Cameroun - France. Lettre ouverte au Président François Hollande

  • C.P: Hilaire Mbakop |
  • Publié : Vendredi le 03 Juillet 2015 10:37:13 |
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  • Opinion |

Lettre ouverte au Président François Hollande

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Lettre ouverte au Président François Hollande


Monsieur le Président,

À l’occasion votre venue au Cameroun ce vendredi 03 juillet 2015, je me permets de vous faire des observations sur deux problèmes gravissimes que vous éludez, à savoir le génocide des Bamilékés et la longévité du dictateur Biya au pouvoir.
Les Bamilékés sont un groupe ethnique camerounais qui pratique le culte du crâne et qui accorde une grande importance aux funérailles. Charles de Gaulle et son chien noir Ahmadou Ahidjo le savaient ! En 1959, les deux chefs d’État décidèrent de mener une guerre d’anéantissement contre le peuple Bamiléké qui réprouvait la pseudo-indépendance que la France voulait accorder au Cameroun. En février 1960, c’est-à-dire un mois après l’accession de notre pays à ladite indépendance, de Gaulle envoya un corps expéditionnaire à son homologue de Yaoundé pour l’aider à exterminer cette ethnie que le lieutenant Jean-Marie Lamberton considérait comme « un caillou bien gênant dans la chaussure de la France ». Les troupes gouvernementales, appuyées par les forces supplétives (Garde Civique et groupes d’Autodéfense), mirent douze années pour venir à bout de la révolte en pays Bamiléké et dans le Mungo, vu que l’ethnie cible était concentrée dans les deux régions. Le conflit fit plusieurs centaines de milliers de victimes.
La presque totalité des villages Bamilékés furent rayés de la carte. Dans son ouvrage intitulé « O.K. Cargo ! La saga africaine d’un pilote d’hélicoptère », Max Bardet, qui prit part à la destruction et aux massacres dans ces villages, livre le témoignage suivant : « En deux ans, de 1962 à 1964, l’armée régulière a pris le pays Bamiléké du Sud jusqu’au Nord et l’a complètement ravagé. Ils ont massacré de 300 à 400 000 personnes. Un vrai génocide. Ils ont pratiquement anéanti la race… Les Bamilékés n’avaient aucune chance… Ce n’est pas possible tous ces villages morts, où sont les habitants ? Les villages avaient été rasés un peu comme Attila… La presse n’en a pas parlé. On faisait plaisir au président Ahidjo parce qu’il fallait que le Cameroun garde ses liens avec la France. » Il est important de souligner le fait que les chiffres avancés par le Français Bardet ne concernent que le pays Bamiléké et la période allant de 1962 à 1964.
Les corps des victimes étaient jetés dans les charniers. Les civils qui survécurent aux massacres furent internés dans les camps de concentration où beaucoup périrent. Et les citadins ? Bon nombre d’entre eux furent enlevés nuitamment et précipités dans les cataractes. Dans les lieux publics des villes, les forces de l’ordre exposaient le plus souvent les têtes coupées des guérilleros abattus en brousse. Les citadins étaient tenus de les voir. En outre, ils étaient invités à assister aux nombreuses exécutions des prisonniers de guerre.
Le second volume de ma tragédie « L’Hexagone et ses complices » traite du génocide des Bamilékés. Je l’ai écrite en allemand parce que votre pays n’a pas encore avoué ses crimes ! Les dirigeants camerounais et ceux des pays africains où de Gaulle leva une partie du corps expéditionnaire se murent également dans le silence. Certains auteurs malveillants font le négationnisme, ce qui arrange le dictateur Biya.
Aujourd’hui, la Turquie nie le génocide arménien. Le négationnisme est un crime.
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les puissances alliées dont la France faisait partie traînèrent les grands criminels de guerre nazis devant les tribunaux. Le procès de Nuremberg est entré dans l’histoire.
Le 27 avril 2015, à l’occasion de la commémoration du 70ème anniversaire de la libération des camps de concentration et d’extermination Auschwitz-Birkenau par l’Armée Rouge, vous prononçâtes une allocution dans laquelle vous affirmâtes que la Shoah est « le plus grand crime jamais connu et commis dans l'Humanité ». Quatre jours plus tard, Joëlle Ursull, une chanteuse française d’origine guadeloupéenne, vous fit observer dans une lettre ouverte que « la dimension prise par la traite et l’esclavage dont ont été victimes les peuples noirs, dépasse en nombre de morts, en traitement des victimes déportées, en durée et en horreurs, tout ce qui l’avait précédée ou suivie. »
Charles de Gaulle, Ahidjo et Biya ont fait aux Bamilékés ce qu’Adolf Hitler a fait aux Juifs d’Europe. Les quatre hommes doivent être mis dans le même panier. Ils sont tous des grands criminels !
À Yaoundé, l’Institut Français est situé Avenue du Président Ahmadou Ahidjo, le lycée français Fustel de Coulanges Avenue Charles de Gaulle ! Admettriez-vous qu’une large voie parisienne soit baptisée « Avenue Adolf Hitler » ? On ne badine pas avec l’histoire. Je refuse de me joindre à ceux qui font entorse à l’histoire de mon pays. Les acteurs du génocide doivent être désignés comme tels et attaqués en justice. De Gaulle et Ahidjo ont quitté ce monde sans qu’un procès ne leur soit intenté. Beaucoup de leurs complices sont encore en vie, parmi lesquels Paul Biya qui a dit lui-même dans un entretien avec la presse le 02 août 2015 : « Dans la vie d’une nation, il y a des moments difficiles. À ces moments-là, il faut faire preuve de courage, de solidarité et de patriotisme. Pour ce cas précis, je dis que le Cameroun a eu à traverser d’autres épreuves… On a éradiqué les maquis (des mouvements révolutionnaires), on est venu à bout des villes mortes ; ce n’est pas le Boko Haram qui va dépasser le Cameroun. Nous continuerons le combat et nous les vaincrons. »
La France et ses larbins africains avaient réprimé la révolte des Bassas avant d’exterminer les Bamilékés. Aux yeux des traîtres à la patrie comme Biya et Ahidjo, les nationalistes camerounais étaient des terroristes. Ce n’est pas pour rien que Biya les compare avec les adeptes de la secte islamiste nigériane Boko Haram.
La France doit reconnaître le génocide des Bamilékés. Cela permettrait d’estimer le montant des réparations qu’elle verserait, de poursuivre les coupables encore en vie et de commémorer les morts.
Comme vous le savez, Paul Biya est né en 1933. Il débuta sa carrière politique comme chargé de mission à la présidence. Six ans plus tard, il fut promu au poste de secrétaire général. En 1975, il fut nommé premier ministre. Il accéda à la magistrature suprême le 06 novembre 1982, après qu’Ahidjo avait donné sa démission. 33 ans plus tard, Biya dirige toujours le Cameroun. Votre indulgence envers ce vieux dictateur m’énerve. Dans une interview que vous accordâtes à France24, TV5 Monde et Radio France Internationale le 27 novembre 2014, vous mîtes en garde les chefs d’État africains qui nourriraient le désir d’amender la Constitution de leur pays dans le dessein de se maintenir au pouvoir. Vous soulignâtes avec force « qu’on ne change pas l’ordre constitutionnel par intérêt personnel. » Mais quand l’un des journalistes évoqua le cas des États dont la loi fondamentale ne prévoit pas de limitation du mandat présidentiel, je vous entendis affirmer à ma grande déception qu’il faut dans ce cas s’assurer que les élections soient libres, plurielles et démocratiques. Le Cameroun fait partie de ces États. En 2008, le despote Biya révisa la Constitution de 1996 par intérêt personnel en supprimant la disposition qui stipulait que le mandat présidentiel est renouvelable une fois. C’est la preuve que son objectif est de rester au pouvoir jusqu’à la fin de ses jours. Vous feignez d’ignorer que les Africains qui sont contre la limitation du mandat présidentiel abhorrent la transparence électorale et managériale. Si vous aimiez les Camerounais, vous les auriez exhortés à se lever comme un seul homme pour chasser le satrape qui empêche leur pays de sortir du sous-développement, et assurés de votre soutien.
Les Africains doivent de la reconnaissance à votre prédécesseur Nicolas Sarkozy, car c’est à son initiative que se constitua la coalition qui aida les rebelles libyens à venir à bout du colonel Mouammar Kadhafi. L’annonce de l’assassinat du tyran sanguinaire donna de la joie à tous les partisans de la démocratie. Bien évidemment, la nouvelle affligea Biya.
Il est scandaleux que vous ayez accepté son invitation. Vous claironnez les principes de la démocratie, mais vous n’agissez pas. Si vous étiez un homme d’action comme Sarkozy, vous auriez balayé le régime Biya. Néanmoins, vous avez la possibilité de vous rattraper avant la fin de votre quinquennat en 2017.

Hilaire Mbakop
Écrivain indépendant

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