Cameroun - Economie. Martin Mindjos : « Il n’y a aucun investissement de Justin Sugar Mills au Cameroun, ni ailleurs dans le monde »

  • Agence Ecofin |
  • Publié : Vendredi le 10 Avril 2015 21:19:13 |
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  • Opinion |

(Agence Ecofin) - A la suite de diverses accusations de corruption, de prise illégale d’intérêt et de manipulation, formulées par le promoteur de Justin Sugar Mills SA Cameroun, Dieudonné Dong Thry Dong, à l’encontre du ministre camerounais en charge de l’Industrie, Emmanuel Bondé, dans le cadre du projet sucrier de Batouri, l’agence Ecofin s’est rapproché du ministre le 9 avril 2015, afin qu’il donne sa version des faits.

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Le ministre s’est dit disposé à répondre à nos questions, mais compte tenu de son emploi de temps chargé, a demandé à Martin Mindjos (photo), directeur de l’Industrie auprès du ministère des Mines, de l'Industrie et du Développement technologique, de répondre à toutes nos questions sur ce projet sucrier de l’Est. D’après le directeur de l’Industrie, c’est la mauvaise foi et l’incompétence de M. Dong Thry Dong qui ont poussé le gouvernement à choisir un autre partenaire pour ce projet, en l’occurrence le Marocain Cosumar. Et non les « accusations mensongères » du promoteur du projet.

 

Le 27 février dernier, l’on a appris que la société marocaine Cosumar, leader du marché du sucre au Maroc, a été retenue par le gouvernement camerounais pour poursuivre le développement du projet de complexe sucrier situé dans l’interzone Bertoua-Batouri, dans la région de l’Est du Cameroun. Quels sont les éléments qui ont motivé le choix de Cosumar ?

 

Merci déjà pour l’intérêt que vous portez dans la mise en place de ce projet. Au nom du ministre en charge des Mines, je voudrais féliciter votre média pour le sérieux avec lequel il traite ce sujet. Quelles ont été les motivations du gouvernement pour le choix de Cosumar ? Je dirais globalement que la volonté du gouvernement est de trouver un acteur qui renforce l’offre nationale du sucre. Pourquoi Cosumar et pas les autres ? C’était une compétition avec des critères bien précis. Il est clair que les autres n’ont pas démérité. Il s’agit des entreprises connues : la Somdiaa par exemple travaille au Cameroun à travers la Sosucam, il y a également eu des entreprises avec des capitaux asiatiques, notamment de Turquie et des Emirats Arabes Unis. C’étaient des entreprises sérieuses. Mais, comme dans toutes les compétitions, il faut un vainqueur, Cosumar a présenté le meilleur dossier au regard de ceux qui ont évalué les dossiers. A part cela, il n’y a pas de motivations particulières.

 

Dans le communiqué d’annonce, il est indiqué que le dossier d’investissement de Cosumar doit être préparé en concertation avec la direction de l’Industrie. En impliquant la direction de l’Industrie, quels sont les éléments que le gouvernement tient à voir respectés dans ce projet ?

 

C’est une question particulière. Effectivement, il y a des éléments que le gouvernement tient à voir respectés. Dans le cadre de ce projet, nous sortons d’une coopération, d’une collaboration avec un autre opérateur qui n’a pas donné satisfaction. Le premier élément c’est la compétence technique. Il faut se rassurer que Cosumar a la compétence nécessaire pour réaliser ce type de projet. Vous-même vous l’avez relevé, il s’agit du leader marocain du sucre. Sur ce plan, nous n’avons aucun doute. Il faut également donner la preuve des moyens financiers avec tous les accords des partenaires financiers. Parmi les écueils de la première collaboration, il y avait l’absence de preuve de ces moyens financiers. Ce qui a plombé le projet. On avait l’impression que le promoteur attendait que le gouvernement mette en place des moyens pour qu’il réalise son projet. Le gouvernement ne l’a pas fait à sa guise et il essaye de trouver des raisons pour justifier cette absence des moyens financiers.

 

Parlant des moyens financiers, certaines sources évoquent l’engagement de Cosumar d’investir 60 milliards de Francs Cfa dans ce projet. Quel montant sera effectivement investi par le groupe marocain dans ce projet et comment?

 

Une première rencontre a eu lieu en début du mois de mars après l’adjudication de Cosumar pour permettre à cette société de faire sa due diligence. Ils ont, à cette occasion, préparé tous les documents nécessaires à la préparation de leur dossier, leur étude de faisabilité technique et financière qu’ils vont soumettre au gouvernement. C’est au terme de cette étude que nous saurons réellement le montant qu’il propose pour la réalisation de ce projet. Evidemment, on peut imaginer qu’un projet de cette envergure, peut tourner autour de ces montants-là. Mais, il convient à Cosumar de dire combien sera dépensé.

 

Quelle est la demande actuelle en sucre sur le marché camerounais et quel sera l’apport de ce projet ?

 

L’attente n’est pas nécessairement l’attente du marché camerounais. Le marché camerounais est une composante au regard de la vision que le gouvernement a avec la filière sucre. La première attente, c’est que ce projet comble le déficit et que nous ne soyons plus en train d’importer du sucre. Nous avons un déficit qui varie entre 60 000 et 90 000 tonnes et parfois arrive à 130 000 tonnes et qu’il faut combler. Mais, les attentes du gouvernement vont au-delà. Vous savez que nous sommes dans une posture où le gouvernement vient de signer les accords intérimaires des Ape. Vous savez également que dans les années 2005, il y a eu une réforme du régime du sucre dans l‘Union européenne. Nous comptons, grâce à ces entreprises (Cosumar et les autres) nous positionner en réduisant les coûts de facteur dans le marché international du sucre. Nous pensons que Cosumar peut être un exportateur de sucre. Nous avons nos grands voisins du Nigéria en exemple.

 

Une convention sera signée avec le nouveau partenaire du gouvernement dans ce sens. Ce sera à quelles conditions et quand ?

 

Effectivement, il est prévu la signature d’une convention. Permettez-moi de faire un peu d’historique. En 2012, il n’y avait pas de loi. La pratique à l’époque était le gré à gré. Le gouvernement pouvait signer des protocoles d’accord ou des MOU (Memorandum of Understanding) avec des partenaires pour la mise en œuvre des projets. Depuis le 18 avril 2013, le président de la République a promulgué une loi incitative pour les investissements. Cette loi encadre tous les investissements qui sont réalisés au Cameroun. Il est donc question que, lorsque Cosumar aura validé tout son dossier, notamment les études nécessaires, il soumettra ce dossier à l’Agence de promotion des investissements qui va l’instruire dans le cadre de la procédure légale, de manière à ce que cette convention puisse être signée entre Cosumar et le gouvernement du Cameroun. Quand est-ce que cette convention sera-t-elle signée ? Nous attendons la due diligence, la proposition d’un projet concret assorti d’un plan de redressement et d’un chronogramme de réalisation.

 

Cosumar vient ainsi remplacer l’indo-camerounais Justin Sugar Mills dont le protocole d’accord avec l’Etat du Cameroun avait été résilié par le ministère en charge de l’Industrie le 20 novembre 2014. Vous évoquiez comme raisons de cette résiliation « des dysfonctionnements relevés par le cabinet international d’audit Ernst & Young ». De quels dysfonctionnements s’agissaient-ils?

 

Je voudrais d’abord corriger certaines choses qui me paraissent assez graves. Je voudrais également m’exprimer à titre personnel, parce que ce projet sucrier, je le suis personnellement en tant que cadre du ministère de l’Industrie depuis 2006. Je n’ai pas de souvenir que Justin Sugar Mills soit une société indo-camerounaise. Il s’agit d’une société de droit camerounais créée au départ avec un capital de 10 millions de francs Cfa appartenant à Monsieur Dong Thry Dong. Dans le cadre du protocole d’accord qui a été signé, le gouvernement camerounais a exigé l’entrée d’autres actionnaires locaux dans le projet. C’est ainsi que Justin Sugar Mills a ouvert le capital et 11 communes y sont entrées. JSM est donc devenu une société anonyme intégrant plusieurs actionnaires. Donc, à ma connaissance, il n’y a aucun investissement de Justin Sugar Mills au Cameroun, ni ailleurs dans le monde.

 

Comment cela ? Ils indiquent le contraire sur leur site web…

 

Il n’existe aucun Justin Sugar Mills nulle part dans le monde. Je le confirme et je veux que l’on m’apporte la preuve contraire de cette existence. JSM existerait à Bertoua (Cameroun) selon le dossier soumis au ministère en charge de l’Industrie. Créée au départ avec 10 millions de capital, capital, rapporté à 15 milliards de FCfa avec l’entrée dans son capital des communes locales et de certains acteurs nationaux, dont la Chambre d’agriculture. Concernant à présent les dysfonctionnements relevés par le cabinet international d’audit Ernst & Young, il faut noter que plusieurs dysfonctionnements ont été relevés. Premièrement, le capital de la société n’est pas bouclé.

 

Quelle est la géographie de ce capital ?

 

Il me semble que l’actionnaire majoritaire c’est Justin Sugar Mills London (33%) qui n’existe pas, puisque créée à Londres en avril 2012 et dissoute en septembre de la même année. Le reste des actions est partagé entre 11 communes et les autres. Le capital n’a jamais été bouclé pour ce qui est de la JSM SA avec qui le gouvernement a signé un protocole d’accord. Vous convenez qu’en face, le gouvernement n’a personne avec qui discuter. Comment le gouvernement devrait-il poursuivre un projet avec un opérateur qui n’existe pas du moment où il n’a jamais bouclé son capital ? Le fait qu’il n’ait pas bouclé son capital gêne les autres mairies actionnaires qui, à un moment donné, voyant le mécanisme de gestion interne, ont suspendu la libération de leur capital, n’ayant libéré qu’un quart au début. Voilà la première cause.

 

La deuxième cause c’est que la société s’est engagée dans un processus d’endettement sans preuve réelle de réalisation. En ce moment, on évalue cet endettement à près d’un milliard de francs Cfa. Il s’agit d’un promoteur qui a utilisé le protocole d’accord que lui a donné le gouvernement pour prendre des crédits, pour lever des fonds, pour mobiliser des entreprises afin de réaliser des investissements qu’il n’a pas pu concrétiser. Y compris du point de vue de l’Etat. Donc, les fonds qui ont été libérés par les communes ou encore par le gouvernement à travers le ministère de l’Economie n’ont pas servis. Les investissements évalués sur le terrain sont estimés à 138 millions de Francs Cfa pour l’ouverture d’une piste. Somme entièrement remboursée par le ministre de l’Economie. Nous avons les preuves.

 

La troisième cause concerne la gestion interne de l’entreprise. Nous avons travaillé durant toute l’année 2013 à demander à l’entreprise de nous présenter un modèle de gestion qui rassure à la fois le gouvernement et les partenaires et particuliers qui ont mobilisé leurs fonds. Nous ne l’avons pas eu. Et le rapport dit clairement que le promoteur s’est adjugé certaines compétences. A un moment donné, il a essayé de faire venir des experts qu’il a constamment limogés. Il n’avait pas la compétence pour piloter un projet de cette envergure. Nous l’avons recommandé à KPMG qui a eu du mal à travailler avec lui et a dû abandonner en nous faisant parvenir une correspondance indiquant qu’il n’était plus acteur de la gestion, parce qu’il ne s’entendait pas avec le promoteur. Comment le gouvernement aurait-il pu s’engager ? A l’heure actuelle, le gouvernement reçoit de nombreuses requêtes de particuliers qui demandent le remboursement de tout ce que JSM a contracté auprès d’eux. Aujourd’hui, nous ne savons pas ce qu’il a pu faire avec cet argent. Voilà quelques raisons. Il y en a plusieurs autres qui ont conduit le gouvernement à rechercher un autre partenaire pour le développement de ce projet sucrier de Batouri.

 

Justin Sugar Mills, qui indique n’avoir pas été notifié par écrit de la résiliation du protocole d’accord du 13 avril 2012 qui le lie à l’Etat du Cameroun et lui confère l’exclusivité pour la réalisation du projet sucrier dans la région de l’Est sur une période de 10 ans, se considère toujours comme propriétaire du site du projet et brandit même certains titres fonciers. Comment cela va-t-il se passer sur le terrain entre le nouveau partenaire Cosumar et Justin Sugar Mills ?

 

Non. Relisez le titre foncier qui est brandi. Il n’y a aucun titre foncier brandi au nom de JSM. Sachant pertinemment que le gouvernement pouvait arriver à ce genre de conclusion, l’individu, le promoteur, M. Dong Thry Dong, a pu, d’après les photocopies des documents qui sont parvenus à notre niveau, acquérir 100 hectares de terre. Ce qui est très insignifiant par rapport aux 32 000 hectares du projet. La société JSM n’a donc aucun droit sur les terres. L’individu aurait obtenu 100 hectares de terre autour du site. Pas nécessairement dans le site. Il s’agit d’un site d’un potentiel de 75 000 hectares. Il peut arriver au gouvernement de retrancher ces 100 hectares. On ne peut pas se prévaloir de détenir le site.

 

Concernant la notification de la résiliation du protocole d’accord, il a bel et bien été notifié. Essayez de l’avoir ! Il n’existe même pas. Nous avons fait des mains et des pieds pour le retrouver et nous avons tout envoyé par sa boite mail que nous avons. L’auditeur l’a notifié. Nous-mêmes, nous l’avons notifié. Il a participé à la dernière session du comité de pilotage du projet.

 

Quand est-ce que ce comité de pilotage de projet s’est-il tenu ?

 

Je n’ai pas bon souvenir de la date exacte. Mais, au cours de cette rencontre, on lui a dit clairement que ce protocole était résilié. J’ai une correspondance où personnellement il informe les maires de l’option du gouvernement de faire l’audit. Comment peut-il dire qu’il n’a pas été notifié ? La première chose que le gouvernement ferait serait de l’informer, puisqu’il y a un protocole. Je dois reconnaitre que nous parlons de JSM, mais en réalité nous parlons d’un individu. Cette société a des actionnaires. Allez vers ces actionnaires, vers les communes, à la Chambre d’agriculture, ils vous donneront assez d’informations. Le débat qu’il y a donc aujourd’hui est un débat entre un individu et l’Etat et non entre une société et le gouvernement. L’individu qui traite avec l’Etat n’est pas saisissable. Je crois qu’il est sur le coup d’une interdiction de sortie du territoire national. Mais, à l’occasion de plusieurs réunions, ses avocats nous ont dit qu’il n’est pas au pays. Nous ne savons pas où sont ses bureaux. Nous ne pouvons pas leur adresser des correspondances. Je vous mets au défi me trouver leurs bureaux. Toujours est-il que nous avons usé de tout ce qui était à notre pouvoir pour leur notifier de toutes les correspondances. Et nous avons les preuves.

 

Ils disent avoir des bureaux à Batouri…

 

Ce n’est pas vrai. Vous pouvez appeler le préfet, les autorités locales, les maires et tous ceux que vous voulez pour vérifier. Il n’y a aucun bureau de JSM ni à Batouri, ni à Bertoua, ni à Yaoundé.

 

Parmi les freins pour la réalisation de ce projet, Dieudonné Dong Thry Dong, promoteur de JSM Cameroun, a récemment confié à la presse que l’un des problèmes pour la mise en œuvre de ce projet concernait l’utilisation du montant de 562 500 000 FCFA représentant le quart des prises de participations des 11 communes dans le projet. Somme versée le FEICOM. D’après lui, le directeur de l’Industrie, M. Martin Mindjos, que vous êtes, avez demandé sur ce montant une commission de 80 millions F.CFA pour acheter un véhicule de marque Prado qui reviendra au ministre. Comment réagissez-vous à cette accusation ?

 

Supposons que ce soit des faits réels et qu’il n’a pas accédé à ce genre de demande. Qu’est-ce qu’il en a fait des fonds alloués ? Voilà la première question de principe. Deuxième question : dans le contexte actuel, pensez-vous véritablement qu’un opérateur puisse avoir le soutien des autorités et accède aux financements publics de 562 millions de FCfa et ne donne pas suite à des encadrements de 80 millions ? Il faut se poser de bonnes questions. Je parle à titre individuel. Il n’a jamais été question de commissions. Vous ne croyez pas que le rôle du gouvernement c’est d’avoir un certain nombre d’avantages…; que nous allons saboter un proche avec un projet d’une telle envergure. Il ne s’agit pas de cela, mais il s’agit d’un individu qui est aux abois, qui a perdu la patte, qui s’est mis en difficulté avec des partenaires qui lui ont fait confiance et qui ont investi leur argent. Il ne sait plus quoi leur dire. Evidemment, dans ce contexte, la démarche pour lui c’est laquelle ? Il y a un bouc émissaire. Il y a quelqu’un qui essaye de nous nuire. Et de créer de toutes pièces ce genre d’allégations mensongères. Donc, il s’agit de mensonges pour essayer de justifier sa posture.

 

Vous êtes particulièrement visé dans les accusations…

 

Exactement. Allons-en au fait de cette accusation. On a résilié le contrat de JSM. Quel peut être la responsabilité d’un directeur dans une affaire d’Etat ? Est-ce que les uns et les autres comprennent la logique du travail gouvernemental ? Tout ce qu’un ministre entreprend dans le cadre d’un tel projet, il en informe sa hiérarchie, qui lui donne quitus de poursuivre ou pas. Cela veut dire que s’il y avait des ouvertures de la part des autorités pour un soutien à JSM, les autorités l’auraient prescrit de manière très claire. Et je crois savoir qu’il n’en ait rien. C’est un projet qui intègre diverses compétences : des domaines à l’administration du territoire. Et chaque ministre donne son appréciation de la gestion du projet. Et sur la base de cette appréciation, le gouvernement prend une décision et demande au ministre compétent, qui est le ministre de l’Industrie, de l’implémenter. C’est dans ce cadre que JSM a été suspendu. Il ne s’agit donc pas d’une affaire personnelle entre un individu, M. Dong Thry Dong, et le ministre de l’Industrie et ses collaborateurs. Si le ministre des Domaines vous dit que JSM a des terres, vous le confirmez. Il n’en a pas. Si le ministre de l’Economie dit qu’il a mis de l’argent et qu’il n’a pas vu de réalisations concrètes (il a donné des tracteurs à la société, il a mis un ensemble d’infrastructures) et il n’a pas vu de résultats, qu’est-ce que vous voulez que le gouvernement fasse ? Si le ministre des Finances écrit qu’il n’est pas rassuré dans la capacité du promoteur à apporter des financements nécessaires au projet, croyez-vous que le ministère de l’Industrie va poursuivre la collaboration ? Le gouvernement a pris de bonnes décisions. Il s’agit donc d’un entrepreneur qui s’est avéré incompétent.

 

Parlant d’accès aux financements publics, M. Dong Thry Dong, explique également qu’il a été obligé d’abandonner de l’argent au ministère des Finances, parce qu’il refusait de vous payer des commissions de 500 millions F.Cfa sur les 2,25 milliards de F.Cfa qui devaient être débloqués par le ministère des Finances. Est-ce une accusation fondée ?

 

Pour en faire quoi ? Le ministre des Finances n’a jamais accepté de lui débloquer des fonds. Nous n’avons jamais demandé de commissions. Croyez-vous vraiment qu’on puisse demander des commissions à un opérateur ? D’ailleurs, je vais vous dire ceci : s’agissant de ce projet, nous n’avons jamais fait confiance à M. Dong Try Dong et à sa société. C’est d’ailleurs pour cela que quand il est arrivé, nous avons demandé qu’il intègre dans le capital de sa société des actionnaires et des entités qui étaient susceptibles de donner de la crédibilité au projet. Deuxième raison, parce que sur cette table où vous êtes assis (à salle de réunion du ministère de l’Industrie, ndlr), c’est Afriland First Bank, une banque connue, qui avait présenté ce projet au ministère de l’Industrie. Allez à Afriland First Bank et renseignez-vous ! Donc, au départ, le gouvernement n’a jamais traité avec Dong Thry Dong. C’est sur la base des accords avec Afriland First Bank et de sa caution morale, que le gouvernement a préparé un protocole d’accord qui a permis à la banque de faire venir Dong Thry Dong avec qui le gouvernement a signé un protocole d’accord. Au moment où le gouvernement va faire l’effort d’impliquer les communes en virant leurs premiers fonds, le Monsieur, qui a une exclusivité avec Afriland First Bank, va se retourner. Ce qui va amener la banque à se retirer et à suspendre sa collaboration dans le projet. J’ai d’ailleurs entendu qu’au niveau de la banque il y a des responsables qui ont perdu leur poste et leur casquette à cause de cela. Le gouvernement n’a jamais donné sa caution. Le gouvernement a donné sa caution à JSM, portée par Afriland First Bank. La première contrainte qu’on a demandé à Afriland c’était de nous rassurer que JSM a des moyens suffisants. Et au moment où il y a eu clash entre Afriland et JSM, le gouvernement avait déjà donné sa cote part dans le projet pour le compte des communes. C’était 562 millions de Francs Cfa. L’impression que le promoteur veut donner c’est qu’il s’agit d’un conflit sur la gestion des ressources entre lui et le ministre de l’Industrie. Sur ce plan, je peux vous rassurer, il n’en est rien du tout. Un ministre n’a pas besoin d’une Prado d’un opérateur. C’est un membre du gouvernement. S’il en a besoin, il demande au gouvernement qui lui en procure.

 

Dieudonné Dong Thry Dong affirme que ses problèmes avec vous ont véritablement commencé le 25 février 2013, quand, au terme d’un conseil d’administration, il a licencié la femme du ministre de l’Industrie du poste de directrice de l’Environnement et du Développement social de Justin Sugar Mills S.A. Cameroun. Ceci après l’avoir soupçonné de vouloir détourner le projet de JSM avec M. Dong Blaise Pascal. Etait-ce l’une des causes qui ont précipité la résiliation du protocole d’accord avec JSM comme le laisse entendre M. Dieudonné Dong Thry Dong ?

 

Pourquoi il l’a vraiment limogé ? Posez-vous la question. Dans quelle entente de travail se sont-ils mis ? Il s’agit d’un usurpateur, si je peux utiliser ce terme que je reprends d’ailleurs aux maires. Il n’y a aucun maire qui est de l’avis du promoteur. Malheureusement pour lui, le projet est dans la région d’origine du ministre. A un moment donné, la question de principe posée par le gouvernement était d’ouvrir un poste qui devait permettre de gérer le social, parce que dans les discussions préalables avec les autorités locales, on nous a dit que la venue d’un tel projet aurait un fort impact sur le mode d’organisation sociale. Il fallait donc des entités qui rassurent. C’est peut-être dans ce cadre qu’un contrat d’assistance, il me semble, a été négocié avec JSM, pour qu’il y ait son intervention. Je ne peux pas dire exactement ce qui s’est passé. Ce que j’ai pu voir c’est qu’autour du projet, il y avait un certain nombre d’élites locales très élargies pour rassurer les populations, qui sont leurs parents, qu’il s’agit d’un projet qu’ils doivent accepter et encadrer. Il est possible que, dans le cadre de ces interventions, la personne que vous évoquez soit intervenue. Maintenant, en termes de limogeage, il a limogé tout le monde. Il a limogé KPMG. Il a limogé Rafik, son directeur général qu’il a pris en France. Il a limogé les Indiens. Il a limogé son directeur général adjoint, M. Blaise Dong, qui a travaillé avec nous ici. Pourquoi particulièrement le limogeage dont il parle l’intéresse ?

 

C’est un monsieur qui a séduit les populations, les élites, les partenaires, à nous-mêmes il a dit qu’il avait de gros financement à l’étranger, en Angleterre, qu’il avait des jets privés. Il disait que la banque l’a logé au Hilton, qu’il était dans de bonnes conditions. Tout ce qui pouvait être rassurant du point de vue de quelques profanes. Mais comme je vous l’ai dit, l’Etat a gardé un certain nombre de réserves, parce qu’on est allé un peu plus loin en ayant confiance à la banque.

 

De manière générale, comment qualifiez-vous toutes ces accusations de Dieudonné Dong Thry Dong ?

 

Si Monsieur Dong Thry Dong pensait que ses accusations étaient fondées, il y a des instances dédiées. Il suivrait les recours qu’il a faits auprès des tribunaux. Il suivrait les démarches qu’il fait auprès du Premier ministre. Quel est l’objectif poursuivi ? C’est la question que vous devez vous poser. Pourquoi donner des informations mensongères par voie de média, d’un média en particulier ? C’est la question qu’on se pose. Cela renforce l’idée selon laquelle ce n’est pas quelqu’un de cohérent. Nous avons à faire à quelqu’un d’incohérent dans ses démarches. Si en tant qu’entité j’ai un problème avec l’Etat, je dénonce où il faut dénoncer. Pourquoi aller dans les médias.

 

Au finish, comment envisagez-vous ce projet et quand sera-t-il mis en œuvre comme l’attendent les populations de Batouri ?

 

Je crois que la décision du gouvernement a été prise. Cosumar a été choisi. La requête de JSM tourne autour d’une enveloppe d’un milliard de francs Cfa. Il s’agit d’un projet de plus de 60 milliards de F.Cfa. Vous convenez qu’il n’y a pas de réflexion à faire. Le pays doit progresser. Le développement doit suivre. Les partenaires sérieux doivent être encouragés. Le gouvernement a décidé de travailler avec Cosumar qui est leader du marché du sucre au Maroc comme vous l’avez relevé. En ce qui nous concerne, nous agissons au plan technique. A présent, des discussions sont en cours pour voir dans quelle mesure trouver une issue convenable au problème de JSM, en ce sens qu’il engage les intérêts des collectivités locales et de quelques Camerounais qui, sur la base du protocole d’accord que l’Etat a signé, ont été floués.

 

Une idée du calendrier d’action de Cosumar ?

 

En ce moment, Cosumar fait ses diligences. On peut imaginer que cela peut durer deux ou trois mois. Au terme de cela, ils vont soumettre au gouvernement une proposition de projet assorti d’un plan de mise en œuvre et d’un chronogramme.

 

Propos recueillis par Beaugas-Orain Djoyum

 

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