Cameroun - Centrafrique. Cameroun - RCA: La frontière fermée - Samuel Ivaha Diboua, Gouverneur de l'Est: «Nous avons rassuré les populations»

  • Olivier Lamissa KAIKAI | Cameroon Tribune |
  • Publié : Jeudi le 22 Aout 2013 09:30:55 |
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  • Société |

La frontière entre le Cameroun et la République centrafricaine est fermée au niveau du poste frontière de Toktoyo, arrondissement de Ouli, département de la Kadey.

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La frontière entre le Cameroun et la République centrafricaine est fermée au niveau du poste frontière de Toktoyo, arrondissement de Ouli, département de la Kadey. La mesure a été prise titre conservatoire par le Gouverneur de la Région de l'Est. Samuel Dieudonné Ivaha Diboua réagissait ainsi au meurtre de l'officier de police Félix Ngando Ndalle, en service au poste frontière de Toktoyo. L'homme en tenue a été froidement abattu dans la nuit de lundi à mardi dernier par un ressortissant centrafricain, membre de la Séléka l'acte a été commis à la suite d'une altercation entre le Centrafricain et un gendarme dans une vente emporter l’auteur du crime a ensuite traversé la frontière. CT a approché le gouverneur de l'Est, qui, dans l'entretien qui suit, revient sur les circonstances de ce drame et sur les premières réactions des autorités camerounaises sur le terrain.



Cameroun - RCA: Samuel Dieudonné Ivaha Diboua: «Nous avons rassuré les populations»

Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, Gouverneur de la région de l'Est.


Que s'est-il réellement passé au poste frontière de Toktoyo où notre compatriote Ndallé, Officier de police, a été froidement tué?

L'incident de Toktoyo qui s'est produit dans la nuit du 19 au 20 août 2013 fait suite à une altercation, je dirais, à des propos durs tenus par un élément de la Séléka, en l'occurrence le lieutenant Assan. Celui-ci a traversé la frontière aux environs de 15 h, avec deux de ses collègues. Il s'est retrouvé dans une vente à emporter. Nous notons déjà que ces éléments de la Séléka ont l'habitude de traverser la frontière, en se signalant auprès de nos forces de maintien de l'ordre. Bien sûr, ils le font en civil et munis de badges pour se faire identifier. Pendant que Assan est au bar, il arrive mettre mal à l'aise des citoyens autour de lui. A la suite de quoi un gendarme camerounais va lui faire des remontrances et lui rappeler qu'il est dans une situation irrégulière, puisqu'il était déjà plus de 19 h. Traditionnellement, les frontières se ferment à 18h. Tout le monde doit regagner son territoire. Le lieutenant Assan n'a pas cru devoir faire attention à ces observations du gendarme. Et il se crée alors un incident véritable: le Centrafricain se plaint que le gendarme camerounais lui a arraché son badge. Pendant ce temps, le Camerounais ne se rappelait pas un seul instant avoir commis cet acte. Des voix s'élevant dans le par, l'Officier de police Ngando Ndallé, en compagnie du premier adjoint au Maire de Ouli et du chef de poste de gendarmerie, se retrouve sur le site. Ils rencontrent les deux belligérants pour savoir ce qui n'allait pas. Les deux s'expliquent. Le Camerounais rappelle qu'il a fait simplement remarquer au Centrafricain qu'il n'était phis en règle et qu'il faisait beaucoup de bruit. En passant, il faut faire remarquer que les deux acolytes du Centrafricain étaient plutôt calmes.


Comment la situation a-t-elle finalement dégénéré?

Le Lieutenant Assan n'a pas voulu suivre les conseils de l'Officier de police Ngando Ndallé, de l'adjoint au Maire qui lui ont proposé de retraverser la frontière comme il se faisait tard, pour qu'il revienne le lendemain, récupérer son soit disant badge. La traversée de la frontière se fait juste en enjambant la rivière qui permet de traverser les tracées de la démarcation. En traversant cette rivière, il s'exprime alors en Sango, ne sachant pas que le premier ad¬joint au Maire comprenait cette langue parlée de part et d'autre de cette frontière. L'adjoint au Maire va révéler à l'Officier de police que les trois mousquetaires préparent des représailles contre le gendarme qui aurait pris leur badge. C'est comme cela qu'ils vont aller chercher du renfort. Avant qu'ils ne reviennent, l'adjoint au Maire va proposer à l'Officier de police, de se rapprocher du sous-préfet pour signaler l'imminence de cette menace. L'adjoint au Maire va laisser l'Officier de police qui, entre-temps a convaincu son compagnon, de ne pas s'éloigner de la frontière. C'est comme cela que la nuit tombée, les assaillants arrivent et ouvrent le feu, comme dans une guerre. Ils se mettent à tirer dans le noir, on n'a pas toujours la bonne idée de savoir quelle était leur cible. Ils foncent vers la 'brigade de gendarmerie, croyant peut-être trouver le gendarme recherché, mais ne trouvent aucun gendarme sur place. Ils défoncent la porte de la cellule de cette unité et libèrent le seul prévenu qui s'y trouve. N'ayant pas trouvé leur cible, ils se rabattent sur le poste frontière où ils voient la moto de l'officier de police avec qui ils ont échangé un peu plus tôt. Apparemment, l'officier Ngando Ndallé était encore à l'extérieur de ses services quand ils ont ouvert le feu. L'Officier demande à son élément de rentrer rapidement à sa résidence. Pendant ce temps, le collaborateur est instruit de faire verrouiller la porte du poste de police. Les assaillants axaient des kalachnikovs alors que l'Officier de police faisait confiance à son PA (pistolet automatique). Les forces étaient disproportionnées. C'est ainsi que les assaillants défoncent les portes et foncent droit sur l'Officier Ngando Ndallé. Et ils l'abattent froidement. Pendant ce temps, son collaborateur a eu le temps de s'échapper. Après leur forfait, les assaillants se sont retirés.


Comment l'autorité de l'Etat que vous représentez a réagi face à cette attaque inattendue?

La première mesure était de rentrer en contact avec le poste militaire avancé au niveau de Toktoyo. Le régional de la Sûreté nationale nous a précédés dans la nuit pour essayer de voir sur place, avec un Officier de gendarmerie, ce qu'il y a lieu de prendre comme mesures urgentes. Malheureusement, l'Officier était déjà mort. Son corps a été ramené dans la matinée vers Bertoua. Et lorsque nous sommes arrivés sur les lieux, nous avons constaté que la frontière sépare deux localités presque identiques. Les bases de la gendarmerie et de police sont situées à 60 mètres de la frontière. Ce qui veut dire qu'en journée, ils pouvaient bien s'observer de part et d'autre. Avec ces coups de feu, les populations ont pris un peu peur. Certains ont eu à décamper pour ceux qui étaient plus proches des lieux où les coups de feu ont été tirés. C'est ainsi que nous avons demandé qu'elles viennent à notre rencontre. Pour les rassurer et que l'Etat veille sur leur sécurité. Nous ne sommes pas en guerre avec ce pays frère.


Quelle est la situation qui prévaut actuellement dans les localités de Toktoyo et Ouli?

Les activités ont repris. Les commerces qui avaient fermé, en solidarité avec l'Officier qui était d'ailleurs comme leur parrain, leur protecteur, ont rouvert. Ce n'était pas par peur de l'ennemi, mais pour manifester un peu leur tristesse à l'endroit de celui qui venait d'être tué, et qui était avec eux tous les jours. Il encadrait bien les habitants de Toktoyo. C'était vraiment un choc, de l'émoi pour eux. Je leur ai de¬mandé de reprendre leurs activités. Et sur le champ, nous avons pris des mesures de sécurité. Les assaillants se sont volatilisés. Nous avons demandé aux populations d'être vigilantes et de signaler tout fait digne d'intérêt pour que l'action ou la réaction soit prompte.


Des actes de provocation se multiplient dans les villes frontalières de l'Est à Gari-Gombo et Kentzou notamment. Comment vivre avec nos voisins au niveau de ces frontières?

Je vous fais déjà remarquer que les populations camerounaises et centrafricaines qui vivent de part et d'autre de la frontière de l'Est avec la RCA n'ont jamais eu de problèmes. Mais je fais observer que beaucoup d'éléments se réclamant de la Séléka n'ont véritablement pas une formation en matière de sécurité. Celui qu'on appelle le lieutenant Assan, je me demande bien dans quelle école de gendarmerie ou militaire où il a été formé?

Pour un problème de badge que quelqu'un supprime une vie humaine, cela relève simplement et purement de la folie, d'un autre monde. Les incidents auxquels vous faites allusion, au niveau de Kentzou, c'était un groupe de rebelles qui voulait à tout prix récupérer ses camarades interpellés par des forces camerounaises. En ce qui concerne la situation de Gari-Gombo, les populations voulaient normaliser leurs relations avec les populations centrafricaines. Toutes ces situations ont des contextes et des motivations différents. De manière globale, nous n'avons pas de problèmes avec les populations-centrafricaines, mais nous avons des problèmes avec des personnes à la moralité douteuse et dont la formation est sujette à caution. Nous disons que nous sommes un pays de droit. Si vous commettez des forfaits, si on vous interpelle dans notre territoire, vous allez répondre de vos actes devant la justice. On peut aussi vous interpeller pour des exactions assez compromettantes, en RCA ou non. A partir du moment où vous violez les règles d'un Etat vous êtes tout simplement passible d'interpellation pour répondre devant les juridictions. En conclusion, nous voulons dire que la situation n'est pas si alarmante que cela. Mais la vigilance reste de mise.

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