé Aboya Endong: « Il s’agit d’une logique de déploiement structurel »

Professeur titulaire de science politique à l’université de Douala

La scène politique nationale est caractérisée, depuis quelque temps, par une grande activité des partis politiques tant au pouvoir que de l’opposition. Quelle analyse vous inspire ce bouillonnement?


Ce bouillonnement s’explique en grande partie par la spécificité de l’année 2017 qui est une année pré-électorale, et qui fait naturellement monter la fièvre dans les états-majors des différents partis politiques. Ces derniers sont ainsi mobilisés, soit pour encourager leurs militants à s’inscrire massivement sur les listes électorales, soit pour asseoir les stratégies internes permettant de faire face à ces échéances. Lorsqu’on y ajoute la crise qui a récemment affecté les régions anglophones, et qui a naturellement mobilisé les états-majors des différents partis politiques, en termes de prise de parole ou de soutiens aux manifestants, on peut conclure à une logique de déploiement structurel en ce qui concerne la mise en conformité des partis politiques par rapport au calendrier électoral à venir ; et à un déploiement conjoncturel influencé par les crises dans les régions anglophones.


D’autres formations politiques de petit calibre utilisent toutes sortes de stratégies pour exister politiquement. Entre appel au boycottage des célébrations à caractère national ou instauration des journées comme le « vendredi noir », tout y passe. Sont-ils toujours dans leur rôle ?


A l’évidence, l’attitude de ces formations est inscrite dans la spécificité de l’environnement politique camerounais, particulièrement marqué par la promotion des conditions libérales de création des partis politiques. Cet environnement généreux justifie à suffisance la floraison des partis politiques dont le tri démocratique permet d’entrevoir, d’une part une minorité de partis dynamiques disposant de la quasi-totalité des élus et participant activement au jeu politique ; et d’autre part, une majorité de partis statiques ne disposant presque pas d’élus, et ayant pour la plupart une existence nominative, à défaut d’être inscrits dans une logique d’animation d’une « opposition-témoin ».  On peut donc imaginer les difficultés existentielles de ces formations de petit calibre, caractérisées par un déficit d’arguments objectifs leur permettant de se mouvoir dans un champ politique concurrentiel et exigeant. D’où le recours à ces multiples initiatives, à la fois périphériques et exotiques !


Que cachent ces initiatives ?


Ces initiatives structurent manifestement une volonté de ces formations d’exister politiquement. En effet, lorsqu’on crée un parti politique ou qu’on n’est pas connu, il faut trouver le moyen de combler ce déficit, afin d’avoir une visibilité permettant d’exister politiquement, notamment en marge du rapport de forces par les urnes. C’est dans cette logique que ces formations politiques choisissent des raccourcis leur permettant de marquer l’opinion, en défiant l’autorité, en prônant la désobéissance civile, etc. Toutes ces initiatives structurent l’arme des plus faibles et ne s’inscrivent que dans une résonnance médiatique, mettant en exergue la « démocratie par le bruit ».
 

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