Cameroun - Nécrologie. Bernard Muna : Big Ben forever

cameroun24.net Le 11 novembre 3577 Société Imprimer Envoyer cet article à Nous suivre sur facebook Nous suivre sur twitter Revoir un Programme TV Grille des Programmes TV Où Vendre Où Danser Où Dormir au Cameroun
Décédé le 06 octobre dernier, l’ancien bâtonnier a été inhumé samedi dernier rapporte le quotidien privé Le Jour.

Un vieil homme souriant et décontracté, une casquette vissée sur la tête, accueille chaleureusement les visiteurs et les invite à table. Certains l’ont reconnu. Malgré sa simplicité, c’est pourtant un homme important. Il s’agit de Bernard Muna, ancien bâtonnier de l’ordre des avocats du Cameroun, ancien procureur adjoint du Tribunal pénal international pour le Rwanda, ancien candidat à l’élection présidentielle au Cameroun… Rien que ça !
Ce jeudi 14 juin 2018, il n’est pas chez lui, mais connaît bien les lieux pour avoir habité cette maison appartenant à son père, Salomon Tandeng Muna, qui fut Premier ministre du Cameroun occidental et président de l’Assemblée nationale du Cameroun. En chef de famille, il accompagne ce jour son cadet Akere Muna, poursuivi en justice par leur cadette Ama Tutu Muna. La famille se déchire. Son chef se sent interpellé.

Bernard Muna, de l’avis de ceux qui l’ont connu, a toujours été disposé à apporter son aide à ceux qui en avaient besoin. Celui que l’on a pris l’habitude d’appeler affectueusement Ben Muna, restait, depuis des années, le pilier de la famille Muna. Son appui à son frère, dans la procédure menée par leur sœur, ne se limitait pas à une affaire de famille. Akere Muna avait également annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de cette année-là. Et qui de mieux que son frère aîné pour l’accompagner sur ce chemin ?
Et la famille, Ben Muna ne la réduisait pas qu’aux enfants de ses parents. Chrétien Tabetsing, ancien cadre du Sdf, se souvient que l’homme l’a introduit dans sa famille. A l’époque, il vit en France et a eu des échos du bâtonnier. Il a été émerveillé de savoir qu’il y avait au Cameroun des personnes avec des convictions telles que celles de Bernard Muna qui en ce début des années 90 est déjà un fervent militant de la démocratie, des libertés et des droits de l’homme. Il partira de la France pour venir au Cameroun rencontrer cet homme qu’il considère comme un modèle. Et il a été bien accueilli par celui qui depuis lors est devenu un frère pour lui.

«J’ai appris son combat comme bâtonnier. Son discours m’a impressionné. J’ai pris l’avion pour venir le rencontrer. J’avais envie de le connaître. J’ai atterri chez lui avec mes bagages. Il est devenu mon mentor. Il a m’a appris tous les codes, il m’a appris à aimer à nouveau mon pays. Nous sommes restés très liés jusqu’à ce qu’il parte», témoigne Chrétien Tabetsing.
Premier des enfants Muna à s’être engagé en politique, Ben Muna pouvait se targuer d’une grosse expérience des élections présidentielles au Cameroun depuis le retour du multipartisme au début des années 1990. Il y aura d’abord celle de 1992. L’opposition naissante menace sérieusement le pouvoir de Yaoundé. Son principal leader est John Fru Ndi, le Chairman du Social Democratic Front (Sdf). Il a, en bonne position, à ses côtés Ben Muna. Ce qui n’est pas vraiment une surprise en ce moment-là, car le bâtonnier avait déjà donné le ton plus tôt.

L’affaire Yondo Black
En 1990, Me Yondo Black, ancien bâtonnier, est arrêté en même temps que d’autres personnes pour «subversion». Le bâtonnier Ben Muna, au cours d’une plaidoirie historique, avait soulevé pour leur défense la question des libertés individuelles. « La question que l’on doit se poser est de savoir pourquoi ils ont dû tenir leurs réunions de manière clandestine et critiquer le gouvernement avec des tracts anonymes alors que le droit de tenir des réunions et de former des associations est garanti par notre Constitution, ainsi que par la Charte africaine. La réponse à cette question est simple : au Cameroun, au cours des 25 dernières années, les citoyens qui ont osé exercer leurs droits ont été arrêtés, torturés et emprisonnés », avait-t-il déclaré. Bernard Muna avait aussi, au cours de ce procès, annoncé la naissance prochaine d’un parti politique en gestation : le Sdf. On apprendra plus tard que le bâtonnier Muna a également participé à la naissance de l’Union démocratique du Cameroun (Udc) d’Adamou Ndam Njoya.

Mais revenons au Sdf et à la fameuse année 1992. Ben Muna fait partie du tout premier bureau du Sdf. Il y est directeur national de campagne. Un poste qui correspond dans l’organigramme du parti à celui de chargé de la communication et de la propagande. Des divergences avec d’autres cadres du parti ne tarderont pas à naître. En février 1992, il est contre le boycott des législatives et municipales préconisé par le Sdf. Mais il sera mis en minorité au cours d’une réunion à l’hôtel Arcade à Douala, où le parti décide finalement de ne pas aller à ces consultations électorales.
Puis, la présidentielle pointe à l’horizon. Qui pour représenter le Sdf ? Ben Muna se voit bien dans cette casquette-là. Pour lui, les textes du parti ne permettent pas que le président national soit le candidat à l’élection présidentielle. Il ira même jusqu’à se porter candidat aux primaires du parti pour la désignation du candidat à la présidentielle. Il se retirera finalement. Et John Fru Ndi sera désigné candidat du Sdf au cours d’un congrès extraordinaire du parti à Douala. Cela ne va pas empêcher Ben Muna de participer à la campagne présidentielle qui conduira au résultat que l’on connait aujourd’hui : Fru Ndi deuxième derrière Paul Biya. Ce résultat est contesté. Le cabinet Muna and Muna requête en annulation de la présidentielle. Cette requête sera plus tard retirée. Par qui ? Le mystère demeure entier à ce jour.

La période post-électorale est marquée par une forte tension sociale. John Fru Ndi, qui revendique sa victoire à l’élection, est maintenu à Bamenda. Pendant cette période d’état d’urgence, Ben Muna est l’une des seules personnes à pouvoir le rencontrer. Mais une certaine opinion ne tardera pas à l’accuser de trahison. Il perd alors son poste dans le bureau du Sdf. Ce n’est cependant pas la fin de son histoire avec le parti de John Fru Ndi. Mais il y aura d’abord le départ pour le Tribunal pénal international pour le Rwanda à Arusha, où il est procureur adjoint de 1997 à 2002.
En 2004, une autre élection présidentielle est annoncée. L’ancien magistrat n’a pas abandonné le rêve d’accéder à la magistrature suprême. Toujours comme candidat du Sdf qu’il a rejoint à quelques mois de cette échéance électorale. Il est revenu dans le parti à la faveur d’une commission nationale de réconciliation présidée par le juge Nyo Wakai. Il sera candidat malheureux aux primaires du Sdf quelques jours plus tard. Il battra tout de même campagne aux côtés de John Fru Ndi. C’est après cette présidentielle que la rupture entre les deux hommes va définitivement se dessiner.

Crise au Sdf
Bernard Muna décide de se porter président au poste de président national du Sdf. La tension va arriver à son pic en 2006. Le 26 mai de cette annéelà, deux congrès du Sdf sont convoqués. L’un à Bamenda, présidé par Fru Ndi, l’autre à Yaoundé qui porte Bernard Muna à la tête du parti. Après des mois de crise, la partie du Sdf fidèle à Muna va rallier l’Afp en 2007. C’est d’ailleurs sous les couleurs de ce parti, dont il est devenu le président, que Bernard Muna sera candidat à l’élection présidentielle de 2011. Si c’est sur le plan politique qu’il s’est le plus illustré pendant les dernières années de sa vie, Ben Muna a avant cela mené une riche carrière de juriste. D’abord comme magistrat. Après ses études de droit en Angleterre, il retourne au Cameroun en 1966 où il intègre le corps de la magistrature. Il démissionnera en 1971 pour ouvrir son cabinet d’avocat. Il était déjà admis au barreau de Londres dès 1966. Elu au conseil de l’ordre en 1977, il devient bâtonnier de l’ordre des avocats en 1986. Il passera trois mandats à la tête du barreau. Ce qui n’était encore jamais arrivé. Né le 27 mai 1940 à Kumbo dans la région du Nord-Ouest, Bernard Acho Muna était le deuxième né des huit enfants de Salomon Tandeng Muna et Elisabeth Fri Muna. Il s’est éteint le 06 octobre dernier à l’hôpital général de Yaoundé.

Jules Romuald Nkonlak

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